Un monde de paix, un monde vegan

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(tableau très végétalien de l’artiste Irène Servillo)

Naturellement, la grande majorité des humains considère qu’il faut respecter les animaux et condamner les souffrances faites aux bêtes. Malheureusement, de nombreux éléments entravent nos élans éthiques et notre immense potentiel d’empathie : notre société de consommation, notre culture, notre ego, nos impulsions, nos frustrations, le manque de temps, le manque d’informations, l’opacité soigneusement organisée des industries de la mort, et bien sûr, les puissants lobbys de la viande et des produits laitiers.

Devenir végétalien et vegan nécessite d’abord une prise de conscience, puis implique un travail spirituel : remise en question, humilité, persévérance, pour une mise en conformité de nos actes avec nos valeurs. Cela ne se fait donc pas forcément en 15 jours, et c’est d’autant plus compréhensible chez ceux qui sont éprouvés au quotidien : des enfants à gérer, un boulot stressant, un membre de la famille malade, des soucis financiers, etc.

Si cela s’impose, acceptons donc de faire un pas chaque jour, pour un résultat progressif mais solide comme du béton, plutôt que de ne rien faire du tout. Il en va du sort des animaux, soyons solidaires avec eux !

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Voici mes premières chaussures vegan :

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Il y a quelques jours, j’ai reçu mes premières chaussures vegan. Non seulement je les trouve super jolies et confortables, mais surtout, je souhaite communiquer sur le fait qu’acheter des chaussures vegan est simple comme bonjour ! Trop de gens pensent encore que consommer vegan est ultra-compliqué (gamme restreinte, prix élevés, pas d’enseignes vegan à proximité de chez eux…). Or, ce type d’idées reçues, et fausses, ralentit malheureusement la diminution de la consommation de produits animaux, ce qui me fend le cœur 😦

Les chaussures que j’ai choisies sont vendues en ligne par Will’s Shoes vegan. Cette marque propose un vaste choix : bottes, boots, ballerines, mocassins, sandales, escarpins, baskets…

Will, le jeune créateur de Will’s vegan Shoes, nous explique pourquoi porter des chaussures sans exploitation animale est utile et essentiel :

Porter des chaussures véganes est si important. Le cuir n’est pas un sous-produit mais constitue bien une source de profit centrale pour l’industrie de l’élevage. La majorité du cuir vient de Chine et d’Inde, des pays aux piètres normes environnementales et sociales. Les animaux endurent les horreurs de l’élevage industriel pour leurs peaux qui sont ensuite traitées avec des produits chimiques hautement toxiques pour les transformer en cuir. Je pense qu’il suffit de se demander en toute honnêteté : est-il acceptable que des animaux et des personnes souffrent pour la fabrication de mes chaussures ?

Il souligne aussi le pouvoir que détient chaque individu dans l’amélioration des situations qui nous choquent ou nous désespèrent :

Si nous prenions tous la responsabilité de nos actions personnelles, nous pourrions tout changer. Pensez-vous que les ateliers de confection clandestins perdureraient si demain toute le monde cessait d’acheter des chaussures à 6 euros ? Des produits chimiques seraient-ils ajoutés à nos aliments si nous choisissions tous d’acheter bio ? Les animaux seraient-ils assassinés si nous arrêtions tous de manger de la viande ?

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Pour aller plus loin :

  • le jeune créateur de Will’s Vegan Shoes est interviewé : ici
  • la qualité des produits Will’s Vegan Shoes est décrite : ici
  • voici une liste de sites qui vendent des chaussures et des fringues vegan : ici
  • voici une liste de sites qui vendent des produits cosmétiques vegan : ici
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A chacun son buddha bowl

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(toutes les photos de cet article ont été glanées sur le net, surtout sur Pinterest)

Vous l’aurez compris, ce blog est dorénavant vegan 🙂

Avez-vous constaté que les médias parlent de plus en plus du buddha bowl ? Il existe déjà plusieurs bouquins sur le sujet, par exemple en anglais ou en allemand. Les éditions françaises ne devraient pas tarder à s’y mettre. Et dès que j’entendrai parler d’un restaurant qui se spécialise dans le budhha bowl, promis, j’en parle ici 🙂

Ce qui est primordial à mes yeux dans le buddha bowl :

  • un grand bol
  • de la bienveillance (pas de produits animaux)
  • une préparation sans prise de tête
  • le plaisir des yeux
  • un assortiment sain et équilibré
  • on se régale !

