La vie est une fête !

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(dessin de Tom Vroman)

Samedi matin, j’ai eu le bonheur de retrouver les bouquinistes des quais de Seine et leurs « malles » aux trésors. Du soleil, des livres, des curiosités et des vendeurs adorables : que demander de plus ? Quel agréable moment. J’ai déniché quelques merveilles :

  • Bestiaire du Japon, François Berthier (tout est dans le titre)
  • L’Erotisme et l’Amour, René Etiemble (un tour du monde de l’érotisme et de l’amour dans la culture et dans l’art)
  • Le Miroir vide, 18 mois dans un monastère zen, J. van de Wetering (le « journal » trivial et assez amusant d’un beatnik qui a passé plus d’1 an dans un monastère de Kyoto)
  • une magnifique reproduction d’oiseau de paradis !
  • une reproduction de planche pédagogique sur la vie animale et botanique dans les eaux douces
  • le joli petit cabas en coton des bouquinistes (une initiative culturelle de la mairie de Paris)

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Les bouquinistes des quais de Seine sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011. Ils ont un statut un peu particulier puisqu’ils ne payent ni loyer, ni taxe. On peut tous postuler, mais avec lettre de motivation et CV. Et gare à la file d’attente…

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Vers 13h, j’ai pris le RER B avec un sandwich végétarien, direction Gif-sur-Yvette ! Mon objectif : observer des martins-pêcheurs. Certes, je suis revenue bredouille pour ce qui concerne les martins-pêcheurs, mais j’ai passé une après-midi tout à fait réjouissante. J’ai croisé un héron, des rapaces, des poules d’eau et une myriades de libellules, tout cela dans un paysage de saules pleureurs. J’ai beaucoup marché, pris quelques photos, profité du soleil. Je me suis assoupie dans l’herbe et j’ai totalement oublié que je me trouvais en région parisienne. Je suis revenue à la maison avec des piqûres d’ortie aux bras (cette satanée lubie de toujours m’approcher au plus près de l’eau), les pieds en feu et une très, très bonne fatigue.

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Paradis oriental

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(photo prise par un certain leon_1970, répertorié sur Flickr)

L’exposition  Jardins d’Orient, de l’Alhambra au Taj Mahal, à l’Institut du Monde Arabe, est tout simplement magnifique ! Si je devais résumer cette exposition en quelques mots, je choisirais les suivants : sensorialité, art de vivre, douceur, foisonnement.

On y découvre photos, objets (éléments de fontaine, instruments de musique…), superbes miniatures du Moyen-Âge, textiles anciens, peintures des XIXe et XXe siècles, œuvres contemporaines. Une vidéo nous projette dans les jardins d’Orient actuels, tandis que tout au long du parcours de l’exposition, des chants d’oiseaux accompagnent avec ravissement le visiteur…

Ci-dessous, un petit panel de ce qui m’a émerveillée :

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Les tapisseries égyptiennes

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Je suis tout simplement restée scotchée devant la tapisserie de Ali Seliem, et je suis retournée l’admirer à la fin de ma visite. Dimensions : environ 150 x 150 cm. Elle s’intitule Village Life. On y trouve une foultitude de détails sur les joies de la vie de village. Les animaux et en particulier les oiseaux, y occupent une place très importante (dans les airs, sur l’eau, dans le feuillage des arbres).

L’Egypte a une longue tradition de tapisserie (laine et coton).

J’en profite pour parler un peu du Centre artistique Ramsès Wissa Wassef, établi dans la banlieue du Caire, qui permet à de jeunes artistes égyptiens, et notamment des tisserands, de développer leur univers et de se faire connaître. Ce centre a maintenant une renommée internationale. Ils ont un site officiel (ici) mais aussi un compte Pinterest qui vous en mettra plein les yeux 🙂 A lire également, un article qui retrace le parcours de Ramses Wissa Wassef : ici. Les convictions de Wissa Wassef (1911-1974) : l’éducation artistique des jeunes et la noblesse de l’artisanat. Il a ainsi dit :

I had this vague conviction that every human being was born an artist, but that his or her gifts could be brought out only if artistic activity was encouraged from early childhood by way of practising a craft… The creative energy of the average person is being sapped by a conformist system of education and the extension of industrial technology to every sphere of modern life.

