Le cadeau du rossignol philomèle

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(rossignol sur une branche de néflier, encre et couleurs sur soie, oeuvre anonyme des Song du Sud, XII-XIIIes siècles)

Le rossignol philomèle (étymologie de philomèle = qui aime le chant), petit oiseau au plumage très commun, est célébré à travers le monde pour ses mélodies variées. A force de lire des évocations poétiques du rossignol (on le croise régulièrement dans les romans), il fallait bien que je me renseigne un peu sur son chant !

Par exemple, le site oiseaux.net en propose plusieurs extraits sonores : ici. On peut aussi écouter le rossignol sur youtube et plus précisément : ici. Bon, il est évidemment plutôt incongru d’écouter le chant d’un oiseau, quel qu’il soit, en restant enfermé entre les quatre murs de son salon. Je vous souhaite donc (si ce n’est pas déjà fait), et à moi-même, de croiser un jour le chemin d’un rossignol en forêt, au crépuscule (il vit un peu partout, sauf en Amérique et en Australie).

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Et maintenant, juste pour le plaisir, deux références littéraires au rossignol :

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Le rossignol dans L’Enfant et la rivière, de Henri Bosco

Parmi les évocations les plus séduisantes que j’aie pu lire du rossignol, voici un extrait de L’Enfant et la rivière de Henri Bosco, récit dans lequel le petit Pascalet découvre, lors d’une fugue palpitante de plusieurs jours (et plusieurs nuits), la vie sauvage des bords de l’eau. L’écrivain Henri Bosco déclare dans ce roman sa passion de la nature, en particulier dans le chapitre Les eaux dormantes, utilisant par exemple un champ lexical de la rivière très foisonnant, que ce soit en terme de végétation (« puissance merveilleuse de la flore des eaux », « grandes prairies en fleurs », lentilles d’eau, nénuphars, valérianes palustres, hautes gentianes bleues, fleur de sagittaire…) ou de faune (« cri hardi et coléreux » de la bouscarle, « vol de plumes mouillées froissant les touffes de roseaux », « murmure confus des bêtes d’eau », « glissement d’une sarcelle entre les joncs », « gerris infatigables », « vol des libellules sous le saule », « ventre bleu du martin-pêcheur », « immobilité du héron »…). Une très belle immersion.

Ci-dessous, place, donc, au rossignol du petit Pascalet :

Et j’écoutais. Car un oiseau très merveilleux commençait à chanter sur le rivage. Toutes les nuits, à la même heure, à la pointe du même ormeau, son appel nuptial s’élevait sur les eaux et la campagne. Le renard se taisait et nous retenions notre souffle tant était beau le chant nocturne du rossignol, en cette fin du mois d’avril, qui est le temps des pariades.

On s’endormait en l’écoutant. Le sommeil de ces nuits était léger ; si léger que l’on s’éveillait une ou deux fois avant la naissance de l’aube.

Souvent on entendait, en sortant du sommeil, la voix de l’oiseau merveilleux qui chantait encore. Mais alors elle était lente et plus grave. Rien qu’à la façon dont sa plainte retentissait, seule, au fond de la nuit, sur le silence des eaux invisibles, on devinait que toutes les bêtes lacustres reposaient. Et soi-même on rentrait dans le sommeil en traînant longtemps après soi ce chant brûlant et solitaire…

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Le Rossignol et l’Empereur de Chine, Andersen

Le conte Le Rossignol et l’Empereur de Chine de Andersen (1805-1875) a été publié en 1843. Ce texte parle d’humilité, mais aussi, je trouve, de respect (respect sacré de ceux qu’on aime) et de reconnaissance (savoir dire merci, reconnaître ce qu’on doit à l’autre). C’est également une ode aux merveilles et à la générosité de la nature.

La description des pêcheurs et de la pauvrette qui travaille dans les cuisines, jouissant pleinement du chant du rossignol le soir venu alors qu’ils ne possèdent rien (ce sont de petites gens), me touche particulièrement.

Ci-dessous, voici l’intégralité du récit. Prenez le temps de le lire, c’est vraiment super  🙂

En Chine, vous le savez déjà, l’empereur est un Chinois, et tous ses sujets sont des Chinois. Cette histoire s’est passée il y a bien des années, et c’est pourquoi il vaut la peine de l’écouter, avant qu’elle ne tombe dans l’oubli.

