Ultime voyage

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(embarcation pour l’au-delà)

On le sait tous, les Egyptiens croyaient à une autre vie après la mort. L’embaumement du corps permettait ainsi au défunt d’accéder à l’au-delà. De plus, le défunt était accompagné de nombreux éléments qui le suivaient dans sa nouvelle vie : nourriture, objets divers…

J’ai appris aujourd’hui que parmi ces objets, on a retrouvé de nombreuses et magnifiques maquettes de bateaux. En voici 3 exemples (photos). L’embarcation fluviale était évidemment un élément central de la vie des Egyptiens, puisque beaucoup d’activités se sont développées grâce au Nil : pêche, commerces, échanges, mais aussi voyages.

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Et c’est bien là de voyage qu’on parle, mais plus précisément de l’ultime et grand voyage, celui vers l’au-delà. C’est ce qui expliquerait la présence de ces bateaux dans les tombes des défunts.

Je suis émerveillée par la beauté de ces maquettes : leurs détails nombreux, la poésie qu’elles dégagent et la minutie avec laquelle elles ont été réalisées ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire l’article de Richard Lejeune, ici, qui explique par exemple que dans la langue égyptienne, le terme « voyager » s’écrivait avec le signe du bateau.

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Un régal pour les yeux

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(miniature indienne illustrant un épisode du Râmâyana)

Je n’avais jamais entendu parler du Râmâyana. Il s’agit, avec le Mahâbhârata, d’un des deux textes fondateurs de l’hindouisme. Il fait donc partie, à l’instar de la Divine Comédie de Dante, des Mille et Une Nuits ou encore de l‘Iliade de Homère, des grands textes de l’humanité. On en apprend tous les jours 🙂

Ce qui m’amène à en parler ici aujourd’hui : la fabuleuse production iconographique que ce texte a engendrée pendant des siècles. J’en ai effectivement pris plein les yeux ce week-end, à la librairie du Bon Marché (canapé et table basse sont à disposition au coeur du rayon des beaux-arts).

C’est en 2011 que Diane de Selliers (éditrice française, passionnée et tenace) publie, après 10 ans de travail sur la question, son époustouflante version du Râmâyana : un coffret de 10 kilos réunissant 7 volumes, sublimement agrémentés de 700 miniatures indiennes du XVIe au XIXe siècles. Le prix du coffret est totalement affolant (environ 900 euros), mais pas excessif quand on sait que cette édition a nécessité de longues années de recherche et qu’il s’agit d’un produit de luxe (qualité du papier, qualité des reproductions, coffret tapissé de soie…).

Le site officiel des éditions Diane de Selliers propose une jolie fiche de l’ouvrage : ici.

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Un régal pour les yeux

J’ai eu l’occasion de feuilleter les différents volumes de ce coffret ce week-end. Les 600 miniatures indiennes, datant des XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, sont d’une beauté sidérante. Elles ont été « empruntées » aux 4 coins de la terre (musées, collections privées, salons de vente…) et dans de nombreux petits musées de l’Inde.

Tout est envoûtant dans ces miniatures indiennes : de la puissance des couleurs à la beauté des détails, en passant par l’omniprésence poétique et envoûtante de la nature : antilopes aux yeux tendres, félins, chevaux, paons et autres oiseaux colorés, collines verdoyantes, lotus à foison, large dégradé de verts, nombreux motifs de feuillages, palmiers variés, fruits et fleurs aux branches, cascades chantantes et cours d’eau poissonneux. Bref, ces illustrations offrent tout simplement une place de rêve à la nature, en la représentant à chaque page comme un véritable petit paradis !

Voici 3 doubles-pages de l’ouvrage :

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Le texte

Le Râmâyana est un texte de 48 000 vers.

Il s’agit d’une épopée mythologique pleine de rebondissements, dont le personnage principal est le prince Rama, un avatar de la divinité Vishnou. Pour lire un résumé détaillé du Râmâyana, ça se passe ici.

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Les éditions Diane de Selliers

Pour en savoir un peu plus sur les éditions Diane de Selliers, c’est ici. Leur boutique se situe au coeur de Saint-Germain-des-Prés, dans la rue Bonaparte (repère d’associations littéraires et de bouquinistes).

Diane de Selliers ne se contente pas de publier des bouquins à 500 ou 1000 euros. Sa politique : une fois que les 2000 ou 5000 exemplaires luxueux d’un ouvrage sont écoulés, elle produit souvent une édition plus abordable du même ouvrage dans sa Petite Collection (entre 50 et 70 euros).

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Cours d’été au Louvre !