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Un grand bol  

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Une fois rempli, le bol donne visuellement un sentiment d’abondance, de générosité. En outre, le bol est le récipient que les moines bouddhistes utilisent pour leur repas, chaque moine ayant son propre bol.

Dans son ouvrage L’Art de la frugalité et de la volupté, Dominique Loreau résume assez bien la cuisine bouddhiste japonaise, la shojin ryori (« cuisine pour l’avancement spirituel et la dévotion ») :

La shojin ryori, cuisine du corps et de l’âme, a pour but de faire progresser spirituellement ses adaptes à travers l’acte de préparer et de consommer les repas. L’entraînement à ce genre de cuisine exige de la part de celui qui la pratique un sens de l’effort total ainsi qu’un parfait contrôle de soi, deux qualités élémentaires et essentielles dans le bouddhisme zen.
Elles impliquent le choix d’aliments de saison, des préparations variées, le respect et le goût des ingrédients, l’économie dans les gestes, l’exactitude et à travers tout cela l’appréciation de la vie en général, la recherche d’encore plus d’harmonie avec le reste du monde et un parfait accord avec soi-même.
C’est un véritable entraînement à la simplicité et à la frugalité (même les épluchures, dans les temples zen, doivent être utilisées), une activité de caractère sacré. Dans la pratique de cet entraînement, couper un navet n’est pas moins important que lire ou méditer. Esthétique, morale, éthique, santé, économie, tout y a trait.

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De la bienveillance

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Sur internet, on voit parfois des buddha bowl contenant un œuf poché, des crevettes, ou même carrément de la viande. Selon moi, c’est en contradiction avec le principe même du buddha bowl, puisque la religion bouddhiste prône le respect des animaux et la non-violence. Alors, dans la mesure où l’on peut vivre en bonne santé sans consommer de produits animaux, pratiquons sans modération le buddha bowl dans une version 100% vegan 🙂

La bienveillance, ça implique aussi le respect du produit. Le moine japonais Dogen, 13e siècle, écrivait ainsi dans Instructions au cuisinier zen :

L’essentiel dans l’art de cuisiner est d’avoir une attitude d’esprit profondément sincère et respectueuse envers les produits et de les traiter sans juger de leur apparence, fût-elle fruste ou raffinée. […] Un plat préparé avec de riches ingrédients n’est pas nécessairement supérieur et un bouillon d’humbles légumes n’est pas nécessairement inférieur. Lorsque vous cueillez ou préparez de vulgaires plantes sauvages, faites-le sincèrement, de tout votre cœur et traitez-les avec autant d’égards que les produits les plus rares.

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Une préparation sans prise de tête

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Le but : se faire plaisir, comme avec une jolie salade composée ou une poêlée appétissante. Il ne s’agit pas de passer 2 heures aux fourneaux, bien au contraire. Si certains des composants du bol nécessitent évidemment une cuisson (féculents, légumineuses, certains légumes comme le brocolis ou les petits pois), de nombreux aliments se consommeront crus (avocat, carotte, choux rouge, concombre, poivron rouge, tomate…) et il suffit donc de les éplucher (s’ils ne sont pas bio) et de les découper.

Personnellement, je me facilite la tâche en ayant toujours à disposition, dans le frigo, des féculents (riz, pâtes, quinoa…) et des légumineuses (lentilles, pois chiche, haricots rouges…) cuits à l’avance. Du coup, pour la préparation d’un buddha bowl, l’étape de cuisson ne concerne souvent qu’1 de mes légumes.

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Le plaisir des yeux

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Avant le plaisir des papilles, le buddha bowl apporte en premier lieu une satisfaction visuelle.