Le château de l’empereur était le château plus magnifique du monde. Il était entièrement fait de la plus fine porcelaine, si coûteuse, si cassante et fragile au toucher qu’on devait y faire très attention. Dans le jardin, on pouvait voir les fleurs les plus merveilleuses; et afin que personne ne puisse passer sans les remarquer, on avait attaché aux plus belles d’entre-elles des clochettes d’argent qui tintaient délicatement. Vraiment, tout était magnifique dans le jardin de l’empereur, et ce jardin s’étendait si loin, que même le jardinier n’en connaissait pas la fin. En marchant toujours plus loin, on arrivait à une merveilleuse forêt, où il y avait de grands arbres et des lacs profonds. Et cette forêt s’étendait elle-même jusqu’à la mer, bleue et profonde. De gros navires pouvaient voguer jusque sous les branches où vivait un rossignol. Il chantait si divinement que même le pauvre pêcheur, qui avait tant d’autres choses à faire, ne pouvait s’empêcher de s’arrêter et de l’écouter lorsqu’il sortait la nuit pour retirer ses filets. « Mon Dieu! Comme c’est beau ! », disait-il. Mais comme il devait s’occuper de ses filets, il oubliait l’oiseau. Les nuits suivantes, quand le rossignol se remettait à chanter, le pêcheur redisait à chaque fois : « Mon Dieu ! Comme c’est beau ! ».

Des voyageurs de tous les pays venaient dans la ville de l’empereur et s’émerveillaient devant le château et son jardin ; mais lorsqu’ils finissaient par entendre le Rossignol, ils disaient tous : « Voilà ce qui est le plus beau ! » Lorsqu’ils revenaient chez eux, les voyageurs racontaient ce qu’ils avaient vu et les érudits écrivaient beaucoup de livres à propos de la ville, du château et du jardin. Mais ils n’oubliaient pas le rossignol : il recevait les plus belles louanges et ceux qui étaient poètes réservaient leurs plus beaux vers pour ce rossignol qui vivait dans la forêt, tout près de la mer.

Les livres se répandirent partout dans le monde, et quelques-uns parvinrent un jour à l’empereur. Celui-ci s’assit dans son trône d’or, lu, et lu encore. À chaque instant, il hochait la tête, car il se réjouissait à la lecture des éloges qu’on faisait sur la ville, le château et le jardin. « Mais le rossignol est vraiment le plus beau de tout ! », y était-il écrit.

« Quoi ? », s’exclama l’empereur. « Mais je ne connais pas ce rossignol ! Y a-t-il un tel oiseau dans mon royaume, et même dans mon jardin ? Je n’en ai jamais entendu parler ! »

Il appela donc son chancelier. Celui-ci était tellement hautain que, lorsque quelqu’un d’un rang moins élevé osait lui parler ou lui poser une question, il ne répondait rien d’autre que : « Pf ! » Ce qui ne voulait rien dire du tout.

« Il semble y avoir ici un oiseau de plus remarquables qui s’appellerait Rossignol ! », dit l’empereur. « On dit que c’est ce qu’il y de plus beau dans mon grand royaume ; alors pourquoi ne m’a-t-on rien dit à ce sujet ? » « Je n’ai jamais entendu parler de lui auparavant », dit le chancelier. « Il ne s’est jamais présenté à la cour ! »

« Je veux qu’il vienne ici ce soir et qu’il chante pour moi ! », dit l’empereur. « Le monde entier sait ce que je possède, alors que moi-même, je n’en sais rien ! »

« Je n’ai jamais entendu parler de lui auparavant », redit le chancelier. « Je vais le chercher, je vais le trouver ! »

Mais où donc le chercher ? Le chancelier parcourut tous les escaliers de haut en bas et arpenta les salles et les couloirs, mais aucun de ceux qu’il rencontra n’avait entendu parler du rossignol. Le chancelier retourna auprès de l’empereur et lui dit que ce qui était écrit dans le livre devait sûrement n’être qu’une fabulation. « Votre Majesté Impériale ne devrait pas croire tout ce qu’elle lit ; il ne s’agit là que de poésie ! »

« Mais le livre dans lequel j’ai lu cela, dit l’empereur, m’a été expédié par le plus grand Empereur du Japon ; ainsi ce ne peut pas être une fausseté. Je veux entendre le rossignol ; il doit être ici ce soir ! Il a ma plus haute considération. Et s’il ne vient pas, je ferai piétiner le corps de tous les gens de la cour après le repas du soir. »

« Tsing-pe ! », dit le chancelier, qui s’empressa de parcourir de nouveau tous les escaliers de haut en bas et d’arpenter encore les salles et les couloirs. La moitié des gens de la cour alla avec lui, car l’idée de se faire piétiner le corps ne leur plaisait guère. Ils s’enquirent du remarquable rossignol qui était connu du monde entier, mais inconnu à la cour.

Finalement, ils rencontrèrent une pauvre fillette aux cuisines. Elle dit : « Mon Dieu, Rossignol ? Oui, je le connais. Il chante si bien ! Chaque soir, j’ai la permission d’apporter à ma pauvre mère malade quelques restes de table ; elle habite en bas, sur la rive. Et lorsque j’en reviens, fatiguée, et que je me repose dans la forêt, j’entends Rossignol chanter. Les larmes me montent aux yeux ; c’est comme si ma mère m’embrassait ! »

« Petite cuisinière, dit le chancelier, je te procurerai un poste permanent aux cuisines et t’autoriserai à t’occuper des repas de l’empereur, si tu nous conduis auprès de Rossignol ; il doit chanter ce soir. »

Alors, ils partirent dans la forêt, là où Rossignol avait l’habitude de chanter ; la moitié des gens de la cour suivit. Tandis qu’ils allaient bon train, une vache se mit à meugler.