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Bas-relief au vendangeur

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Ce charmant bas-relief, plein de poésie, représente un vendangeur torse nu avec une hotte sur le dos. Il cueille des grappes de raisin dont les fruits sont aussi gros que sa main. Au IVe siècle, la ville de Antinoé, en Egypte, était riche en églises et en monastères.

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Miniatures orientales

Ne serait-ce que pour découvrir d’autres miniatures aussi jolies, il faut absolument que je prenne le temps d’aller à la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe.

Ci-dessous, Barbad caché sous un cyprès enchante le roi Khusraw Parvis avec sa musique. Gouache sur papier, XVI e siècle.

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Ci-dessous, Scène dans un jardin. Gouache sur papier, XVIe siècle. Miniature ornant un ouvrage de Hoseyn Gazorgâhi (département des manuscrits orientaux, BNF) :

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Le dragonnier

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C’est en découvrant le tableau Le Jardin d’essai d’Alger (1925) de François Quelvée lors de l’exposition, que j’ai compris ce qu’était un dragonnier. Il existe plusieurs espèces de dragonniers (d’espèces et de tailles très variables). Il s’agit d’une plante exubérante et pleine de caractère, qui produit un effet spectaculaire quand elle est plantée en allée (comme sur ces photos prises dans le jardin d’essai d’Alger).

Le jardin d’essai d’Alger, crée en 1832, est un centre de production botanique, mais aussi un centre d’enseignement et un lieu de promenade.

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Les dessins de Pascal Coste

Pacal Coste, architecte français du XIXe siècle et grand voyageur, a travaillé dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et notamment en Egypte. Ses dessins m’ont beaucoup plu.

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Dès la plus haute Antiquité, grâce à la technique, l’homme a pu transformer des lieux très secs et très chauds en jardins luxuriants. Sur ce petit bijou de dessin, le Tigre alimente en eau les environs de Bagdad (crayon et plume, dessin sur papier, 1841).

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Les peintres orientalistes

Félix Ziem et Honoré Boze sont deux peintres orientalistes (mouvement littéraire et pictural du XIXe siècle). Parmi leurs tableaux, Ziem a réalisé Crépuscule sur les bords du Nil a Damanhour (ci-dessous), tandis que Boze a peint Campement des cavaliers arabes près de Tlemcen (juste après).

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Le jardin du parvis de l’Institut du Monde Arabe

A l’occasion de l’exposition, l’IMA a demandé au paysagiste Michel Péna de concevoir, pour le parvis du musée, un jardin oriental contemporain. Le défi était compliqué à relever (environnement ultra-moderne, bâtiment de Jean Nouvel) et il s’en est, semble-t-il, plutôt bien sorti ! En outre, ce jardin éphémère propose une buvette avec thé à l’hibiscus et pâtisseries orientales, ce qui permet, du coup, de se régaler dans un endroit tout à fait charmant.

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Le corps humain à travers les arts

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La semaine dernière, j’ai suivi mes premiers cours d’été à l’école du Louvre. Sujet de la semaine : Les Secrets du corps humain révélés par les arts, de la Renaissance au XXIe siècle.

Ces 5 cours, délivrés par Alexis Drahos, étaient principalement axés sur l’anatomie, la médecine et les pathologies. Des dizaines de personnalités de l’art et des sciences ont ainsi été décryptées, parmi lesquelles : le médecin Galien, Leonard de Vinci, l’anatomiste André Vesale, Goya, l’aliéniste Pinel, Van Gogh, Frida Khalo…

Le corps humain dans les arts est un thème passionnant, riche, mais inévitablement lourd, douloureux, violent, sombre : condamnés à mort, religion, pathologies diverses, souffrance psychique, folie. Et même par moments franchement gore : dissection, leçons d’anatomie.