Dans un idéal, on utilise un bol qu’on trouve beau et qu’on aime utiliser, toucher. Si on en possède plusieurs, on varie les plaisirs selon son humeur, la saison ou encore la couleur des aliments sélectionnés. De plus, dans le buddha bowl, on ne mélange pas tous les aliments comme dans une poêlée : chaque composant est distinct, apprécié pour ce qu’il est, et l’on sait très exactement ce que l’on mange. Concernant la taille des morceaux, elle devrait nous épargner le couteau pour se contenter d’une fourchette, ou bien encore, tout simplement, pour utiliser des baguettes.

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Un assortiment sain et équilibré

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Manger vegan permet de manger équilibré et sain.

Ce que je mets dans mon buddha bowl :

  • 1 portion de céréales (riz complet, pâtes, quinoa, semoule…) : pour les glucides, les protéines, les fibres, le fer…
  • 1 portion de légumineuses (pois chiches, lentilles, haricots rouges, edamame, haricots noirs…) : pour les protéines, le fer…
  • 2 ou 3 portions de légumes, crus ou cuits (sachant que les légumes à feuilles vertes sont riches en calcium) : pour les fibres, les vitamines…

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On se régale !

Pour agrémenter le tout, il existe une multitude de possibilités : huiles variées pour vinaigrette (oméga 3), sauces (vous trouverez 16 recettes de sauces vegan ici), herbes, épices, graines. On peut évidemment préparer des bols chaud-froid, des bols sucré-salé, se faire des bols pour le petit-déjeuner et bien sûr aussi pour le dessert !

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Voici de nombreux exemples très appétissants :

  • par le magazine Cosmopolitan : ici
  • par le site internet Vegan freestyle (qui propose aussi des idées d’apéro vegan, de sandwich vegan, et ainsi de suite) : ici
  • par le magazine Elle (attention, tous leurs bols ne sont pas vegan) : ici
  • comme pour un milliard de sujets, Pinterest est également une jolie source d’inspiration quand on cherche des recettes de buddha bowl : ici

Pour en savoir plus :

  • la liste des fruits et légumes de saison, mois par mois : ici
  • L214 a lancé le Veggie Challenge, un programme dynamique et pédagogique de 3 semaines, simple et gratuit, pour tout ceux qui souhaitent diminuer, voire supprimer les produits animaux de leur consommation. Le principe : on reçoit chaque matin 1 nouvelle fiche (21 fiches en tout) dans sa boîte mail. Ca se passe ici
  • le site Vegan Pratique vous permet d’apprendre à consommer végétalien sans faire de carences : ici

Des animaux et des brutes

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Le brillant roman Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, paru en août 2016, nous invite à suivre l’évolution d’une exploitation agricole (un élevage de cochons) dans le Gers, sur cinq générations : du tout début du siècle, en passant par la Première Guerre, jusqu’aux années 80 où l’entreprise familiale connaîtra le coup de grâce.

Il s’agit d’une fresque réaliste, particulièrement sombre, crue, mais également riche, complexe, ultra-documentée, qui aborde de nombreux sujets difficiles : les dégâts de la Première Guerre sur les corps et sur les âmes, la violence familiale, la violence industrielle, les produits phytosanitaires qui intoxiquent et tuent, la misère sexuelle, l’alcool, le suicide, la chosification des bêtes et les conditions épouvantables dans lesquelles on les fait survivre…

Jean-Baptiste Del Amo, sans émettre de jugement, exhorte son lecteur à ouvrir les yeux. On a besoin de tels écrivains.

En outre, militant pour la cause animale et vegan, Jean-Baptiste Del Amo choisit de donner, dans son texte, autant de place aux hommes qu’aux bêtes. Effectivement, les animaux s’avèrent omniprésents dans son roman, émaillant chaque page de leur présence mystérieuse : animaux d’élevage bien sûr, mais aussi chiens de chasse, ribambelle de chats, et faune sauvage : insectes, oiseaux nocturnes, animaux de la forêt…

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Voici deux extraits du bouquin. Attention, ces deux passages sont trash.