« Oh ! », dit un hobereau. « Maintenant, nous l’avons trouvé ; il y a là une remarquable vigueur pour un si petit animal ! Je l’ai sûrement déjà entendu ! »

« Non, dit la petite cuisinière, ce sont des vaches qui meuglent. Nous sommes encore loin de l’endroit où il chante. »

Puis, les grenouilles coassèrent dans les marais. « Merveilleux ! », s’exclama le prévôt du château. « Là, je l’entends ; cela ressemble justement à de petites cloches de temples. »

« Non, ce sont des grenouilles ! », dit la petite cuisinière. « Mais je pense que bientôt nous allons l’entendre ! »

À ce moment, Rossignol se mit à chanter…

« C’est lui, dit la petite fille. Écoutez ! Écoutez ! Il est là ! » Elle montra un petit oiseau gris qui se tenait en haut dans les branches.

« Est-ce possible ? », dit le chancelier. « Je ne l’aurais jamais imaginé avec une apparence aussi simple. Il aura sûrement perdu ses couleurs à force de se faire regarder par tant de gens ! »

« Petit Rossignol, cria la petite cuisinière, notre gracieux Empereur aimerait que tu chantes devant lui ! »

« Avec le plus grand plaisir », répondit Rossignol. Il chanta et ce fut un vrai bonheur. « C’est tout à fait comme des clochettes de verre », dit le chancelier. « Et voyez comme sa petite gorge travaille fort ! C’est étonnant que nous ne l’ayons pas aperçu avant ; il fera grande impression à la cour ! » « Dois-je chanter encore pour l’Empereur ? », demanda Rossignol, croyant que l’empereur était aussi présent.

« Mon excellent petit Rossignol, dit le chancelier, j’ai le grand plaisir de vous inviter à une fête ce soir au palais, où vous charmerez sa Gracieuse Majesté Impériale de votre merveilleux chant ! »

« Mon chant s’entend mieux dans la nature ! », dit Rossignol, mais il les accompagna volontiers, sachant que c’était le souhait de l’empereur.

Au château, tout fut nettoyé ; les murs et les planchers, faits de porcelaine, brillaient sous les feux de milliers de lampes d’or. Les fleurs les plus magnifiques, celles qui pouvaient tinter, furent placées dans les couloirs. Et comme il y avait là des courants d’air, toutes les clochettes tintaient en même temps, de telle sorte qu’on ne pouvait même plus s’entendre parler.

Au milieu de la grande salle où l’empereur était assis, on avait placé un perchoir d’or, sur lequel devait se tenir Rossignol. Toute la cour était là ; et la petite fille, qui venait de se faire nommer cuisinière de la cour, avait obtenu la permission de se tenir derrière la porte. Tous avaient revêtu leurs plus beaux atours et regardaient le petit oiseau gris, auquel l’empereur fit un signe.

Le rossignol chanta si magnifiquement, que l’empereur en eut les larmes aux yeux. Les larmes lui coulèrent sur les joues et le rossignol chanta encore plus merveilleusement ; cela allait droit au cœur. L’empereur fut ébloui et déclara que Rossignol devrait porter au coup une pantoufle d’or. Le Rossignol l’en remercia, mais répondit qu’il avait déjà été récompensé : « J’ai vu les larmes dans les yeux de l’Empereur et c’est pour moi le plus grand des trésors ! Oui ! J’ai été largement récompensé ! » Là-dessus, il recommença à chanter de sa voix douce et magnifique.

« C’est la plus adorable voix que nous connaissons ! », dirent les dames tout autour. Puis, se prenant pour des rossignols, elles se mirent de l’eau dans la bouche de manière à pouvoir chanter lorsqu’elles parlaient à quelqu’un. Les serviteurs et les femmes de chambre montrèrent eux aussi qu’ils étaient joyeux ; et cela voulait beaucoup dire, car ils étaient les plus difficiles à réjouir. Oui, vraiment, Rossignol amenait beaucoup de bonheur.

À partir de là, Rossignol dut rester à la cour, dans sa propre cage, avec, comme seule liberté, la permission de sortir et de se promener deux fois le jour et une fois la nuit. On lui assigna douze serviteurs qui le retenaient grâce à des rubans de soie attachés à ses pattes. Il n’y avait absolument aucun plaisir à retirer de telles excursions.

Un jour, l’empereur reçut une caisse, sur laquelle était inscrit : « Le rossignol ».

« Voilà sans doute un nouveau livre sur notre fameux oiseau ! », dit l’empereur. Ce n’était pas un livre, mais plutôt une œuvre d’art placée dans une petite boîte : un rossignol mécanique qui imitait le vrai, mais tout serti de diamants, de rubis et de saphirs. Aussitôt qu’on l’eut remonté, il entonna l’un des airs que le vrai rossignol chantait, agitant la queue et brillant de mille reflets d’or et d’argent. Autour de sa gorge, était noué un petit ruban sur lequel était inscrit : « Le rossignol de l’Empereur du Japon est bien humble comparé à celui de l’Empereur de Chine. »

Tous s’exclamèrent: « C’est magnifique ! » Et celui qui avait apporté l’oiseau reçu aussitôt le titre de « Suprême Porteur Impérial de Rossignol ».