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(jardin islamique, illustration du XVIe siècle)

Chaque année, l’école du Louvre propose des cours d’histoire de l’art articulés sur une quinzaine de thèmes, accessibles au plus grand public, et surtout dispensés par les meilleurs spécialistes.  Et bien ca y est, j’ai – enfin – reçu ma confirmation d’inscription à deux séries de ces cours ! C’est comme si c’était Noël 🙂

– du lundi 27 juin au vendredi 1er juillet : Les secrets du corps humain révélés par les arts, de la Renaissance au XXIe siècle (au programme : anatomie à la Renaissance de Léonard de Vinci à André Vésale ; la peinture hollandaise et espagnole au Siècle d’Or ; le Siècle des Lumières et les planches de Gautier d’Agoty ; représentations de la folie et de la dépression au XIXe siècle ; le corps humain « éclaté » aux XX et XXIes siècles)

– du lundi 4 juillet au vendredi 8 juillet : Jardins d’Orient, un patrimoine culturel pour l’avenir (au programme : les jardins suspendus de Babylone ; autour de l’Alhambra de Grenade ; influences réciproques entre jardins d’Orient et jardins d’Occident au fil des siècles ; le jardin dans les métropoles du XXIe siècle)

Programme de l’été 2016 : les 15 séries sont détaillées ici.

C’est cool 🙂

Cerise sur le gâteau : la carte de l’école du Louvre offre, pendant 3 mois, un accès illimité au Louvre et au musée d’Orsay, ainsi qu’un tarif réduit pour les musées Guimet, Rodin et Pompidou. Pour finir, à chacune des séries choisies, correspond un billet gratuit pour tel ou tel musée (en ce qui me concerne : le musée d’Histoire de la Médecine et l’Institut du Monde Arabe).

Une magnifique réalité : l’unité du vivant

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(Fritz Baumgarten, illustrateur pour enfants très inspiré par les insectes)

Ci-dessous, un autre extrait de Insectes. Extrait au cours duquel Lafcadio Hearn (XIXe siècle) tente de comprendre le désintérêt de l’Occident pour les insectes, et où il prône avec ardeur la réhabilitation des plus petites bêtes !

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Pourquoi les poètes occidentaux ont-ils si peu écrit sur les insectes au cours des vingt derniers siècles ? Il y a trois ou quatre mille ans, les Grecs ont composé les plus beaux vers sur les insectes. La littérature japonaise classique en propose également des milliers d’exemples. Que signifie le silence de l’Occident moderne sur un sujet aussi délicieux ? Les dogmes chrétiens en sont à mon sens la cause. L’Église à ses débuts a refusé l’âme, l’esprit et l’intelligence, quelle qu’en soit la sorte, à toute autre créature que l’homme. Les animaux n’étaient que des automates : machines capables de mouvements et d’actions, grâce à quelque chose que l’on nommait instinct, à défaut d’un terme plus précis. On ne pouvait au Moyen-Âge, à cette époque où l’Église était souveraine, parler d’âme ou d’esprit pour un animal sans courir un danger. De tels propos pouvaient valoir à qui les tenait une condamnation pour sorcellerie : les démons ne prenaient-ils pas de temps à autre la forme d’un animal ? La foi chrétienne ne pouvait discuter de l’esprit d’un animal : ç’aurait été mettre en doute l’existence de l’âme humaine, telle qu’enseignée par l’Église. En effet, si l’on admet que les animaux sont capables de penser, il en découle que l’homme peut lui aussi penser sans avoir une âme, ou bien que l’âme n’est pas le seul principe de la pensée et de l’action. Ce n’est que bien après Descartes – qui affirma le plus philosophiquement du monde que les animaux n’étaient que des machines – que l’on put commencer à discuter rationnellement de cette question en Europe.

Cela dit, cette explication n’est pas suffisante. Vous me demanderez certainement comment il se fait, en ce cas, que la poésie européenne ait été de tout temps plus diserte sur les oiseaux, les chevaux, les chiens, les chats et autres animaux. Les insectes sont réduits au silence. Et n’oublions pas le plus beau saint de l’hagiographie chrétienne – un homme qui concevait la nature dans son ensemble d’une manière qui, à première vue, ressemble étrangement au bouddhisme. Je veux parler de saint François d’Assise, né à la fin du XIIe siècle, au cœur, donc, du Moyen-Âge européen, l’époque la plus superstitieuse de la chrétienté. Or saint François s’adressait aux arbres et aux pierres comme à des êtres animés. Le soleil était son frère et la lune sa sœur. Il ne prêchait pas que pour les hommes, mais aussi pour les oiseaux et les poissons. Il a composé à ces sujets maints poèmes, pleins d’une étrange et enfantine beauté. Lisez par exemple son sermon aux colombes, fort beau texte dans lequel il rappelle à ses interlocuteurs qu’elles sont le symbole du Saint-Esprit. De même que d’autres écrits de saint François, le sermon aux colombes a été traduit dans de nombreuses langues. Mais vous remarquerez que ni lui ni les autres saints n’ont jamais parlé des insectes.