(Que mangeaient nos soldats pendant la Première Guerre ?)

Des voitures automobiles crachent elles aussi leur fumée, s’enlisent dans les boues des ornières creusées par leurs trajets incessants. Chargées à heures fixes, elles emportent chaque jour les deux mille kilos de viande qui serviront à nourrir un régiment d’infanterie. Le rythme d’abattage est tel qu’aucun des hommes n’en a auparavant connu de semblable, mêmes ceux qui, dans les villes, ont travaillé aux abattoirs. (…) Il faut entraver la bête qui se débat en une dernière tentative de survie, puis la frapper à l’aide d’une massue, à de multiples reprises, jusqu’à dessouder les os de son crâne, réduire en bouille le cerveau qui jaillit par l’oreille lorsque l’animal tombe sur le flanc et meurt en convulsant sur un lit de boyaux encore chauds. Les lames des hachoirs sont émoussées à force de découper les os et les tendons. Les couteaux ne tranchent plus les gorges ; alors, les bouchers les scient. Des agneaux hurlent le jour et la nuit durant tandis que les mères sont attachées par les pattes, suspendues et éventrées vivantes. Le sac de leurs fressures frissonne dans la plaie, puis coule et tombe pesamment sur leur poitrail tandis qu’elle bêlent encore. Les bouchers et tous les hommes sont couverts d’excréments, de bile et de sang. Leurs yeux à eux aussi jaillissent sous un masque de boue. Ils en viennent à haïr les bêtes qui mettent si peu de bonne volonté à mourir.

(D’où vient le jambon de nos supermarchés ?)

Ils ont modelé les porcs selon leur bon vouloir, ils ont usiné des bêtes débiles, à la croissance extraordinaire, aux carcasses monstrueuses, ne produisant presque plus de graisse mais du muscle. Ils ont fabriqué des êtres énormes et fragiles à la fois, et qui n’ont même pas de vie sinon les cent-quatre-vingt-deux jours passés à végéter dans la pénombre de la porcherie, un cœur et des poumons dans le seul but de battre et d’oxygéner leur sang afin de produire toujours plus de viande maigre propre à la consommation.

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Il ne faudrait pourtant pas croire que ce roman est totalement désespéré. La délicatesse et l’enchantement y fleurissent parfois, notamment dans plusieurs descriptions de l’enfance : Éléonore qui nourrit en secret, dans l’étable, une portée de chatons ; l’adolescent Marcel recueillant et protégeant un jeune corbeau à la patte blessée, ou encore Jérôme, le gamin mutique, qui bat la campagne et vit au rythme des animaux sauvages. J’aime beaucoup l’extrait suivant :

Il rapporte à (sa grande soeur) Julie-Marie les bêtes qu’il débusque, chasse et capture, comme les chats ramènent les dépouilles de mulots et de rats des champs sur le pas de porte de l’aïeule. Elle ne se dérobe jamais au rituel : Jérôme lui apporte l’animal – souvent un papillon car il sait qu’elle les aime, parfois un phasme ou une mante religieuse -, enfermé dans un pot à confiture dont il a préalablement perforé le couvercle avec la pointe d’un tire-bouchon et enveloppé d’un torchon de cuisine. Invariablement, Julie-Marie s’étonne et s’exclame :
« Une surprise ! Mais qu’est-ce que ça peut bien être ? »
Elle dépose le précieux cadeau sur ses genoux et défait le nœud du torchon avec le plus grand soin. Elle minaude pour lui plaire. Puis, tout aussi précautionnement, écarquillant les yeux et ouvrant la bouche pour signifier que les mots lui manquent, elle soulève le pot de confiture à hauteur de ses yeux, contemple la bestiole qui galope ou volette contre le verre.
« Il est magnifique. »
Elle le garde un instant avec elle, le serre parfois contre son ventre, le temps de saisir Jérôme par la main et de l’attirer vers elle, d’embrasser son front ou de passer la main dans ses cheveux et de le laisser se blottir dans son odeur rassurante et familière, puis dit :
« Et si on le relâchait maintenant ? »
Jérôme la prend alors par la main, la guide vers les herbes hautes, au-delà de l’étendoir à linge, à l’arrière de la ferme que les pères n’entretiennent plus. Julie-Marie dévisse le couvercle du pot à confiture. Tous deux regardent le papillon virevolter ou l’insecte quelconque fuir maladroitement loin d’eux entre les broussailles…