Ce qui n’est pas incompatible, bien au contraire, avec l’idée d’espoir et de lumière. Et c’est là que c’est magnifique ! Tout d’abord parce qu’Alexis Drahos a su insuffler de l’humour, et même de la poésie, tout au long de son discours et de ses nombreuses anecdotes. Mais surtout parce que le sujet du corps humain est indubitablement lié à celui de l’empathie (empathie des artistes et des médecins pour les malades, respect des artistes pour les médecins, sentiment de reconnaissance des artistes en souffrance vis-à-vis de leur médecin, etc.) et à celui du progrès (avancées scientifiques, idéologiques, politiques).

Je ne m’amuserai pas à énumérer ici les centaines de choses qu’Alexis Drahos a pu nous transmettre. Je me contenterai plutôt de retranscrire 6 ou 7 éléments qui m’ont particulièrement marquée.

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Un cerveau dissimulé dans la Création d’Adam ?

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La Création d’Adam fait partie des fresques inspirées de la Genèse, peintes sur la voûte de la chapelle Sixtine (cité du Vatican, Rome) par Michel-Ange : et Dieu créa l’homme à son image…

On sait que Michel-Ange s’intéressait à l’anatomie et qu’il a réalisé de nombreuses dissections, malgré les tabous de l’Eglise (il était d’ailleurs lui-même très croyant). Or, en 1990, le médecin Meshberger souligne la ressemblance frappante entre la partie droite de cette fresque (Dieu) et la coupe sagittale du cerveau humain. Michel-Ange aurait ainsi voulu illustrer, discrètement mais sûrement, le fait que Dieu a offert à l’homme la faculté de penser. D’après certains scientifiques, toutes les composantes du cerveau seraient effectivement repérables dans cette image !

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Les squelettes très vivants de Jacques Gamelin

Jacques Gamelin a été directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Montpellier. Il a une formation d’artiste, ce n’est pas du tout un scientifique à la base. Il va pourtant se passionner pour le corps humain, pratiquer la dissection, et réaliser une centaine de planches très pointues et très jolies sur le thème du corps humain, pour son Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie. J’en parle ici pour avoir l’occasion de vous montrer un de ses magnifiques dessins, non dénué d’humour :

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Ce recueil était destiné aux scientifiques et aux artistes. Gamelin n’a malheureusement pas connu le succès financier grâce à ce travail.

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Brisons les chaînes !

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(Le docteur Pinel faisant tomber les chaînes des aliénés, par Tony Robert-Fleury)

Philippe Pinel (1745-1826) était aliéniste (on parlerait maintenant de psychiatre). Médecin diplômé d’une autre faculté que celle de Paris, il n’aura le droit d’exercer dans la capitale qu’après la Révolution et la réorganisation de la médecine. Il fera alors une brillante carrière.

C’est lui qui libèrera de leurs chaînes les « fous » de Bicêtre et de la Salpêtrière, et mettra en pratique la notion de traitement moral. Grâce à Pinel, on considère enfin qu’il n’y a pas de fatalisme, mais au contraire une lueur de raison chez tous les fous, et que c’est sur cela qu’il faut travailler pour les aider. Pinel est ainsi devenu un mythe (mythe parfois remis en question, notamment par Michel Foucault dans son Histoire de la folie).

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Le Radeau de la méduse : cannibalisme, désespoir et folie

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Pour son tableau, Géricault s’est inspiré d’un fait réel : le naufrage de la frégate Méduse en 1816. Cette œuvre immense (environ 5 m de hauteur et 7 m de largeur) trône au Louvre. C’est à partir de son travail pour Le Radeau de la Méduse que Géricault s’est énormément documenté sur l’anatomie humaine. Pour l’occasion, il déménage d’ailleurs son atelier près de l’hôpital Beaujon.

Pour réaliser une œuvre à la hauteur de l’enfer vécu par les victimes du naufrage de la Méduse, il ne s’épargnera rien : retrait plus qu’austère (il se rasera d’ailleurs le crâne), silence absolu, visites à la morgue de l’hôpital, emprunt d’une tête coupée ou encore de membres humains pour étudier dans son atelier la rigidité cadavérique et la décomposition. Il s’offrira tout de même un voyage en Normandie pour mieux retranscrire dans son tableau les effets d’une tempête de mer. Delacroix, ainsi que plusieurs survivants du naufrage, feront partie de ses modèles.

