Retomber en enfance

Montpellier

(panneaux électoraux revisités par l’artiste Efix à Montpellier)

Dans 2 jours, c’est le premier tour des élections présidentielles. Jolie démarche de l’artiste Efix : dans la nuit de mardi à mercredi, il a détourné les panneaux électoraux d’une maternelle de Montpellier en y tapissant les portraits des personnages de Monsieur Madame, la collection de livres pour enfants créée par Roger Hargreaves. Réjouissant, non ?! 🙂

Le street art et les livres pour enfants sont de véritables cadeaux dans nos vies (merci les artistes !). Malheureusement, comme à chaque présidentielle, la culture n’a pas été beaucoup évoquée par les candidats…

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Mes petits bonheurs du moment :

RÉALISER UNE RECETTE VEGAN simple, équilibrée et gourmande : un taboulé 100% bio (jusqu’au jus de citron et aux herbes). Composition : semoule nature, lentilles pour les protéines (je les fais cuire la veille), concombre, tomates, poivron rouge, beaucoup de persil plat, beaucoup de menthe, huile d’olive, jus de citron, sel, poivre. J’ai trouvé ça tellement bon que j’en ai mangé la moitié de suite (il était minuit) et que j’en ai refait 3 jours après.

taboule

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LIRE BEAUCOUP de bandes dessinées en restant fourrée dans mon lit :

  • La Nuit du chat (troisième numéro de la délicieuse et rafraîchissante série Broussaille)
  • quelques épisodes de Thorgal 
  • les 4 tomes de la Complainte des landes perdues (une de mes BDs préférées, avec les si beaux dessins de Rosinski)
  • les 4 tomes du Combat ordinaire, de Manu Larcenet
  • Ce n’est pas toi que j’attendais (quand un couple découvre que son deuxième enfant est trisomique)
  • La différence invisible (sur le syndrome d’Asperger)

Ci-dessous, la première page de La Nuit du chat :

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ALLER DONNER MON SANG, ou plutôt mes plaquettes, à l’hôpital Beaujon. Je ne le vis jamais comme une corvée, grâce à la bonne ambiance instaurée par les infirmiers et le toubib. Donner son sang, rien de plus simple avec l’Etablissement Français du sang.

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PARTICIPER A UN ATELIER de réalisation de BD. Conclusion : je suis loin d’être capable de réaliser une bande dessinée (je n’ai ni les idées, ni le talent de dessinatrice nécessaires) mais j’ai appris des choses, je me suis amusée, et voilà l’humble mais honnête résultat :

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SAVOURER LE RETOUR DU PRINTEMPS. Voir les feuilles et les fruits du figuier s’épanouir presque à vue d’œil, observer les oiseaux se chamailler deux par deux, croiser quelques papillons en fin de journée, cueillir des boutons d’or, deviner le parfum de la glycine et du lilas derrière les murs des propriétés privées, admirer la silhouette fleurie des paulownias, ou encore lézarder au soleil…

Pour terminer cet article, encore un peu de street art avec l’artiste OakoAk :

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Bon WE à tous 🙂

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L’Islande au cœur

ragnar axelsson

(« J’aime les visages qui racontent une histoire », dit Ragnar Axelsson pour parler de son travail photographique)

Je vous propose une petite virée poétique en Islande, grâce aux œuvres puissantes et chaleureuses de deux artistes islandais contemporains : Jon Kalman Stefansson (né en 1963) et son roman Entre terre et ciel ; et les photographies de Ragnar Axelsson (né en 1958).

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Avant de vous en proposer quelques extraits, deux mots sur le roman Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson, paru en 2007 (titre islandais du roman : L’Enfer et le Paradis)…

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Le pitch : au début du 20e siècle, les péripéties et les états d’âme d’une dizaine de personnages hauts en couleur, parmi lesquels des pêcheurs courageux, parfois aussi bavards ou avenants que des rochers par temps de pluie, au sein d’une nature hostile et spectaculaire. Le romancier et poète Jon Kalman Stefansson aborde ici des sujets aussi ambitieux que la mort, la solitude, l’amour et l’amitié avec un mélange de gravité, de poésie et d’humour efficacement dosés, et toujours beaucoup d’humilité, de pudeur, de respect. Son style est résolument dépouillé. Un des fils conducteurs du roman : la fragilité (c’est pour ça qu’elle est précieuse et digne d’un roman) de l’être humain face aux tempêtes, aux montagnes, aux sentiments qui l’assaillent et à sa propre destinée.