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En 2017, en France, il est encore perçu comme indécent d’établir une analogie entre les pires violences infligées aux hommes et celles qu’on fait subir en toute impunité aux animaux, pour notre alimentation (élevages, abattoirs) ou nos loisirs (mises à mort des taureaux dans les corridas du Sud, combats de coq dans le Nord). Ce sont pourtant souvent des êtres humains profondément meurtris par la violence humaine (camps de concentration, violence familiale) qui osent cette comparaison très légitime et défendent avec ardeur la cause des bêtes. Sophie Chauveau, victime d’inceste, a ainsi écrit avec beaucoup de justesse, dans La Fabrique des pervers :

Les maltraitances envers les animaux, envers tous ceux qui sont impuissants par nature, par statut comme par destination, m’ont toujours rendue malade, et ramenée à l’enfance. Tous ceux qui ne sont pas en mesure de se défendre, de se révolter, de se venger, sont nos frères…

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Certes, notre culture de la violence plonge ses racines dans la nuit des temps, il est logique qu’elle nous colle tant aux basques. N’est-ce pas Dieu en personne qui ordonne aux hommes, sans ciller, tranquillement, verset 1:28 de la Genèse : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre » ? Mais franchement, une telle idéologie n’est-elle pas grotesque et nauséeuse ? Tournons enfin la page de ce long cauchemar, pour faire rayonner la bienveillance dans chacun de nos actes !

 

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Ensorcelant Finistère

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(Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Garneray)

Bonjour à tous ! Je reviens d’un séjour dans le Finistère, un ensorcelant petit « bout du monde » qui m’a beaucoup plu 🙂 Le Finistère multiplie les paysages sauvages magnifiques, mais ce département est également marqué par un patrimoine religieux puissant, et par une réjouissante tradition de contes et légendes. Voilà pourquoi il inspire aussi les artistes. En somme, cet univers ne peut que combler les esprits romantiques et les sensibilités exacerbées. Voici quelques-unes de mes découvertes :

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Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray

Ci-dessus, voici Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray (1783-1857). L’artiste connaissait très bien la mer puisqu’il fut marin, corsaire et pirate, avant de devenir peintre et écrivain. Mer en furie, ciel noir ; sous la menace d’une déferlante, il ne reste visiblement à ce pauvre homme agrippé à sa planche que quelques secondes à vivre. On peut admirer cette huile sur toile de 82 x 100 cm au musée des Beaux-arts de Brest.

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Des plages sublimes

J’ai eu l’occasion de fouler le sable de plusieurs plages sublimes. Voici celles qui ont marqué mon esprit : Portsall, les Blancs Sablons, Ménéham. Même en plein mois d’août, elles restent très modérément fréquentées.

  • En face du port de Portsall se niche un délicieux havre de paix :

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  • La longue plage des Blancs Sablons, à proximité du Conquet, ressemble au paradis :

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  • Ménéham est un ancien village de paysans-pêcheurs-goémoniers. A proximité du bourg, la plage, avec ses dunes et ses rochers arrondis par le temps, est un enchantement :

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Émouvantes épaves 

De ci, delà, dans les villages de pêcheurs, on aperçoit quelques carcasses de bateaux de pêche. Ci-dessous, l’émouvant cimetière de bateaux de Camaret. A quelques mètres de là, la chapelle de Rocamadour abrite plusieurs ex-voto marins.

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Les photographies de Michèle Le Braz

Ce séjour en Bretagne m’a également permis de découvrir une formidable photographe brestoise : Michèle Le Braz. Son travail organique, sensuel, grave et méditatif, me touche beaucoup. Notons qu’elle s’intéresse autant aux animaux qu’aux humains.

