Rediffusion

Bonne nouvelle pour les amateurs de sciences naturelles et de belles images : le documentaire Métamorphose : la loi du changement (j’en parlais ici il y a 2 jours) sera rediffusé le lundi 07 mars et le jeudi 24 mars à 16 h 35 sur Arte. Il dure 45 minutes.

Un exemple de métamorphose, la libellule : première vie sous forme de larve, deuxième vie sous forme de fée :

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(photo de Jesper Madsen)

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Mon premier ballet

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(ballet Casse-Noisette, par la troupe de Saint-Pétersbourg)

Hier soir, j’ai assisté à mon premier ballet : Casse-Noisette de Tchaïkovski, par la troupe de Saint-Pétersbourg, au théâtre des Champs-Elysées. J’ai choisi Casse-Noisette parce que c’est un des plus connus. J’étais curieuse et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Conclusion : ce fut une expérience mitigée, mais qui me donne envie d’approfondir la question !

Ce que j’ai aimé :

  • découvrir un ballet, tout simplement
  • la beauté de certains décors
  • certains costumes en particulier (personnages des danseurs russes, danseurs chinois, de la jolie danseuse indienne)

Ce qui m’a laissée sur ma faim :

  • plusieurs imperfections et problèmes de synchronisation dans le travail des danseurs (j’avoue que je m’attendais à une performance parfaite)
  • le décor ne m’en a pas mis plein la vue, il aurait mérité plus d’audace et de vie
  • le sujet était probablement trop enfantin pour moi
  • la danse classique manque cruellement de sensualité

Conclusion :

Je suis prête à aller voir le tragique Lac des cygnes (Tchaïkovski toujours) si on me certifie que la mise en scène est au top 🙂

Merveilleux Moyen-Âge (2/2)

concert céleste

(Concert céleste en l’honneur de la Vierge, par un artiste néerlandais non identifié)

Quand je commence, je ne peux plus m’arrêter…

Je vous disais donc que le musée Cluny est un lieu très vivant et inspirant !

Bon à savoir : sa grande beauté atteindra certainement son paroxysme en 2018, quand les travaux prendront fin et que, par exemple, leur jardin d’inspiration médiévale ré-ouvrira au public 🙂 J’ai véritablement hâte de voir ça ! 🙂 Je pense que je vais donc patienter encore un peu pour prendre la carte des Amis du musée de Cluny

Ce qui est très chouette aussi : ils font « tourner » les œuvres (à la fois par manque de place, pour protéger les plus fragiles comme celles en matière textile, et donc pour faire découvrir un maximum de pièces aux visiteurs réguliers).

C’est ainsi que j’ai pu découvrir hier le tableau Concert céleste en l’honneur de la Vierge. Il s’agit d’une peinture à l’huile du XVIe siècle, réalisée sur bois de chêne, par un artiste non identifié. Il faut le voir en vrai pour saisir toute la beauté de cette œuvre ! L’image que je poste ici, à titre informatif, ne dit pas le tiers de l’intensité, de la douceur et de la joie qui se dégagent de ce tableau. Concrètement, je suis restée littéralement scotchée, stupéfaite, devant ces couleurs sublimes, par exemple le jaune et le rouge profond des tenues vestimentaires du panneau de gauche (croyez-moi, on en mangerait). D’une façon plus globale, le triptyque est réalisé avec une palette absolument délicieuse de tons d’automne, lumineux et chaleureux. Ce que j’ai beaucoup aimé aussi : le paysage montagneux très délicat qu’on voit au fond, à cheval sur le panneau central et celui de droite, dans un camaïeu de verts et de bleus apaisés.

Autre beauté actuellement exposée et que je n’ai malheureusement pas eu le temps de voir (le musée fermait et par-dessus le marché j’étais en retard à mon rendez-vous), une Nativité attribuée à Maître Arnt, réalisée à la fin du XVe siècle, tout récemment restaurée :

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Merveilleux Moyen-Âge (1/2)

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(musée du Moyen-Âge, entrée des visiteurs)

Le musée du Moyen-Âge (musée Cluny) est un établissement de renommée internationale, qui propose un programme riche et varié : collections permanentes, expositions temporaires, visites guidées sur différents thèmes (le végétal, le bestiaire, les couleurs…), ateliers de dessin, animations pour les enfants, soirées musicales, etc. Tout ça dans un cadre dépaysant et ravissant (hôtel particulier du XIIIe siècle) ! J’aime beaucoup y aller !

