Les animaux dans l’art : chanter leur beauté sans les tuer, les brimer ou les avilir

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(insecte en bambou, patiemment et amoureusement confectionné par Noriyuki Saitoh)

Dans le rapport que l’espèce humaine entretient avec l’animal sauvage, amour rime souvent avec instinct de possession et instinct de destruction. Les animaux ont toujours été physiquement exploités, emprisonnés, voire massacrés, au service de l’Art et du Beau, ou encore du divertissement. La fascination qu’ils suscitent chez les humains, de part leur magnificence et les mystères infinis qu’ils recèlent, ne les a pas épargnés, bien au contraire, et cela jusqu’à l’extinction de certaines espèces…

Profanation

Quelques exemples affligeants parmi tant d’autres : natures mortes sanguinolentes réalisées d’après modèle, animaux tués et empaillés pour les cabinets de curiosités, trophées de chasse, art de la plumasserie,  animaux de cirque, performances d’art contemporain avec exploitation d’animaux vivants, fourrure et cuir dans la mode et la décoration…

Pourquoi l’être humain continue-t-il d’humilier et de détruire les créatures sauvages dont la beauté, la souveraineté et la liberté l’émerveillent ? éprouvera-t-il encore longtemps ce besoin ? a-t-il ainsi l’impression de s’approprier leurs pouvoirs (beauté, puissance, courage), et dans tous les cas, pourquoi ce désir pèse-t-il plus lourd dans la balance que l’éthique, la douceur, l’enchantement ? viendra-t-il une ère où violenter ainsi le règne animal sera considéré comme sacrilège ?

Chanter le règne animal

Loin de ces pulsions archaïques et mortifères, certains artistes transforment pourtant, avec bienveillance et brio, leur fascination pour le règne animal en une véritable ode à la beauté du monde et de la vie : ils parviennent, sans porter atteinte à la liberté et au bien-être des animaux, à en louer les splendeurs.

Leurs matériaux : le papier, le bambou, la peinture, les objets de récupération, le métal… Leurs atouts : la curiosité, l’étude, l’observation, l’imagination, la dextérité, la bricole, le sens des proportions… Leur état d’esprit :  l’empathie, le respect, la délicatesse et l’humilité. Leurs œuvres d’art sont plus ou moins éphémères, toujours poétiques. Voici 5 de ces artistes contemporains. On en trouve beaucoup d’autres sur internet.

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Edouard Martinet

L’artiste français Edouard Martinet, également enseignant de design graphique à la LISAA de Rennes, récupère des objets abandonnés ou usés (chaînes de vélo, ressorts, ustensiles de cuisine, poignées variées, éléments de machines à écrire, lampes de poche, porte-monnaie, compas…) pour réaliser son majestueux bestiaire de métal : fourmis, sauterelles, poissons, papillons… Il fouille dans les vide-greniers et les débarras. Il commence par dessiner de nombreux croquis, avant de s’atteler à l’étape de la sculpture. Il travaille alors sans soudure et n’utilise que l’emboîtement et la visserie. Certaines de ses réalisations lui prennent quelques semaines, tandis que d’autres exigeront plusieurs années.

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Ci-dessus : un papillon de 60 cm de hauteur, un scarabée rhinocéros de 30 cm de long, une épinoche de 80 cm de long, ou encore un magnifique crapaud avec une bouche en porte-monnaie (je crois bien que c’est mon préféré).

Cliquez ici pour lire l’interview qu’il a donnée à Unidivers en 2016. Son site internet permet de découvrir une galerie de ses sculptures : ici.

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Dzia

L’artiste belge Dzia exprime sa créativité sur les murs d’Anvers (où il a fait les beaux-arts de l’Académie Royale) et dans plusieurs capitales européennes. Il peint principalement des animaux sauvages, apportant ainsi de la couleur et une joyeuse énergie à des lieux tristounets : chauves-souris, grues, aigles, famille de renards, cerfs, poissons, flamands roses, libellules, écureuils, sont au rendez-vous… Le site officiel de Dzia se trouve ici.

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Diana Beltran Herrera

Avec ses créations colorées, la jeune artiste colombienne Diana Beltran Herrera nous offre un merveilleux voyage dans l’univers du papier. Pour ce qui est du règne animal, elle s’intéresse tout particulièrement aux oiseaux. Elle confectionne également des papillons. Chaque animal confectionné par Diana Beltran Herrera est immédiatement identifiable : colibri, perruche, toucan, ibis, flamand rose, quetzal, guêpier, mésange, et beaucoup d’autres !