Maintenant, ils doivent chanter ensemble ! Comme ce sera plaisant !

Et ils durent chanter en duo, mais ça n’allait pas. Car tandis que le vrai rossignol chantait à sa façon, l’automate, lui, chantait des valses. « Ce n’est pas de sa faute ! », dit le maestro, « il est particulièrement régulier, et tout à fait selon mon école ! » Alors l’automate dut chanter seul. Il procura autant de joie que le véritable et s’avéra plus adorable encore à regarder ; il brillait comme des bracelets et des épinglettes.

Il chanta le même air trente-trois fois sans se fatiguer ; les gens auraient bien aimé l’entendre encore, mais l’empereur pensa que ce devait être au tour du véritable rossignol de chanter quelque chose. Mais où était-il ? Personne n’avait remarqué qu’il s’était envolé par la fenêtre, en direction de sa forêt verdoyante.

« Mais que se passe-t-il donc ? », demanda l’empereur, et tous les courtisans grognèrent et se dirent que Rossignol était un animal hautement ingrat. « Le meilleur des oiseaux, nous l’avons encore ! », dirent-ils, et l’automate dut recommencer à chanter. Bien que ce fut la quarante-quatrième fois qu’il jouait le même air, personne ne le savait encore par cœur, car c’était un air très difficile. Le maestro fit l’éloge de l’oiseau et assura qu’il était mieux que le vrai, non seulement grâce à son apparence externe et les nombreux et magnifiques diamants dont il était serti, mais aussi grâce à son mécanisme intérieur. « Voyez, mon Souverain, Empereur des Empereurs ! Avec le vrai rossignol, on ne sait jamais ce qui en sortira, mais avec l’automate, tout est certain : on peut l’expliquer, le démonter, montrer son fonctionnement, voir comment les valses sont réglées, comment elles sont jouées et comment elles s’enchaînent ! »

« C’est tout à fait notre avis ! », dit tout le monde, et le maestro reçu la permission de présenter l’oiseau au peuple le dimanche suivant. Le peuple devait l’entendre, avait ordonné l’empereur, et il l’entendit. Le peuple était en liesse, comme si tous s’étaient enivrés de thé, et tous disaient : « Oh ! », en pointant le doigt bien haut et en faisant des signes. Mais les pauvres pêcheurs, ceux qui avaient déjà entendu le vrai rossignol, dirent : « Il chante joliment, les mélodies sont ressemblantes, mais il lui manque quelque chose, nous ne savons trop quoi ! »

Le vrai rossignol fut banni du pays et de l’empire. L’oiseau mécanique eut sa place sur un coussin tout près du lit de l’empereur, et tous les cadeaux que ce dernier reçu, or et pierres précieuses, furent posés tout autour. L’oiseau fut élevé au titre de « Suprême Rossignol Chanteur Impérial » et devint le Numéro Un à la gauche de l’empereur – l’empereur considérant que le côté gauche, celui du cœur, était le plus distingué, et qu’un empereur avait lui aussi son cœur à gauche. Le maestro rédigea une œuvre en vingt-cinq volumes sur l’oiseau. C’était très savant, long et rempli de mots chinois parmi les plus difficiles ; et chacun prétendait l’avoir lu et compris, craignant de se faire prendre pour un idiot et de se faire piétiner le corps.

Une année entière passa. L’empereur, la cour et tous les chinois connaissaient par cœur chacun des petits airs chantés par l’automate. Mais ce qui leur plaisait le plus, c’est qu’ils pouvaient maintenant eux-mêmes chanter avec lui, et c’est ce qu’ils faisaient. Les gens de la rue chantaient : «  Ziziiz ! Kluckkluckkluck ! » et l’empereur aussi. Oui, c’était vraiment magnifique !

Mais un soir, alors que l’oiseau mécanique chantait à son mieux et que l’empereur, étendu dans son lit, l’écoutait, on entendit un « cric » venant de l’intérieur ; puis quelque chose sauta : « crac ! » Les rouages s’emballèrent, puis la musique s’arrêta.

L’empereur sauta immédiatement hors du lit et fit appeler son médecin. Mais que pouvait-il bien y faire ? Alors on amena l’horloger, et après beaucoup de discussions et de vérifications, il réussit à remettre l’oiseau dans un certain état de marche. Mais il dit que l’oiseau devait être ménagé, car les chevilles étaient usées, et qu’il était impossible d’en remettre de nouvelles. Quelle tristesse ! À partir de là, on ne put faire chanter l’automate qu’une fois l’an, ce qui était déjà trop. Mais le maestro tint un petit discours, tout plein de mots difficiles, disant que ce serait aussi bien qu’avant ; et ce fut aussi bien qu’avant.