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Michèle Le Braz a publié trois ouvrages aux éditions Rue des Scribes :

  • Chevaux du bout du monde (1998, ouvrage réédité aux éditions du Chêne en 2006) sur le thème du postier breton, un cheval de trait de la région
  • Regard sur soies (2000) : un regard audacieux, sincère et profond sur le cochon (la « soie » de porc étant le poil du cochon, rêche et épais, utilisé par exemple pour les pinceaux et les brosses)
  • La Robe abandonnée (2002) : il s’agit d’une mise en parallèle artistique entre le nu féminin et la sensualité du cheval

Une quinzaine des photos de Michèle Le Braz est actuellement exposée dans les rues de Landerneau (jusqu’en novembre 2017), en attendant la parution de son prochain ouvrage : Les Silences de la terre.

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Les pilleurs d’épaves et les naufrageurs

Les naufrages de bateaux ont longtemps permis aux habitants des côtes bretonnes d’améliorer leurs conditions de vie en pillant, sur place, les cargaisons échouées : du bois, du tissu, des denrées (alcool, épices…). Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ci-dessous, une gravure de Hippolyte Lalaisse (1810-1884) intitulée Scène de naufrage au pays de Kerlouan :

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On a longtemps raconté que les habitants de la côte provoquaient carrément les catastrophes en attirant les navires sur les écueils, grâce à des lanternes allumées en haut des falaises pour faire croire à des balises maritimes.

L’historien romantique Jules Michelet fait partie de ceux qui ont alimenté le mythe des naufrageurs en écrivant, dans Tableau de la France, paru dans La Revue des deux Mondes en 1832 :

La nature est atroce, l’homme est atroce et ils semblent s’entendre. Dès que la mer leur jette un pauvre vaisseau, ils courent à la côte, hommes, femmes et enfants, ils tombent sur cette curée. N’espérez pas arrêter ces loups ; ils pilleraient tranquillement sous le feu de la gendarmerie. Encore, s’ils attendaient toujours le naufrage, mais on assure qu’ils l’ont souvent préparé. Souvent, dit-on, une vache, promenant à ses cornes un fanal mouvant, a mené les vaisseaux sur les écueils. Dieu sait alors quelles scènes de nuit ! On en a vu qui, pour arracher une bague au doigt d’une femme qui se noyait lui coupaient le doigt avec les dents. L’homme est dur sur cette côte. Fils maudit de la création, vrai Caïn, pourquoi pardonnerait-il à Abel ? La nature ne lui pardonne pas.

Toutefois, si les pilleurs d’épaves ont bel et bien existé, le fantasme des naufrageurs n’a aucun fondement historique.

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Les enclos paroissiaux

Le Finistère tout entier est imprégné d’un passé religieux : calvaires aux croisements des routes, retables impressionnants dans certaines églises, chapelles disséminées dans tous les petits bourgs… et bien sûr, les enclos paroissiaux.

Le principe de l’enclos paroissial n’a, à la base, rien de spécifiquement breton : il s’agit d’un ensemble architectural composé d’une église, d’un cimetière, d’un muret, et parfois d’une porte monumentale, d’un calvaire, d’un ossuaire… Mais en Bretagne, et en particulier dans le Finistère, la construction des enclos paroissiaux a pris une ampleur très particulière : parce que la ferveur religieuse y était intense, parce que les villes y étaient prospères (commerce du lin, par exemple).