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Diana Beltran Herrera s’aventure également dans le monde végétal : fruits, fleurs, ou encore champignons… Pour en voir davantage, son site officiel se trouve ici.

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Noriyuki Saitoh

Les Japonais sont connus pour l’intérêt qu’ils ont toujours voué aux insectes. Les écoliers nippons étudient par exemple les textes de l’entomologiste français Jean-Henri Fabre, tandis qu’en France, les enfants ne savent pas qui c’est !

Pour réaliser ses œuvres, Noriyuki Saitoh utilise un des matériaux japonais par excellence : le bambou. Son travail est saisissant de finesse et de poésie. On reconnaît sur ces photos une demoiselle, un criquet, une libellule, une cigale, et sur la photo qui chapeaute cet article, un capricorne.

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L’artiste Noriyuki Saitoh a une page Facebook (ici) sur laquelle on découvre l’avancée de ses travaux et un joli site internet avec une galerie de ses créations (ici).

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Artur Bordalo

Artur Bordalo (qui se fait appeler Bordalo II par égard pour son grand-père, également artiste) est portugais. Passionné de graffiti et inspiré par la récupération, il combine ces deux méthodes pour réaliser de grandes sculptures animalières, qu’il fixe ensuite sur les murs des villes. Son thème de prédilection : l’animal sauvage. Il explique : Je choisis toujours un animal qui a une relation forte avec l’endroit où je vais l’accrocher.

A la mi-novembre 2017, l’artiste lisboète a réalisé un castor de 8 mètres dans le 13e arrondissement de Paris (voir 4e photo), dans le quartier de la bibliothèque François Mitterrand, en référence à la Bièvre, rivière de la région parisienne qui se jetait autrefois dans la Seine, au niveau de la gare d’Austerlitz.

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Pour aller plus loin :

  • Pour chanter la beauté du règne animal, il y a évidemment aussi l’écriture ou encore la photographie. Le photographe Ludovic Sueur, vegan et antispéciste, pratique une photographie ultra-éthique : on ne dérange pas la faune, on évite d’empiéter sur le territoire des animaux, on se débrouille surtout pour ne pas provoquer la peur ou la fuite de l’animal. Ne pas porter atteinte au quotidien des animaux, à leur habitudes, à leur progéniture ni à leur environnement, voilà l’idée. Il explique sur son site internet (ici) : « La liberté des individus photographiés et la préservation de leur environnement sont prioritaires dans ma démarche photographique et font partie de ma philosophie de vie. » Ci-dessous, une huppe fasciée photographiée par Ludovic Sueur.

Sans titre

  • Le président des États-Unis Donald Trump est un amateur de chasse à l’éléphant. A  la mi-novembre 2017, sous la pression des associations pour la protection animale et de son propre parti, il a toutefois dû se résigner à geler une mesure qui consistait à ré-autoriser (après que Barack Obama l’ait interdite) l’importation de trophées d’éléphants provenant d’Afrique sur le territoire américain. Ouf ! Le quotidien « Le Monde » en a parlé : ici.
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Éloge à la beauté furibonde

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(Slope Point, Nouvelle-Zélande, photo de André Wagner)

Quel spectacle !

Slope Point est situé à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande. Pour découvrir ce bout du monde ensorcelant, aucune route n’est prévue, mais on y accède en 20 minutes de marche. Ce coin presque déserté par les hommes, sans habitation, mais où les moutons paissent à leur aise, est façonné par un vent violent venu de l’Antarctique, qui crée une ambiance fantastique. Les arbres y semblent furibonds.

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Un lieu inspirant

Comme vous pourrez le voir tout au long de cet article, l’endroit inspire les photographes. Des voyageurs des quatre coins du monde viennent jusqu’à Slope Point pour capturer cette atmosphère apocalyptique et sublime. Toutes ces photographies (et bien d’autres) sont visionnables sur Flickr (en tapant slope point dans le moteur de recherche du site).