Puis, cinq années passèrent, et une grande tristesse s’abattit sur tout le pays. L’empereur, qui occupait une grande place dans le cœur de tous les chinois, était maintenant malade et devait bientôt mourir. Déjà, un nouvel empereur avait été choisi, et le peuple, qui se tenait dehors dans la rue, demandait au chancelier comment se portait son vieil empereur.

« Pf ! », disait-il en secouant la tête.

L’empereur, froid et blême, gisait dans son grand et magnifique lit. Toute la cour le croyait mort, et chacun s’empressa d’aller accueillir le nouvel empereur ; les serviteurs sortirent pour en discuter et les femmes de chambre se rassemblèrent autour d’une tasse de café. Partout autour, dans toutes les salles et les couloirs, des draps furent étendus sur le sol, afin qu’on ne puisse pas entendre marcher ; ainsi, c’était très silencieux. Mais l’empereur n’était pas encore mort : il gisait, pâle et glacé, dans son magnifique lit aux grands rideaux de velours et aux passements en or massif. Tout en haut, s’ouvrait une fenêtre par laquelle les rayons de lune éclairaient l’empereur et l’oiseau mécanique.

Le pauvre empereur pouvait à peine respirer ; c’était comme si quelque chose ou quelqu’un était assis sur sa poitrine. Il ouvrit les yeux, et là, il vit que c’était la Mort. Elle s’était coiffée d’une couronne d’or, tenait dans une main le sabre de l’empereur, et dans l’autre, sa splendide bannière. De tous les plis du grand rideau de velours surgissaient toutes sortes de têtes, au visage parfois laid, parfois aimable et doux. C’étaient les bonnes et les mauvaises actions de l’empereur qui le regardaient, maintenant que la Mort était assise sur son cœur.

« Te souviens-tu d’elles ? », dit la Mort. Puis, elle lui raconta tant de ses actions passées, que la sueur en vint à lui couler sur le front.

« Cela je ne l’ai jamais su ! », dit l’empereur. « De la musique ! De la musique ! Le gros tambour chinois », cria l’empereur, « pour que je ne puisse entendre tout ce qu’elle dit ! »

Mais la Mort continua de plus belle, en faisant des signes de tête à tout ce qu’elle disait.

« De la musique ! De la musique ! », criait l’empereur. « Toi, cher petit oiseau d’or, chante donc, chante ! Je t’ai donné de l’or et des objets de grande valeur, j’ai suspendu moi-même mes pantoufles d’or à ton cou ; chante donc, chante ! »

Mais l’oiseau n’en fit rien ; il n’y avait personne pour le remonter, alors il ne chanta pas. Et la Mort continua à regarder l’empereur avec ses grandes orbites vides. Et tout était calme, terriblement calme.

Tout à coup, venant de la fenêtre, on entendit le plus merveilleux des chants : c’était le petit rossignol, plein de vie, qui était assis sur une branche. Ayant entendu parler de la détresse de l’empereur, il était venu lui chanter réconfort et espoir. Et tandis qu’il chantait, les visages fantômes s’estompèrent et disparurent, le sang se mit à circuler toujours plus vite dans les membres fatigués de l’empereur, et même la Mort écouta et dit : « Continue, petit rossignol ! Continue ! ».

« Bien, me donnerais-tu le magnifique sabre d’or ? Me donnerais-tu la riche bannière ? Me donnerais-tu la couronne de l’empereur ? »

La Mort donna chacun des joyaux pour un chant, et Rossignol continua à chanter. Il chanta le tranquille cimetière où poussent les roses blanches, où les lilas embaument et où les larmes des survivants arrosent l’herbe fraîche. Alors la Mort eut la nostalgie de son jardin, puis elle disparut par la fenêtre, comme une brume blanche et froide.

« Merci, merci ! » dit l’empereur. « Toi, divin petit oiseau, je te connais bien ! Je t’ai banni de mon pays et de mon empire, et voilà que tu chasses ces mauvais esprits de mon lit, et que tu sors la Mort de mon cœur ! Comment pourrais-je te récompenser ? »

« Tu m’as récompensé ! », répondit Rossignol. « J’ai fait couler des larmes dans tes yeux, lorsque j’ai chanté la première fois. Cela, je ne l’oublierai jamais ; ce sont là les joyaux qui réjouissent le cœur d’un chanteur. Mais dors maintenant, et reprend des forces ; je vais continuer à chanter ! »

Il chanta, et l’empereur glissa dans un doux sommeil ; un sommeil doux et réparateur !