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Idem, avant de vous laisser admirer ses photographies, voici deux mots sur Ragnar Axelsson : l’artiste islandais, surnommé Rax, photographie depuis quelques dizaines d’années les populations du Nord (Islande, Scandinavie, Groenland…), narrant ainsi leurs conditions de vie de ces habitants de l’extrême, leurs traditions et l’environnement magnifique dans lequel ils vivent, travaillent, vieillissent, se résignent, espèrent. « Je souhaite que toutes les images que j’ai collectées au fil des ans perpétuent la mémoire de ces gens admirables qui chaque jour de leur vie ont dû relever les immenses défis de la nature », confie-t-il.

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Il a principalement fait éditer 3 livres de photographies : Faces of the North (2004), Last Days of the Arctic (2010) et Behind the Mountains (2013). Ce dernier est intégralement consacré à l’Islande.

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Venons-en au cœur du sujet : un texte et des photographies qui chantent l’Islande. J’ai trouvé amusant d’utiliser les photos de Ragnar Axelsson pour illustrer quelques extraits d’Entre ciel et terre, plutôt que d’en parler séparément. Les voici donc réunis :

 

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Guomundur porte une barbe épaisse qui lui couvre tout le bas du visage, jamais nous n’apercevions le menton de ces hommes. Si l’un d’entre eux venait à se raser par mégarde, on avait l’impression qu’il avait été victime d’un terrible accident, amputé d’une partie de sa personnalité et qu’il n’était plus qu’à peine la moitié d’un homme…

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Lui et Pétur sont probablement les seuls êtres pour lesquels Einar éprouve du respect en ce monde, parfois aussi pour Jésus, mais ce respect n’est pas aussi inconditionnel, un homme qui tend l’autre joue ne tiendrait pas longtemps ici, au creux des montagnes.

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Guojon s’était marié assez tôt. La chose est fréquente chez nous. Nous convolons jeunes afin de pouvoir nous blottir les uns contre les autres quand l’obscurité et le froid règnent sur le monde.

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Geirpruour n’est pas d’ici. Elle est arrivée un beau jour au bras du vieux Guojon, Guojon le riche. De trente ans sa cadette, peut-être même trente-cinq ans, haute de taille, avec ses cheveux noir de jais, ses yeux aussi sombres que des boulets de charbon, quelques taches de rousseur pâlottes sur le nez lui conféraient l’apparence de l’innocence et c’était là, pensaient certains, la raison évidente pour laquelle le vieux lui avait succombé, fatigué de la vie comme il l’était, méfie-toi toujours des taches de rousseur…

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Dans l’entrebâillement de la porte d’entrée se tient un homme, sans doute celui qui riait tout à l’heure, plutôt haut de taille, large d’épaules, vêtu d’une veste bleue ornée d’une kyrielle de boutons dorés, un capitaine étranger, pense le gamin, cela se voit aussi à la manière dont il se tient, cette combinaison d’assurance et de désinvolture, cet homme n’est pas tributaire du poisson salé et il n’a pas été forcé de vivre sa vie sous l’obscurité des montagnes.

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Avril se présente à nous avec sa trousse à pharmacie et tente de panser les blessures de l’hiver.

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« Voilà ! » Pétur n’a pas besoin d’en dire plus. Les hommes n’ont nul besoin de mots, ici, en pleine mer. La morue se fiche des mots, même des adjectifs comme sublime. La morue ne s’intéresse à aucun mot, pourtant elle nage dans les océans, presque inchangée, depuis cent vingt millions d’années. Cela nous apprend-il quelque chose sur le langage ? Eh bien, nous pouvons peut-être nous passer de mots pour survivre, mais nous en avons besoin pour vivre.