Wisawa Freeman

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Quant à moi, ce lieu à la beauté à couper le souffle me rappelle l’ambiance romantique et inquiétante de plusieurs œuvres d’art :

  • le roman Les Hauts de Hurle-Vent de Emilie Brontë
  • la scène de la course éperdue en forêt de Blanche-Neige, par Disney
  • L’Enfer de Dante
  • le poème Les Djinns de Victor Hugo
  • la théorie esthétique de Charles Baudelaire…

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Les Hauts de Hurle-Vent, de Emilie Brontë 

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Comment ne pas penser, en admirant ces paysages, au chef d’oeuvre de Emilie Brontë ? Roman d’amour et de haine, l’histoire des Hauts de Hurle-Vent se déroule dans une région sauvage et menaçante, décrite dans le texte comme étant « complètement à l’écart de l’agitation mondaine, un vrai paradis pour misanthrope ». Le vent du nord y modèle violemment le paysage : « inclinaison excessive de sapins rabougris », « rangée de maigres épines qui implorent l’aumône du soleil ». Par temps brumeux, le visiteur téméraire y « patauge dans la bruyère et la boue », et en hiver, « le ciel et les collines se confondent dans un violent tourbillon de vent et de neige épaisse ».

Catherine, héroïne du roman, s’identifie viscéralement au paysage dans lequel elle a grandi et qu’elle aime profondément. Elle lance d’ailleurs dans un moment de fièvre, alors qu’elle se meurt d’ennui dans un mariage sans passion : « Je voudrais être dehors ! Je voudrais me retrouver petite fille, à demi sauvage, intrépide et libre ; riant des injures au lieu de m’en affoler ! Pourquoi suis-je si changée ? Je suis sûre que je redeviendrai moi-même si je me retrouvais dans la bruyère sur ces collines… »

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La course éperdue de Blanche-Neige

Gustaf-Tenggren

Vous souvenez-vous de l’effroyable forêt dans laquelle Blanche-Neige se perd, en voulant échapper aux manigances de la reine ? Elle traverse en courant un bois lugubre, dans lequel la nuit a des yeux menaçants, et où les arbres grimacent et cherchent à s’emparer d’elle.

Ci-dessus, un dessin préparatoire de l’artiste Gustaf Tenggren pour le dessin animé Blanche-Neige, premier long-métrage des studios Disney (1937).

Helen Bachari

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L’Enfer, premier volet de La Divine Comédie, de Dante 

Rosedeane

En regardant ces photos, on croirait presque entendre, dans le bruit du vent, les célèbres vers de L’Enfer de Dante Alighieri : Vous qui entrez ici, laissez toute espérance (Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate). Les arbres de Slope Point, écorchés ou griffus, nous semblent gémissants, torturés, en proie à la folie…

L’Enfer est le premier tome de la Divine Comédie de Dante (XIVe siècle). L’auteur s’y représente lui-même, en compagnie de son maître Virgile. Les deux compères doivent traverser les neuf cercles de l’Enfer pour rejoindre la douce et belle Béatrice au Paradis.

Dante a imaginé l’enfer de la façon suivante : neuf cercles concentriques et superposés, composant un cône renversé, au fond duquel règne Lucifer. Chaque cercle correspond à un pêché (luxure, avarice, hérésie, trahison…). Le septième cercle est réservé aux violents, parmi lesquels on trouve les violents contre autrui (les damnés y sont ébouillantés), les violents contre Dieu (condamnés à errer sur une lande brûlante), mais aussi les violents contre eux-mêmes : les suicidés. La condamnation des suicidés est lourde : transformés en arbres secs, ils sont éternellement déchiquetés par des harpies.

Ci-dessous, une illustration de Gustavé Doré pour La Divine Comédie, représentant les malheureux suicidés changés en arbres et harcelés par les harpies :

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Les Djinns de Victor Hugo

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Le caractère tourmenté de Slope Point me rappelle aussi Les Djinns, un de mes poèmes favoris, composé par Victor Hugo, chef de file du mouvement romantique. Ce poème a été publié dans le recueil Les orientales, en 1829. Il s’agit d’un chef d’oeuvre.

Vous remarquerez que les 15 strophes de ce poème ont un nombre croissant, puis décroissant, de syllabes, pour transcrire au mieux l’évolution du récit : l’invasion progressive des djinns (créatures de la nature, ici effrayantes), qu’on entend à peine tout d’abord, puis qui viennent littéralement terroriser le narrateur qui prie Dieu pour ne pas mourir, et qui finissent par disparaître au loin. L’un des principaux champs lexicaux de ce poème est celui du bruit, et en particulier celui du vent. D’ailleurs, on peut se demander si, dans le texte de Hugo, les djinns ne sont tout simplement pas une personnification de la tempête, celle qui dévaste tout, menaçant ainsi la santé mentale et l’existence des petits êtres fragiles et insignifiants que nous sommes. Quand la nature reprend ses droits…

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

Nicola Battistini

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La beauté selon Charles Baudelaire

Baudelaire expliquait dans Curiosités esthétiques que le beau est nécessairement un peu bizarre. Je trouve son propos très juste ; et il me semble que toutes ces photos de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande illustrent parfaitement sa pensée :

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement Beau.