Le soleil brillait déjà par la fenêtre lorsque l’empereur se réveilla, plus fort et en bonne santé. Aucun de ses serviteurs n’était encore venu, car ils croyaient tous qu’il était mort. Mais Rossignol était toujours là et il chantait. « Tu resteras toujours auprès de moi!, dit l’empereur. Tu chanteras seulement lorsqu’il t’en plaira, et je briserai l’automate en mille morceaux. »

« Ne fais pas cela », répondit Rossignol. « Il a apporté beaucoup de bien, aussi longtemps qu’il a pu ; conserve-le comme il est. Je ne peux pas nicher ni habiter au château, mais laisse moi venir quand j’en aurai l’envie. Le soir, je viendrai m’asseoir à la fenêtre et je chanterai devant toi pour tu puisses te réjouir et réfléchir en même temps. Je chanterai à propos du bonheur et de la misère, du bien et du mal, de ce qui, tout autour de toi, te reste caché. Un petit oiseau chanteur vole loin, jusque chez le pauvre pêcheur, sur le toit du paysan, chez celui qui se trouve loin de toi et de ta cour. J’aime ton cœur plus que ta couronne, même si la couronne a comme une odeur de sainteté autour d’elle. Je reviendrai et chanterai pour toi ! Mais avant, tu dois me promettre ! »

« Tout ce que tu voudras ! », dit l’empereur. Il se tenait là, dans son costume impérial, qu’il venait d’enfiler, et pressait son sabre d’or massif sur son cœur. « Je te demande seulement une chose : ne dit à personne que tu as un petit oiseau qui te raconte tout ; tout ira beaucoup mieux ainsi ! »

Puis, Rossignol s’envola.

Lorsque les serviteurs entrèrent, croyant constater le décès de leur empereur, ils se figèrent, stupéfaits, et l’empereur leur dit : « Bonjour ! »

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L’inventivité chez les oiseaux

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(fou aux pattes bleues, illustrant la couverture du livre Étonnants oiseaux)

Une fois n’est pas coutume, je voudrais faire un peu de publicité, en l’occurrence pour un livre magnifique : Étonnants oiseaux, rédigé par Guilhem Lesaffre, ornithologue de terrain depuis 40 ans (et vice-président du Centre ornithologique Île-de-France). En quelques chapitres bien pensés (« paraître », « s’alimenter », « se reproduire », « se protéger », « se rassembler », « se surpasser »…), l’auteur nous fait découvrir, grâce à son texte fluide et très abordable, les ressources fascinantes et variées d’une centaine d’oiseaux. On va de surprise en surprise !

Quant aux photos de l’ouvrage, elles suscitent également l’émerveillement. Elles proviennent de la banque d’images Biosphoto, une agence spécialisée dans la nature, les animaux (et le jardin). Biosphoto bosse avec des centaines de photographes. Pour en savoir plus sur l’agence et leur travail, leur site officiel est ici (beaucoup de très belles photos en ligne). Cette entreprise milite en faveur de l’environnement et a développé des partenariats avec plusieurs ONG.

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Ci-dessous, 6 oiseaux que j’ai découvert grâce à Guilhem Lesaffre… Les photos donnent une petite idée de la beauté du livre !

Le rémiz penduline

Le rémiz penduline fait son nid dans un saule ou un peuplier, au dessus de l’eau pour se préserver efficacement des prédateurs. Pour la réalisation du nid, le mâle fait preuve d’un véritable talent d’architecte : armature de tiges, crins, laine végétale, graines duveteuses… ce qui constitue une bourse, terminée par un tunnel d’accès pour plus de sécurité. La femelle se charge ensuite d’aménager un intérieur douillet.

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Le pic glandivore

Il vit en Amérique et fréquente surtout les zones de chênes et de pins. Sa nourriture de base : les glands desséchés. En prévision de l’hiver, le pic glandivore prépare d’importantes réserves de nourriture. Pour ce faire, il creuse des centaines de trous dans l’écorce d’un arbre et dans chaque trou, incruste un gland !

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Le gravelot semipalmé

Le gravelot semipalmé fabrique son nid au sol, souvent sur une plage de galets. Il a une stratégie étonnante pour attirer les prédateurs à l’écart de ses poussins : il joue naturellement la comédie et titube comme s’il avait une aile brisée, pour attirer l’intrus sur une zone éloignée et lui faire perdre le chemin du nid. Dès que le danger est écarté, il retrouve un comportement normal.

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L’aigrette ardoisée

L’aigrette ardoisée fréquente surtout les étendues d’eau peu profondes (berges, bords de lac, marécages…). Ce héron africain, pour se nourrir, vient se placer au dessus du poisson convoité en déployant ses ailes pour supprimer les reflets gênants du soleil et de la lumière sur l’eau. Ce « parasol » lui permet de mieux viser et donc d’optimiser le nombre de ses proies. Il utilise son bec comme un harpon, à la verticale. Ce procédé fonctionne avec les poissons de grosse ou de moyenne taille, mais pas avec les plus petits (que l’ombre soudaine fait fuir).

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Le grand ibijau

Cet oiseau, qui vit en Amérique Centrale et Amérique du Sud, est un expert du camouflage : grâce à son plumage, il disparaît dans le dessin des arbres. Photo ci-dessous : le jeune oiseau adopte la posture rigide de sa maman, pour se fondre dans le décor.