Sainte-Barbe, sculpture sur bois, XVIe siècle, pièce du musée de Cluny :

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Hier après-midi, j’ai eu le bonheur de participer (en tout petit comité !) à une visite guidée intitulée Récits en image au Moyen-Âge. La conférencière était passionnante et on a passé un super moment : 2 heures de pur plaisir…

Au programme de cette visite guidée :

  • un diptyque de sculptures : Ange et Vierge de l’Annonciation de Bois-Héroult, XVe siècle (le musée propose un dossier sur le sujet : ici)
  • une vingtaine de vitraux de la Sainte-Chapelle (ici)
  • de sublimes chapiteaux romans, dont celui qui représente la Tentation puis Adam et Eve chassés du Paradis par Dieu, et celui de l’histoire de Noé (ici)
  • un ensemble de grands chapiteaux provenant de l’église Saint-Germain des Prés (ici)
  • un coffret en ivoire : Assaut du château d’amour, XIVe siècle (ici)
  • les 6 tapisseries de la Dame à la Licorne (ici)
  • quelques châsses reliquaires (ici)
  • les stalles de Saint-Lucien de Beauvais, XVe siècle (ici)

Il m’est impossible de retranscrire la somme de tout ce que j’ai appris hier grâce à cette conférencière. Mais en voici une petite idée…

*

Les collections du musée : la majorité des pièces du musée est gothique (il y a aussi du roman) et religieuse (il y a aussi du profane). Le peu de livres et autres manuscrits d’époque médiévale dans ce musée s’explique tout simplement par le fait que c’est une spécialité de la Bibliothèque Nationale de France. Et oui, pour les enluminures à tomber par terre, on va la BNF ! Ce qui signifie… que je vais me pointer comme une fleur à la BNF un de ces 4 🙂

Gothique international : terme employé pour parler d’un art gothique tardif, qui s’est progressivement répandu dans toute l’Europe, juste avant que l’Italie passe finalement à la Renaissance et que les pays du Nord innovent avec l’école flamande. Si l’on en croit Wikipédia, ce gothique international a amené des couleurs plus vives, une attention particulière aux détails, et un goût accru pour la représentation des végétaux et des animaux.

Bretagne : cette région, du fait de son isolement, serait restée plus longtemps romane que les autres.

Mystères : il s’agissait de petites pièces de théâtre, jouées par les hommes d’église ou les fidèles, mettant en scène les textes religieux et sacrés. Ils étaient par exemple joués sur le parvis des églises.

L’arbre cache la forêt : picturalement parlant, le Moyen-Âge aime la métonymie, qui consiste à contracter la figure et le concept. Par exemple, on représente un arbre pour signifier une forêt, une tour massive pour évoquer un château, une dune de sable pour planter le décor d’un désert…

Couleurs : au Moyen-âge, une œuvre d’art ne pouvait être considérée comme telle que si elle était colorée. Les œuvres qui ont traversé les époques et qu’on retrouve actuellement sans couleur dans les musées, étaient initialement des œuvres polychromes qui ont perdu leurs pigments.

Personnages « enturbannés » : il ne faut rien voir d’oriental dans les allures « enturbannées » qu’on découvre sur de nombreuses œuvres picturales médiévales. Il s’agit en fait d’un capuchon pointu, qui deviendra de plus en plus long au fil des siècles (c’est une mode), et qu’on portera donc enroulé sur la tête pour une évidente raison de confort…

Sommeil : l’être endormi (au Moyen-Âge, on ne rêve pas mais on « songe », ne me demandez pas pourquoi, je n’ai pas encore compris) est souvent représenté avec une main sur la joue, ce qui permet une lecture sans ambiguïté de l’image : non, ce monsieur n’est pas mort, il est bien vivant, et il roupille tranquillement.

Narration continue : il était courant de représenter plusieurs épisodes d’une histoire dans le même « cadre » (sur une même image). Rien d’étonnant à retrouver le même personnage plusieurs fois sur une même illustration.

Corps contorsionné : les corps contorsionnés sont généralement ceux des êtres qui ont quelque chose à cacher, qui manigancent un mauvais coup, qui ne sont pas fiables.