L Chan

andré

Pour aller plus loin :

  • la course éperdue de Blanche-Neige dans la forêt (1 minute) est disponible sur Youtube : ici
  • quelques détails sur la géographie de l’enfer par Dante Alighieri : ici

 

Fleurs de béton à Paris (2)

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Petit billet du soir…

En juin 2016, je postais sur ce blog une petite dizaine de photos réalisées dans Paris lors d’une longue balade à pied à travers plusieurs arrondissements (ici). Je récidive ce soir en partageant quelques clichés pris cet après-midi dans le quartier du centre Beaubourg, par un temps magnifique (merci Fred pour la promenade !). La capitale offre décidément de jolies surprises à tous les coins de rues : sur les murs, en levant la tête vers les balcons, ou à nos pieds. Que ce soit avec des pochoirs, des poèmes ou des dessins, les artistes de l’ombre saupoudrent de beauté et de douceur les rues parisiennes…

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Pour aller plus loin :

  • la fiche du livre Street art, 340 œuvres sur les murs du monde, aux éditions Gründ, est accessible ici
  • la fiche du livre Street art, les 20 plus grands artistes livrent leurs secrets, aux éditions Hugo&Cie, est accessible ici

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Musée imaginaire ~ les champignons

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(camaïeu de bruns et sensualité automnale, dessin de Pascal Moguérou)

[11e volet de mon musée imaginaire : les champignons]

Avec l’automne reviennent les journées pluvieuses, les grosses rafales de vent et… les champignons ! Cèpes, girolles, amanites, morilles, pleurotes… les champignons, traditionnellement associés à la promenade et au monde merveilleux de la forêt, ont souvent inspiré les artistes et les esthètes. Pour notre plus grand plaisir 🙂

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Pascal Moguérou, ami des fées et cueilleur de champignons

Ci-dessus, une adorable créature rousse s’accoude à un gros cèpe. Pascal Moguérou, illustrateur et conteur breton, s’est spécialisé dans le dessin des fées et des korrigans. Les fées de Moguérou vivent en forêt, les champignons font donc partie intégrante de leur univers : les héroïnes de Moguérou font leur sieste sous les bolets, dansent sur leur dôme, prennent leur bain au creux des chanterelles, papotent au milieu des morilles. Les champignons leur servent ainsi de boudoir, de scène de théâtre ou de terrain de jeu, selon les moments de la journée et l’humeur (très) changeante de ces demoiselles 🙂

 

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Les aquarelles de Jean-Henri Fabre

Infatigable observateur de la nature, l’entomologiste Jean-Henri Fabre, alliant ses compétences scientifiques à une grande sensibilité artistique, ne s’est pas contenté d’observer et d’écrire sur les insectes : il a également réalisé plus de 600 aquarelles de champignons.

Ci-dessous, deux exemples (chanterelles et amanites) de son travail, dont il a humblement dit : « avec peu de couleur, beaucoup d’eau et d’attention, il est facile de bien faire ».

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Un poème automnal (et végétalien) de Han Shan

Je profite de ce billet consacré aux champignons pour partager un poème chinois de Han Shan (9e siècle). Ce texte nous décrit tout un art de vivre, loin de la civilisation mais au plus près de la nature : contemplation, hédonisme, dépouillement. L’ermite Han Shan trouve sa nourriture (champignons, herbes, baies) en se promenant en montagne :

Je demeure sur ce perchoir de la montagne froide
retiré, enchanté par tant de merveilles
J’emporte un panier pour ramasser des plantes de la montagne,
une corbeille pour cueillir les baies, puis m’en retourne
Assis sur de la paille étalée je mange des légumes,
suce et mâche des champignons pourpres
Après avoir rincé ma calebasse dans l’étang limpide,
je cuis un harmonieux mélange de plantes sauvages
Assis sous le soleil, avec une couverture,
oisif, je lis des poèmes des anciens

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Le goût des champignons chez Floris Jespers

Le peintre belge Floris Jespers (1889-1965) a réalisé plusieurs natures mortes aux champignons, dont cette ravissante huile sur toile, intitulée Champignons et chapeau de paille (80 x 61 cm) en 1944. Cette oeuvre nous raconte une douce journée d’automne : promenade en forêt, cueillette, préparation en cuisine des champignons fraîchement ramassés.