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Le géospize pique-bois

On le trouve sur les îles Galapagos. Le géospize pique-bois est un des très rares oiseaux qui utilisent un outil, en l’occurrence une épine de cactus pour déloger les larves d’insecte dont il se délecte.

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Étonnants oiseaux
19,99 €
182 pages
Editions Glénat, 2016

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Un site qui catalogue et décrit très bien les oiseaux (des milliers de fiches, plus de 40 rédacteurs, et plus de 350 illustrateurs) : oiseaux.net ! Les 6 oiseaux que je viens d’évoquer y sont bien sûr référencés.

Chen Jialing au pays des lotus

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(parmi les sujets favoris de Chen Jialing : le lotus)

Chen Jialing, né en 1937, fait partie des figures importantes de la « nouvelle école de peinture de Shanghai ». Ce mouvement réunit des peintres dont le travail est profondément enraciné dans la tradition millénaire chinoise, et à la fois habité par un désir profond d’innovation, de modernité. Leur ambition : renouveler drastiquement un genre qu’ils respectent profondément. Leurs œuvres sont ainsi, parfois, mal considérées par leurs contemporains.

A partir de 1987, les anciens professeurs de Chen Jialing se désolidarisent ainsi de sa production, estimant d’ailleurs qu’il se tire une balle dans le pied et qu’il ne s’en remettra pas artistiquement parlant. Mais cela ne découragera en rien l’artiste, bien au contraire…

Les fleurs et les oiseaux font partie des thèmes préférés de Chen Jialing. Il s’affirme ainsi comme un héritier de la longue tradition chinoise hua niao (peinture de fleurs et oiseaux). Regardez-moi cette merveille 🙂 :

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Voici l’artiste à l’oeuvre :

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Il accorde énormément d’importance au support qu’il utilise, le papier de riz, et en parle ainsi :

La peinture à l’encre traditionnelle chinoise a mis l’accent sur l’habileté à utiliser des pinceaux sur du papier de riz avec des lignes et des points. Mais dans mes œuvres, j’ai tiré pleinement parti des caractéristiques uniques du papier de riz. Comme le papier de riz est très sensible, il permet des variations d’ombre complexes avec une fluidité translucide.

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Chen Jialing réalise également de magnifiques paysages, qui tendent à l’abstraction mais nous rappellent clairement la peinture shanshui (peinture de montagne et d’eau) traditionnelle.

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Au pays des fleurs, le peintre porte un intérêt tout particulier aux lotus. Voici quelques exemples :

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Pour terminer, voici un canard insouciant (à l’image de son oeuvre globale) et deux articles intéressants sur son parcours et ses préoccupations artistiques : ici et ici !

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Cocon précieux

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(cocon précieux de Hubert Duprat : quand la frontière entre construction animale et réalisation artistique humaine devient floue, très floue !)

Au début des années 80, l’artiste Hubert Duprat a une idée géniale : solliciter les talents d’architecte de la phrygane (petit insecte qui vit à l’état de larve et se fabrique un abri avant sa métamorphose) pour lui faire fabriquer des fourreaux précieux : en or, pierres précieuses et perles. Tout un concept !

A l’âge adulte, la phrygane (ou trichoptère) ressemble à une mite ou à un petit papillon très discret (voir photo plus bas). Mais avant sa métamorphose, il s’agit d’une larve aquatique, qu’on rencontre dans les ruisseaux et les rivières non pollués. Pour se protéger des prédateurs qu’elle croise dans l’eau, la larve de la phrygane se fabrique un fourreau avec les débris qu’elle accumule dans son environnement : micro-cailloux, brindilles, débris de bois, etc. C’est également dans cet étui solide, à l’abri, qu’elle va réaliser sa métamorphose. Ci-dessous, des fourreaux de phrygane (dont un encore habité), et une phrygane à l’âge adulte :

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Voici comment Hubert Duprat décide de mettre le talent des phryganes au service de l’art, de la beauté et de l’étrange : ils les installe dans un aquarium où, à défaut de pouvoir constituer leur abri avec des débris végétaux et autres petits cailloux, les phryganes ont à leur disposition des paillettes d’or, des perles ainsi que des pierres précieuses et fines : diamants, émeraudes, rubis, saphirs, turquoises, opales, lapis-lazuli.

Et voilà le joli résultat, poétique et merveilleux !

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A la base de cette expérience très spéciale, à mi-chemin entre sciences naturelles et joaillerie, Hubert Duprat s’est inspiré des travaux de l’entomologiste Jean-Henri Fabre (1823-1915). Le célèbre scientifique et écrivain parlait ainsi de la phrygane dans ses Souvenirs entomologiques :

Parmi les insectes qui s’habillent, bien peu la dépassent en ingéniosité d’accoutrement. Les eaux de mon voisinage m’en livrent cinq ou six espèces, ayant chacune son art spécial. Une seule aura pour aujourd’hui les honneurs de l’histoire. Elle me vient des eaux dormantes, à fond boueux, encombrées de menus roseaux. Autant qu’on peut en juger d’après la demeure seule, ce serait, disent les maîtres spécialistes, le Limnophilus flavicornis. Son ouvrage a valu à toute la corporation le joli nom de Phrygane, terme grec signifiant morceau de bois, bûchette. De façon non moins expressive, le paysan provençal la nomme lou porto-fais, lou porto-canèu. C’est la bestiole des eaux dormantes portant un fagot en menus chaumes, débris du roseau.