Il faut sans doute remonter aux origines du christianisme pour en comprendre la raison. Parmi les anciens peuples de l’Asie, rôdaient encore, à l’époque où apparut la religion juive, les croyances les plus insolites et les plus sinistres sur les insectes – vieilles superstitions assyriennes ou babyloniennes. Les insectes semblaient de bien mystérieuses créatures à ces civilisations des premiers temps – ce qui n’est pas faux ; on les disait alors en relation étroite avec le monde des démons et des esprits malins. Vous savez sans doute que le nom de l’un de ces dieux mésopotamiens, Belzébuth, signifie «seigneur des Mouches ». Les juifs, comme le montrent les textes talmudiques, héritèrent de certaines de ces croyances et les transmirent sans doute aux chrétiens. Aux tout premiers temps du christianisme d’Afrique du Nord, l’Église eut aussi à lutter contre des superstitions également singulières, provenant de la religion de l’ancienne Egypte. Certains insectes – le scarabée, par exemple – y étaient considérés comme sacrés et représentaient les dieux. Toutes raisons pour lesquelles le christianisme, dès ses premiers pas, jugea les insectes dangereux ; la littérature qui s‘y rapportait ne recevait que réactions hostiles.

Les choses ont bien changé. Avec le développement des sciences, et notamment grâce aux techniques d’observation microscopique, on sait désormais que les insectes ne sont pas des créatures inférieures. Au contraire : leurs sociétés sont les mieux organisées du monde ; leur sens sont bien plus aiguisés que les nôtres. Il faudrait leur redonner dans l’histoire naturelle, du point de vue de l’évolution, la place qui est la leur – la toute première. De surcroît, la philosophie nouvelle enseigne à toutes les têtes pensantes de l’Occident une grande vérité, qui est celle de l’unité du vivant. S’ils font leur cette pensée, les philosophes s’intéresseront aux insectes autant qu’aux oiseaux ou à tout autre animal.

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Sensualité en Inde

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J’ai assisté mardi soir à une conférence intitulée Les sanctuaires de Khajuraho (Inde), à la Maison de la Chine, en face de l’église Saint-Sulpice.

Je suis venue à cette conférence sans me faire d’illusion : l’Inde est un monde très différent du nôtre et extrêmement riche, dont il ne faut pas espérer embrasser la complexité en 2 heures. Mon but ce soir là : apprendre, très modestement, 3-4 petites choses sur ce pays fascinant, sur la base des envoûtantes scultpures érotiques de Khajuraho.

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Le site de Khajuraho, situé dans le centre du pays, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986. Il a été découvert, envahi par la jungle, en 1840. La ville de Khajuraho était la capitale religieuse de la dynastie Candella (X et XIes siècles principalement). Cette ville sera progressivmeent abandonnée en tant que capitale, pour d’autres sites plus faciles à défendre. La dynastie Candella est principalement connue pour le talent de ses constructeurs, architectes, sculpteurs.

Poses lascives, tendres baisers, étreintes passionnées, positions explicites et parfois acrobatiques, nudité et nombreux bijoux corporels, reins cambrés et poitrines voluptueuses, sexes en érection… Il n’y a pas à dire, la sensualité est à l’honneur 🙂

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Le site comptait initialement 80 temples. On en dénombre actuellement moins de 25 (et plutôt 15 si on se cantonne à ceux qui n’ont pas été lourdement restaurés). Les monuments ornés de sculptures érotiques sont, sans surprise, les plus célèbres et les plus visités, mais ne représentent en réalité qu’une petite portion (5 %) des sculptures de Khajuraho.

A l’heure qu’il est, les spécialistes ne seraient pas en mesure de donner avec certitude une signification à ces grands ensembles érotiques. On peut toutefois penser qu’elles ont été réalisées dans l’esprit du tantrisme : l’être humain ne peut atteindre la délivrance qu’en passant par le plaisir des sens, les tentations de la trivialité.