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Les promenades inspirées de Zhang Daqian

Zhang Daqian (1899-1983) est un artiste chinois mondialement célèbre du 20e siècle. On le connaît principalement pour ses paysages à couper le souffle, spectaculairement teintés de verre et de bleu, et pour ses peintures de lotus.

Les peintres chinois attachent, en général, autant d’importance aux paysages grandioses qu’aux plus petits détails : un séduisant bouton de fleur, un pin qui résiste élégamment au temps, l’envol enivré d’un bourdon… Ci-dessous, Zhang Daqian va au plus simple en représentant une ravissante famille de champignons. En quelques coups de pinceaux, il plante un décor et nous raconte un chemin, une forêt, une ambiance, une saison…

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Le sous-bois fantasmé de Kate Kato

Depuis qu’elle est enfant, Kate Kato (qui se fait aussi appeler Kasasagi) s’émerveille pour les créatures végétales et animales qu’elle observe dans la nature. Son travail poétique et délicat s’inspire directement de son observation de la faune et de la flore. L’artiste utilise principalement du papier recyclé, des bouts de fer et des colorants naturels. Elle s’autorise également le tissu et la broderie.

En bonne place dans son cabinet de curiosités champêtre, on trouve bien sûr les champignons. Mais aussi de la mousse, des fougères, des violettes, des perce-neige, des digitales… Les animaux ne sont pas en reste, puisque Kate Kato confectionne également des abeilles, des papillons, de nombreux coléoptères.

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Pour aller plus loin :

  • Pascal Moguérou a un site officiel : ici
  • vous trouverez davantage d’informations sur les aquarelles de Fabre sur le site du Museum National d’Histoire Naturelle : ici
  • pour admirer de très nombreuses œuvres de Zhang Daqian, n’hésitez pas à faire un tour sur le site China Online Museum (ici) et surtout sur Sotheby’s (cliquez ici puis tapez son nom en haut à droite)
  • Kate Kato a un site officiel ici et on parle aussi d’elle ici ou !
  • les champignons ont également inspiré les écrivains : ici

Fée alanguie à l’ombre d’un gros cèpe, par Pascal Moguérou :

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Quand le Japon découvre le bleu de Prusse

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(le bonze Nichiren avançant dans la neige, xylogravure polychrome de Utagawa Kuniyoshi, vers 1831-1835)

Etes-vous, comme moi, chamboulé(e) par la beauté folle du bleu intense des estampes japonaises ?

Le bleu de Prusse, ou bleu de Berlin, fut accidentellement inventé en Allemagne, en 1706, par le fabricant de couleurs Johann Jacob Diesbach. Or, entre 1641 et jusqu’en 1853, le Japon applique une politique isolationniste (sakoku). Pendant cette période, seuls les Hollandais sont donc officiellement autorisés à commercer avec le Japon, dans la baie de Nagasaki. Ce sont eux qui importeront le bleu de Prusse sur l’archipel nippon, à partir de 1820. Ce bleu révolutionnera alors l’estampe japonaise.

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Hokusai sera le premier à l’utiliser, à partir de 1829. On retrouve ce bleu sublime dans sa célèbre série des Trente-six vues du Mont Fuji. Sur chacune des estampes de cette série (elle en réunit en réalité quarante-six et non pas trente-six), le mont Fuji, point culminant et symbole immuable du pays, apparaît sous un angle différent. Ci-dessous, deux estampes de la fameuse série. Sur la première, intitulée Ejiri dans la province de Suruga, souffle un vent violent qui rend la situation des personnages très cocasse :

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Sur la seconde, intitulée Shinagawa sur le Tokaido, les fleurs de cerisier transforment le paysage en un lieu sublime :

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Ci-dessous, un autre magnifique exemple d’estampe réalisée au bleu de Prusse. Il s’agit de Cerisiers en fleur à Arashiyama, rivière Oi (1834-1835) estampe réalisée par Hiroshige et extraite de la série des Lieux célèbres de Kyoto du même artiste.