Son fourreau, maison ambulante, est œuvre composite et barbare, amoncellement cyclopéen où l’art cède la place à l’informe robusticité. Les matériaux en sont très variés, à tel point qu’on s’imaginerait avoir sous les yeux le travail de constructeurs dissemblables, si de fréquentes transitions n’avertissaient du contraire.

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En 1983, Hubert Duprat (photo ci-dessous) dépose un brevet pour protéger son innovation.

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Ci-dessous, une illustration de la phrygate (à l’état de larve en bas, puis à l’âge adulte à la surface de l’eau) par Annika Bernhard, pour Freshwater Pond Coloring Book (2000), un ouvrage à destination des enfants sur les habitants des eaux douces :

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C’est pas du joli…

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(le photographe militant Chris Jordan)

Il y a 15 jours, en Vendée, lors d’une promenade en bord de mer, j’ai réalisé qu’une quantité ahurissante de déchets en plastique envahissait la plage à chaque marée. Je me suis promis, dans le futur, d’emporter avec moi un sac pour ramasser les cochonneries sur lesquelles je tomberai, à chaque balade sur la plage. Je tiendrai ma promesse 🙂  Ces petits efforts (qui ne gâchent rien à la promenade, bien au contraire) ne sauvent pas la planète, certes. Mais je ne suis pas une idéaliste, je suis une pragmatique : ce qui m’intéresse, c’est le concret, l’action utile : si mon geste peut éviter à quelques dizaines d’animaux d’ingurgiter ou de se blesser avec une saloperie, leur permettre de « passer entre les mailles du filet » (je repense à une photo qui m’a marquée : celle d’une tortue marine dont la carapace avait littéralement été déformée, avec sa croissance, par la prison intempestive et durable d’un morceau en plastique résistant…), ça m’intéresse 🙂

Et hier, sur internet, j’ai découvert le travail de Chris Jordan et en particulier son reportage sur l’archipel Midway, qui met en lumière les dégâts des déchets en plastique sur les animaux marins (ingurgitation).

Et bien non, c’est pas beau à voir…

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Initialement, la préoccupation du photographe américain Chris Jordan est purement esthétique. Son sujet de prédilection : la société de consommation, qui lui permet de faire de belles photos sur des sujets tels que le gaspillage, le plastique, la chirurgie esthétique. Son travail met donc les déchets au cœur de ses œuvres, mais la préoccupation de Chris Jordan, dans un premier temps, reste principalement artistique.

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Mais peu à peu, les dégâts et la laideur qu’il côtoie le font évoluer en profondeur. Car ça devient bientôt une évidence : primo, il trouve ça franchement dégueulasse et désolant, deuxio, il a le pouvoir de faire passer des messages écologistes importants. Chris Jordan devient ainsi, doucement mais sûrement, un artiste militant.

Extrait d’interview dans Orion Magazine, en 2007 :

L’étrange mélange de la beauté et de l’horreur est une puissante métaphore de notre  consumérisme. De loin, le consumérisme peut être très attrayant, toutes ces belles voitures brillantes, ces maisons, ces écrans plasma etc. Mais de près, nos familles en crise, nos déchets, la dégradation de l’environnement, les métaux toxiques dans le lait des femmes eskimos, les malformations chez les enfants dont les mères assemblent les produits électroniques en Chine, tout cela nous fait voir que notre mode de vie n’est pas si joli. J’essaie de créer cet effet dans mes photos, de loin c’est quelque chose et de près c’est différent.

Ce qui est très intéressant : en préservant la poésie, la beauté (travail artistique), Chris Jordan n’agresse jamais, ne culpabilise jamais le spectateur. Son absence de jugement favorise ainsi la réflexion et la remise en question.

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Son travail sur l’archipel Midway a démarré en 2009. Le but : réaliser un reportage photographique sur un atoll de l’océan Pacifique Nord où s’accumule une immense quantité d’ordures humaines (en raison des courants et des vents). Entre autres animaux marins, les oiseaux de cet atoll ingurgitent énormément de cochonneries en plastique !

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Voici 2-3 liens pour aller plus plus loin avec Chris Jordan :

  • une conférence de Chris Jordan (en anglais), avec de très belles images : ici.
  • un article sur son travail à l’archipel de Midway : ici.

J’en profite pour poster l’affiche très réussie de WWF et qu’on voit un peu partout dans le métro en ce moment. L’accroche est la suivante : « d’ici 2050, 9 oiseaux marins sur 10 auront avalé du plastique, il est urgent d’agir ».

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