Le don du matin : terme très poétique pour parler du cadeau que fait le mari à sa femme, le lendemain de leur nuit de noces (seulement si elle était vierge). Le coffret en ivoire que la conférencière nous a montré (ci-dessous) est typiquement le genre de cadeau fait dans ces circonstances. Ce type d’objet avait trois fonctions : une fonction symbolique (le mariage), une fonction pratique (le rangement de bijoux) et il s’agissait aussi d’un support de conversation, tant il était richement travaillé (chacune de ses facettes raconte une histoire) !

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Voyages lointains : contrairement à ce qu’on imagine, les routes qui menaient en Afrique et en Orient ont toujours été empruntées, de l’Antiquité jusqu’à la fin du Moyen-Âge. D’où l’utilisation courante d’ivoire (Afrique) ou encore de grenat (Inde).

Prosper Mérimée : c’est Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments nationaux, qui re-découvre en 1841 les tapisseries de la Dame à la Licorne (au château de Boussac, dans la Creuse).

Miséricorde : les stalles sont les longues structures en bois dans lesquelles s’installaient les moines pour chanter. La miséricorde est le nom donné au petit plateau (appui) qui permet au chanoine d’avoir l’air debout quand il était assis, pour se reposer (les séances de chants étaient nombreuses et duraient longtemps). Ci-dessous : stalles et miséricordes sculptées du musée Cluny.

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Je crois aux miracles

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(créature de rêve, photographiée par Todd Alperovitz)

Jeudi dernier, Arte diffusait un splendide petit documentaire intitulé Métamorphose : la loi du changement (David Briggs). Il s’agissait d’une réflexion scientifique sur ce phénomène spectaculaire et magique qu’est la métamorphose animale.

Quelques images sublimissimes agrémentaient le propos : gros plans sur une chrysalide, sur le papillon qui en sort, et qui dépliera quelques instants plus tard ses ailes pour la première fois…

La voix off nous invite ainsi à entrer dans l’aventure : « Imaginez-vous que vous vous réveillez un jour dans un corps radicalement différent de celui que vous aviez jusque là. Sa forme, ses membres, ses cellules, remodelés par une force inconnue en une entité totalement nouvelle : une transformation intégrale. C’est ce qui arrive à de nombreuses espèces. On appelle ça la métamorphose. »

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(une chenille qui nous en met plein les yeux, photo de Stefano Trucco)

J’ai appris des tas de trucs :

  • Grâce à une simulation en 3D, le documentaire montre bien comment la mutation se produit, alors que la chenille s’est tranquillement barricadée dans sa chrysalide : transformation du système respiratoire de l’animal, de même pour tous ses organes vitaux.
  • On passe alors d’une créature rampante qui mange des feuilles à longueur de temps, à une créature volante qui se nourrit de nectar. Il ne s’agit donc clairement pas d’un simple changement physique, mais aussi beaucoup d’un changement de mode de vie.
  • Un changement de mode de vie, mais pourquoi ? C’est là qu’on apprend à quoi sert la métamorphose, biologiquement parlant : la chenille étant très lente pour se déplacer, elle dévore ce qui se trouve autour d’elle sans en laisser aux générations futures. Avec des ailes, l’animal peut aller chercher plus loin et plus vite, sa nourriture mais aussi des partenaires sexuels, pour se reproduire, et donc perpétuer l’espèce.
  • Le documentaire parle aussi du têtard. On apprend ainsi que la métamorphose n’est pas toujours fixe et complètement pré-programmée. Le têtard « choisit » le moment où il va se transformer en grenouille (selon tout un tas d’éléments et pour sa survie : température, alimentation, prédateurs, etc). Bref, il ne « subit » pas complètement le processus.
  • Le documentaire nous décrit également le criquet vert (animal solitaire) qui, au contact d’autres criquets verts, se transforme : mutation physique mineure (il devient jaune-noir) mais surtout, il change de mode de vie et se déplace alors en essaim (dévastant les cultures). Dans le cas du criquet vert, la mutation est réversible : quand il est de nouveau seul de façon prolongée, il retrouve son apparence initiale.
  • Le documentaire évoque aussi l’oursin, dont la première vie se fait sous la forme de larve, et bien sûr certains poissons dont les deux yeux passent, à l’état adulte, du même côté de la tête.