Cette conférence m’a également donné l’occasion de découvrir un livre magnifique, richement illustré : Rasa, les neuf visages de l’art indien. Il s’agit du catalogue d’une exposition qui date de 1986 (!) au Grand Palais. J’ai pu le trouver à tout petit prix (10 euros !) sur internet. Le concept du rasa trouve ses racines dans les traditions indiennes. Les 8 rasa correspondent à 8 émotions de l’expérience esthétique (théâtre, musique, danse) : amour, rire, chagrin, colère, énergie, peur, dégoût, étonnement.

Merci donc à la conférencière Magalie, dont le site internet Fenêtre sur l’Inde, en construction actuellement, est ici.

sur la piste du Douanier Rousseau

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(détail du Rêve, Le Douanier Rousseau)

A l’occasion de l’exposition Le Douanier Rousseau, L’innocence archaïque, un colloque de deux journées a été organisé au sein du musée d’Orsay (les 11 et 12 mai). J’ai pris une demi-journée de congé pour assister au dernier volet, Les jungles de Rousseau à l’épreuve du mythe, au cours duquel quatre sujets ont été abordés (par deux historiens de l’art et deux spécialistes des sciences naturelles) :

  • les animaux chez Rousseau : créatures domestiques ou sauvages ?
  • démêler le vrai du faux : le cas de la Bohémienne endormie
  • la zoologie d’Henri Rousseau, une poésie peinte
  • la flore du Douanier Rousseau : un endémisme rêvé

Il m’est tout à fait impossible de retranscrire ici le quart de ce que j’ai entendu en 3 heures. Je vais plutôt faire une sélection subjective de quelques points qui ont retenu mon attention…

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On l’aura remarqué, la violence est assez présente dans les jungles du Douanier Rousseau (animaux qui en dévorent d’autres). Les spécialistes constatent d’ailleurs que l’artiste a parfois voulu atténuer cette « sauvagerie ». Exemple avec le tableau Surpris !, dont l’analyse scientifique a révélé la réalisation d’une première scène de violence, finalement dissimulée sous de gentils éléments de paysage.

Emmanuel Frémiet, artiste contemporain du Douanier Rousseau, a vu plusieurs de ses sculptures animalières très mal accueillies, et même censurées, à l’époque. Exemple avec Gorille enlevant une négresse, refusé au Salon de 1859. Le poète Baudelaire appuiera d’ailleurs là où ça fait mal, en mettant des mots sur ce qui n’avait échappé à personne : le gorille n’enlève pas sa proie pour la manger mais bien pour la violer ! Mon Dieu.

Si beaucoup de gens ont pensé à l’époque que les oeuvres du Douanier Rousseau étaient grotesques, et que le bonhomme n’avait aucun talent pour le dessin ni la peinture, la valeur marchande de ses tableaux a pourtant rapidement atteint des sommes astronomiques (par exemple La Charmeuse de serpents). Principaux fans du Douanier Rousseau : les anarchistes et les surréalistes 🙂

Plusieurs éléments (témoignages, incohérences) laissent encore penser, en 2016, que la Bohémienne endormie n’est pas forcément un tableau du Douanier Rousseau. Picasso s’est d’ailleurs amusé à laisser croire qu’il en connaissait le véritable auteur. D’autres artistes ont même laissé penser qu’il s’agissait peut-être de lui !

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Soit dit en passant, grâce à ce colloque, j’ai enfin pris le temps d’observer attentivement et d’admirer véritablement ce tableau (non présent à l’exposition du musée d’Orsay car le Moma, à New York, n’a pas pu se résoudre à nous le prêter !). Je trouve en particulier que les couleurs choisies pour la robe (un arc-en-ciel on ne peut plus péchu !) et les cheveux (un rose de barbapapa) de la bohémienne sont d’une réjouissante audace ! 🙂

Le Douanier Rousseau a très peu voyagé. Ses principales inspirations : les jardins de Paris, mais aussi les images (comme pour les enfants 🙂 ). En l’occurrence, ses peintures multiplient les approximations et les fantaisies (zoologie, botanique). On oublie toutefois qu’à l’époque, même les représentations soi disant scientifiques étaient parfois douteuses (taille disproportionnée des palmes de tel oiseau sur telle planche zoologique, yeux trop gros sur tel travail de taxidermie pour tel lion, etc). Sur les tableaux du Douanier Rousseau, les détails les plus curieux (exemples : oranges rutilantes poussant sur les branches d’un ailanthus altissima ou fleur géante à mi-chemin entre le bleuet et le lotus, bref, des espèces non identifiées à ce jour dans notre galaxie) cohabitent de façon touchante avec un certain souci de précision (présence avérée d’une chouette glaucidium ou d’un caracara phalcoboenus dans le tableau Le lion ayant faim se jette sur l’antilope).