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Il est si bon d’avoir un véritable ami en ce monde, alors tu n’es plus tout à fait aussi vulnérable, tu as quelqu’un à qui parler et à écouter sans être forcé de te protéger le cœur. Les soirées d’hiver sont longues chez nous, elles tendent l’obscurité entre les sommets des montagnes, les enfants s’endorment et alors l’agitation retombe, nous avons le temps de lire, le temps de réfléchir. L’innocence se retire et nous venons peut-être à penser à la mort, à la solitude, et c’est un grand réconfort que d’avoir un ami dans la maison voisine.

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Pour aller plus loin :

  • Liste des romans de Jon Kalman Stefansson parus en français : Entre ciel et terre, Le Cœur de l’homme, La Tristesse des anges, D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds.
  • Concernant Ragnar Axelsson, un documentaire diffusé sur Arte en 2011 permet de suivre le photographe dans sa découverte du Groenland. Pour visionner le documentaire, c’est ici.
  • Ragnar Axelsson a un site officiel : ici.

Une bouffée d’air pur tibétaine

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(couverture du Sixième dalaï-lama)

Hier soir, je me suis blottie sous la couette et je suis partie pour le plateau du Tibet, grâce à la très réussie bande dessinée Le Sixième dalaï-lama (tome I) 🙂 Cet ouvrage, déjà édité en Chine, apparaît maintenant en France aux éditions Fei.

Il s’agit du récit historique (et romancé) de la vie de Tsangyang Gyatso (1683-1706), le seul dalaï-lama de l’Histoire qui ait refusé de mener une existence rigoureuse de moine, préférant s’adonner à la poésie, l’alcool et les soirées entre amis dans les bordels des environs. L’austérité d’une vie monastique, très peu pour lui !

Pour en savoir un peu plus sur Tsangyang Gyatso, cliquez ici. Il est connu pour ses textes poétiques.

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Mais revenons-en à cette très jolie BD, qui s’adresse à nos cœurs d’enfant et qu’il ne faut pas hésiter à lire très, très lentement pour en savourer les ambiances envoûtantes 🙂 Cible : les pré-adolescents, les adolescents, mais aussi les adultes.

Le pitch des éditions Fei :

Tawang, Sud du Tibet, 1682. Lobsang Rinchen vit paisiblement avec ses parents dans un petit village perché en Himalaya. Un matin, alors qu’il part retourner les champs accompagné de Gelaï, son petit renard, il fait la connaissance de Makye Ame, la fille du seigneur de Tawang. Une grande amitié naît peu à peu, et le duo devient trio avec l’arrivée de Dédi, la confidente de Makye Ame. Mais pendant ce temps, l’empereur de Chine apprend qu’on lui a caché la mort du 5e dalaï-lama. Les lamas doivent partir à la recherche de la réincarnation du dalaï-lama et vont bientôt se retrouver à Tawang, bousculant le quotidien de nos trois amis…

Ce que j’ai beaucoup aimé :

  • les personnages principaux, très attachants : le jeune héros Lobsang, proclamé réincarnation du dalaï-lama à 14 ans (il n’a pourtant rien demandé, pauvre gosse !), et la fille du chef du village, Makye, qui tombent peu à peu amoureux l’un de l’autre
  • le petit renard Gelaï, le meilleur ami de Lobsang
  • la nature, omniprésente, qui réunit les deux enfants : un magnolia dans lequel Lobsang grimpe pour y cueillir une fleur, Lobsang qui comprend le langage des oiseaux (voir couverture de la BD, plus haut), les paysages tibétains, une mère ours et sa progéniture, une voûte céleste littéralement éclaboussée d’étoiles quand vient la nuit…
  • la retranscription des ambiances tibétaines et bouddhiques (villages, fêtes)
  • la beauté de certains détails (meubles et bijoux typiques)
  • la mise en couleur parfois douce, parfois chatoyante

Bref, avec le Sixième dalaï-lama, on abandonne nos petites vies étriquées pour une grande bouffée d’air pur, et ça fait un bien fou 🙂

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Pour visionner d’autres planches, ça se passe ici 🙂

Le deuxième tome sort en mai et j’ai hâte !

Le Sixième dalaï-lama
Editions Fei, 2016
Dessins : Zhao Ze. Scénario : Guo Qiang.
Prix : 19 €