Il est assez délicat, voire à peu près impossible, de bien photographier un enclos paroissial dans sa globalité. J’ai finalement glané deux photos plutôt réussies sur internet. Il s’agit des enclos paroissiaux de Gouesnou et de Guimiliau :

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Beaucoup de choses m’émeuvent dans ces ensembles spectaculaires : l’investissement (religieux, créatif, émotionnel) dont ils témoignent, l’utilisation si touchante des matériaux locaux, le monde végétal (le lichen) qui envahit inexorablement le monde minéral, le muret qui ceint l’ensemble architectural pour délimiter le sacré du profane, ou encore la multitude de détails qu’offre à notre regard chaque mètre carré de ces constructions : détails religieux bien sûr, gargouilles aussi, mais également des clins d’œil aux croyances locales ou encore à la nature. Par exemple, ci-dessous, voici une représentation du serviteur de la mort, l’ankou (sur le toit d’un ossuaire) et un oiseau picorant une grappe de raisin (sur le portail d’une église) :

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Pays de bruyère et d’ajoncs

Plusieurs endroits du Finistère offrent de magnifiques paysages de bruyère, parmi lesquels l’île d’Ouessant, la pointe de Dinan (attention, pas de lien avec la ville de Dinan) ou encore, juste à côté, le Cap de la Chèvre. Mêlée aux fleurs jaunes des ajoncs, la bruyère attire des milliers d’abeilles, dont le doux bourdonnement perce dans le vent. J’ai pris les deux photos suivantes sur la pointe de Dinan :

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Le cloître de l’abbaye de Doualas

J’ai adoré découvrir cet endroit qui réunit une abbaye, une chapelle, un cimetière, un splendide jardin médicinal (voir troisième photo, glanée sur le net) et surtout, les magnifiques restes d’un cloître. D’une façon générale, je suis très sensible à la beauté et à la sérénité qu’offrent les cloîtres (sauf s’ils sont trop austères). Celui-ci, humble et bucolique, en résonance avec la nature environnante, m’a profondément émue.

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Bretagne de papier : le formidable travail de Bernard Jeunet 

Bernard Jeunet collabore régulièrement avec Bretagne Magazine depuis 2007 et c’est justement en feuilletant le vieux numéro de juillet 2009, consacré aux contes et légendes de la mer, que j’ai découvert son merveilleux travail. J’avoue être restée littéralement ébahie devant ses silhouettes poétiques : korrigans, sirènes, naufrageurs, monstres marins…

Chacune des créations de Bernard Jeunet me fait penser à un diorama (reconstitution raisonnée d’une scène, fictive ou réelle, en général dédiée aux musées). Car oui, quelque part, l’artiste nous raconte une Bretagne foncièrement authentique (celle des Bretons !), qu’elle soit réelle ou fantasmée.

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Bernard Jeunet est diplômé des Beaux-Arts de Rennes. Ses matériaux : du papier et du carton de récupération, de la gouache et du pastel. Il découpe, déchire, froisse, plie et assemble ses bouts de papier sur des fils de fer pour donner naissance à des personnages bourrés de délicatesse et de fraîcheur.

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Il a beau avoir mis les pieds dans le monde des adultes il y a maintenant un bon bout de temps, l’enfance reste l’univers privilégié de Bernard Jeunet. Il a d’ailleurs réalisé les illustrations d’une vingtaine d’albums pour les jeunes lecteurs.

Le monde moderne ne l’intéresse pas et il l’assume :

Je déteste les ordinateurs, les portables. Je suis incapable de tenir un volant et d’utiliser la technique. Mon archaïsme est une façon de dire non, une manière de résister.

A propos de son amour pour le papier, il explique :

J’ai toujours travaillé le papier, c’est presque une seconde nature. Enfant, je n’avais pas de grands moyens pour jouer et je créais déjà mes décors et mes personnages.

S’il ne cherche surtout pas la célébrité, son talent fait malgré tout parler de lui à l’étranger 🙂 et il arrive que ses œuvres passent la frontière pour les besoins d’une exposition.

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Pour aller plus loin :

  • le site officiel de Michèle Le Braz propose la visualisation d’une cinquantaine de ses photos : ici
  • une présentation du très beau site de l’abbaye de Daoulas : ici
  • les 10 plus belles plages bretonnes selon L’Express : ici
  • une présentation des enclos paroissiaux bretons : ici
  • pour en savoir plus sur l’ankou, un site consacré à la Bretagne en parle : ici
  • les lichens maritimes, un univers à part, détaillé ici
  • les livres illustrés par Bernard Jeunet sont en vente sur le net : ici