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Grâce à ce colloque, j’ai aussi appris ce qu’était un diorama. Au delà du dispositif de Daguerre, le diorama (du grec voir au travers) est une mise en scène qui projette un sujet principal donné (en 3D) dans une reconstitution de son environnement habituel (soit en 2D, soit en 3D). Le principe de la crèche (le petit Jésus, l’étable, l’âne et le boeuf, les Rois mages…), qu’on restitue dans certaines familles à Noël, en est l’exemple type. Les musées d’histoire naturelle recourent très souvent à ce système de présentation pour montrer, de façon la plus pédagogique possible, les espèces (disparues ou pas) dans leur environnement naturel !

Rêve émeraude

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(jardin Kenrokuen de Kanazawa, où la mousse est reine – photo Declicdevoyage)

Les Japonais aiment la mousse et dans la région de Kyoto, les mousses ne sont pas moins vénérées que les arbres centenaires. On est bien loin de la perception occidentale selon laquelle la mousse est un parasite à éradiquer !

Les mousses sont apparues sur notre planète avant les fougères. Elles ne possèdent pas des racines mais des rhizoïdes (le rhizoïde n’est pas plus menaçant qu’un poil) qui permettent une fixation tout en douceur. Les mousses ne font pas de fleurs. Elles aiment l’humidité et se nourrissent principalement grâce à l’eau de la pluie et à la rosée.

Apparemment, « LE » jardin à ne pas manquer quand on va au Japon est celui du Temple des mousses, Koke-Dera, de Kyoto (avec 40 variétés de mousses). Quelques photographies et précieuses informations ici. Pour y avoir accès, attention, il faut préparer sa journée : envoyer un courrier au jardin plusieurs semaines avant, en japonais ou éventuellement en anglais, et uniquement par courrier postal 🙂

Ci-dessous, un ravissant tapis de mousse. C’est magnifique !

But First...

Voici la vasque, traditionnellement creusée dans la pierre, et tendrement investie par la mousse, d’un jardin de thé :

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Les Japonais, poètes dans l’âme, multiplient les noms évocateurs pour évoquer la diversité des mousses. Voici quelques exemples :

  • pinceau du Yamato
  • givre-qui-se-dépose
  • mousse d’argent
  • mousse des sables
  • mousse-phénix
  • mousse-écureuil
  • soie bleutée
  • mousse-qui-rampe

Ci-dessous, le damier végétal du temple Tôfuku Ji. Il ne faut pas se fier à l’apparente rigueur de cette création végétale. Car ici, comme souvent avec les Japonais, la précision et la poésie font bon ménage, grâce à des jardiniers qui laissent la mousse s’épanouir en la laissant « déborder » légèrement de chaque mini-parcelle.

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Statuettes à l’effigie de la divinité bouddhiste Jizo, gentiment explorées par la mousse :

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C’est en grande partie grâce au livre de Véronique Brindeau, une passionnée du Japon, que j’ai pu écrire cet article. Il s’appelle Louange des mousses. Pour en savoir plus, ça se passe ici. Bouquin très instructif, bien que parfois un peu difficile d’accès.

Et voici ce que l’éditeur Philippe Picquier disait des mousses (et de Véronique Brin d’eau 🙂 ) il y a quelques années :

Les Japonais ne construisent pas des cathédrales mais des jardins… Ils savent prêter attention à la mousse que l’on trouve au pied des arbres, dans les recoins des pierres… Il m’a fallu accepter de me laisser guider dans les jardins pour apprécier un peu de cette beauté fragile cachée dans l’ombre, que l’on peut percevoir au Temple des Mousses, à Kyoto. J’ai été conquis ; je ferai paraître à l’automne un éloge des mousses écrit par Véronique Brindeau. Devant le sentiment du temps qui passe, de l’irrémédiable, « le présent des choses présentes » (Saint Augustin) prend au Japon une signification particulière : la simplicité d’un jardin de mousses, d’une herbe modeste et discrète au bord du chemin peut être source inattendue d’émerveillement, comme de nostalgie poignante, parfois de solitude et de résignation. La mousse est l’incarnation même de l’humilité. C’est inné, les Japonais savent lui prêter attention et recevoir ce qu’elle peut transmettre. Tout est question de regard. Si vous faites attention à ce qui compose l’environnement, votre regard est transformé. Dans leur vie quotidienne, les Japonais habitent intégralement l’incompréhension de soi face au monde. C’est la raison pour laquelle ils donnent en ce moment une leçon à la terre entière.