 

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(jolie petite grenouille, photo de Ignazio Corda)

 

Le documentaire se termine sur l’idée que l’être humain est également capable de se métamorphoser et qu’il le fait d’ailleurs très bien : il transforme son comportement en fonction de son environnement. Il va plus loin que le criquet et évite entièrement la transformation physique, pour se concentrer sur une immense transformation du comportement : alors que la chenille, pour voler, se transforme en papillon, l’être humain, pour voler, invente l’avion. L’idée : « C’est via notre cerveau que nous nous métamorphosons, et que nous changeons notre mode de vie ».

Quelques références artistiques/culturelles évoquées dans le documentaire :

  • Les Métamorphoses d’Ovide
  • La Métamorphose de Kafka
  • Docteur Jekyll et M. Hyde
  • Une légende indienne qui raconte que la réincarnation a été inspirée par la transformation de la chenille en papillon

Je suis certaine que ce beau documentaire repassera un jour sur Arte !

(je crois qu’il est disponible jusqu’à demain sur le site de la chaîne Arte ; il y en a peut-être aussi des morceaux sur You Tube ?)

Les murmures de la maison

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En termes de poésie, ma préférence va souvent aux évocations sobres. Il y a quelques jours, j’ai ainsi découvert un ravissant poème de Maurice Carême (1899-1978) intitulé La Cuisine.

Le sujet : un matin dans la cuisine de son enfance.

Tout me plaît dans ce texte : la communication entre la maison et l’extérieur (ce qu’on voit par la fenêtre, ce qu’on a rapporté du potager…), la symbolique mère-maison, les objets du quotidien, le champ lexical de la perception auditive…

Et puis aussi, il y a toutes ces personnifications (chaises silencieuses, table endormie, printemps qui joue), qui saupoudrent le texte de magie. Attribuer une âme aux plus petites choses, c’est ré-enchanter le monde.

*

La cuisine est si calme
En ce matin d’avril
Qu’un reste de grésil
Rend plus dominical

Le printemps, accoudé
Aux vitres, rit de voir
Son reflet dans l’armoire
Soigneusement cirée.

Les chaises se sont tues.
La table se rendort
Sous le poids des laitues
Encor lourdes d’aurore

Et à peine entend-on,
Horloge familière,
L’humble cœur de ma mère
Qui bat dans la maison…

L’Art à portée de main (3)

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(Lauriers-roses, un de mes tableaux préférés de Van Gogh,
exposé au Metropolitan Museum of Art)

Il y a quelques semaines, j’apprenais que les cultures anglo-saxones avaient sur nous une grande longueur d’avance concernant la mise à disposition, pour le commun des mortels, des oeuvres tombées dans le domaine public. Quand je vois la qualité fabuleuse de numérisation des collections du Metropolitan Museum of Art sur le web, je n’ai plus aucun doute !

C’est donc ma pépite du jour : le site officiel du Metropolitan Museum of Art, ici.

Non seulement le site propose une qualité suprême des images (possibilité d’agrandissement très important pour la visualisation des détails), mais en plus, oui, le site nous permet de tout enregistrer sans aucune restriction (clic droit + enregistrer l’image sous).

J’ai passé un peu de temps sur le site et j’ai découvert, ma foi c’est plus que logique, que le Metropolitan Museum of Art avait un département dédié aux Sioux, un autre aux Navajos…

Je suis également tombée sur leur collection d’art assyrien. Le royaume assyrien, situé en Mésopotamie, correspond à la période des XX-VIIes siècles avant J.- C. Toutefois, ce qu’on connaît de cette civilisation correspond surtout à la période des X-VIIes siècle avant J.- C. Je ne connais rien aux Assyriens, mais artistiquement parlant, leur univers visuel me touche et m’impressionne. Je trouve très émouvant d’imaginer qu’à l’époque déjà, on pouvait mettre autant d’énergie, de temps et de passion dans la beauté, l’ornementation, les détails artistiques… La délicatesse et le raffinement ne sont décidément pas l’apanage de notre ère moderne.

Ci-dessous : homme, arbre et disque solaire doté d’ailes. Panneau assyrien sculpté sur os ou ivoire. Pièce exposée au Metropolitan Museum of Art.

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