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Tournant dramatique pour Goya en 1792

Il y a un avant et un après 1792 dans la vie et dans l’œuvre du peintre Goya. Jusque là, il s’agissait surtout d’un peintre de cour. En 1792, en Andalousie, il est atteint d’une mystérieuse maladie (saturnisme, poliomyélite, syphilis ?), dont il souffrira beaucoup et qui le laissera sourd. Cette maladie très invalidante, qui le plonge dans une dépression nerveuse, a modifié sa peinture. Alors qu’il peignait jusque là des sujets gais, dans des tons clairs, il va se renfermer, tourner le dos aux commandes et se mettre à peindre pour lui-même. On connait tous Les Vieilles (1808), Le Colosse (1808-1812), Saturne dévorant un de ses fils (1819),  ou la série d’estampes des Caprices. Ci-dessous, voici L’Enclos des fous de Saragosse (1793) :

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Ce tableau dénonce la grande négligence dont sont victimes les fous dans les asiles à l’époque (brutalité, enfermement avec les criminels). Dans l’asile de Saragosse, le traitement réservé aux fous est toutefois plus moderne qu’ailleurs : même s’ils sont encore considérés comme des bêtes, ils ne sont plus menottés.

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Le Cri révolutionnaire de Munch

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Munch a beaucoup souffert tout au long de sa vie, et ce tableau incarne bien son désespoir. L’artiste décrit ainsi l’expérience qui l’a poussé à peindre Le Cri : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Avec cette œuvre, Munch renouvelle la thématique du cri : en effet, pour la première fois dans l’histoire de la peinture, un tableau illustre un cri provoqué par la pure et simple douleur psychique. Il est en cela très moderne et révolutionnaire.

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Niki de Saint-Phalle : hymne à la joie !

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Tiens, je terminerais bien cet article avec quelque chose de plus gai 🙂

Lors de son dernier cours, consacré au XXe siècle, Alexis Drahos nous a parlé de l’œuvre joyeuse de Niki de Saint-Phalle et en particulier de son œuvre Hon, ce qui signifie en suédois Elle (première photo ci-dessus). Il s’agit d’une sculpture gigantesque (23 m de longueur), exposée à Stockholm en 1966, représentant une femme aux cuisses écartées, par le sexe duquel les visiteurs entraient pour découvrir d’autres œuvres. Niki de Saint-Phalle considère l’art comme ludique et se lâche sur les couleurs !

Le premier jour du reste de ta vie

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(photo de Quentin de Briey)

J’ai signé mon bail ce week-end et j’ai les clés de mon appart le samedi 16 juillet. Je passe de 100 m² à 20 m² mais j’ai la banane. C’est grave docteur ?

Points forts du nouveau nid :

  • du beau et vieux parquet (il est bon de réaliser certains fantasmes)
  • de la lumière (lumière = allégresse)
  • un balcon (vive les aromates)
  • pas de vis-à-vis direct (= liberté)
  • une rue calme
  • une gardienne
  • un parc à 7 minutes à pied (avec plein de vieux arbres)
  • le métro à 2 minutes à pied
  • Paris à 10 minutes en métro

Point faible transformé en point fort : la mini-surface, qui me permet de :

  • faire le tri entre le superficiel et l’essentiel (un balai fait moins de bruit qu’un aspirateur encombrant)
  • ne garder que mes objets préférés
  • faire preuve d’inventivité
  • retrouver la légèreté de mes 20 ans

Points faibles : aucun, si ce n’est que je n’ai pas encore repéré le Lavomatic du coin.

Challenges :

  • organiser un espace pour mes bouquins
  • idem pour mon matériel de dessin et de fabrication de bijoux
  • me décider intelligemment entre : lit-coffre, lit gigogne ou tatami (l’idée de vivre « près du sol » me travaille sérieusement)