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Vous remarquerez que sur toutes ces œuvres, les artistes chantent la nature au fil des saisons, un thème majeur de la poésie et de la peinture japonaises…

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Pour aller plus loin :

  • une fiche détaillée sur le bleu de Prusse : ici
  • une fiche détaillée sur les Trente-six vues du mont Fuji de Hokusai : ici
  •  la BNF propose une exposition virtuelle sur les estampes japonaises : ici
  • le musée Guimet propose en ce moment, et jusqu’au 2 octobre, une exposition intitulée Paysages japonais : ici
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Chaleur animale au Louvre

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(Jeune tigre jouant avec sa mère, Eugène Delacroix, 1830)

J’ai profité d’un jour de congé en milieu de semaine pour aller fureter au département des peintures (France, Europe du Nord, Italie, Espagne, Grande-Bretagne et Etats-Unis) du musée du Louvre. L’Art, que ce soit pour l’artiste ou pour le spectateur, est décidément une merveilleuse manière de prendre contact avec la nature et les animaux.

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Jeune tigre jouant avec sa mère

Ci-dessus, Jeune tigre jouant avec sa mère, par Eugène Delacroix, réalisé en 1830. Delacroix, chef de file français des peintres romantiques au 19e siècle, a toujours aimé observer et représenter les animaux, et en particulier les chevaux et les fauves. Son contemporain Théophile Gautier a un jour dit à son sujet :

Il savait adoucir le caractère féroce de son masque par un sourire plein d’urbanité. Il était moelleux, velouté, câlin comme un de ces tigres dont il excelle à rendre la grâce souple et formidable.

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Le Taureau blanc à l’étable

Jean-Honoré Fragonard, peintre classique du 18e siècle, est principalement célèbre pour ses scènes galantes et ses tableaux polissons. J’aime beaucoup cette huile sur toile, pleine de douceur et de chaleur animales. L’artiste fait ici d’un simple bovidé, en le représentant de façon très réaliste et en le nimbant d’un clair-obscur bienveillant, un personnage à part entière, presque le héros d’une histoire. Car chaque animal n’est-il pas, tout simplement, le héros de sa propre vie ?

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Paysage à la chèvre

Antoine Watteau (1684-1721) est célèbre pour ses tableaux inspirés de la commedia dell’arte. Mais son Paysage à la chèvre, réalisé en 1715, nous emmène loin du théâtre et des scènes galantes. Ici, avec son ciel nuageux, sa chaude lumière de fin de journée, sa végétation montagneuse et sa joyeuse cascade, la nature est reine, malgré quelques habitations humaines. Au premier plan de cette scène pastorale, se tiennent compagnie une bergère et sa chèvre. Les animaux peuplent nos vies ; sans eux, nous ne serions rien ; et sans cette ravissante chevrette, dont on devine la tendresse et l’infatigable joie de vivre, le même tableau n’aurait pas du tout la même saveur gionesque.

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Nature morte avec cailles, hibou et échasse blanche

Paolo Porpora, peintre italien du 17e siècle, s’est spécialisé dans les natures mortes et les scènes de la nature. Il a réalisé cette Nature morte avec cailles, hibou, échasse blanche vers 1656. On y voit plusieurs éléments végétaux (roses, pensées, champignons) et surtout, de nombreux animaux : des papillons, des cailles, des crapauds (dont un en plein repas), un hibou et une échasse blanche. L’ambiance est crépusculaire, certes, mais chaque créature y déborde de vie. Peut-on franchement parler d’une nature morte ?

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Le Paradis terrestre

L’art animalier connaît un essor majeur au 17e siècle, avec des peintres comme Paul de Vos, Roelandt Savery, Frans Snijders ou Jan Fijt. C’est évidemment l’occasion pour eux de représenter des scènes de chasse, mais aussi ce qu’on appelle des paradis terrestres : des tableaux où l’humain disparaît complètement ou presque, pour laisser toute leur place à des animaux extrêmement variés, et cohabitant étrangement bien ensemble !

Paul de Vos a réalisé ce Paradis terrestre vers 1650. On lui connaît aussi une Entrée des animaux dans l’Arche de Noé.

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Deux singes pillant une corbeille

Frans Snyders (1579-1657), peintre flamand, fut un élève de Peter Bruegel le Jeune. Il s’est spécialisé dans l’art animalier, les natures mortes et les scènes de chasse. Dans Deux singes pillant une corbeille, il nous présente des capucins qui chapardent des fruits dans une corbeille. Ce qui aurait pu rester une nature morte se transforme alors en joyeux champ de bataille : hurlements des singes, fracas de la vaisselle cassée… Le site officiel du Louvre propose une fiche détaillée du tableau : ici.

deux singes pillant - frans snyders

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Pour aller plus loin, quelques bouquins :

  • Bestiaire du Moyen Âge, de Michel Pastoureau, aux éditions du Seuil : ici
  • L’Odyssée des animaux, les peintres animaliers flamands au XVIIe siècle, aux éditions Snoeck : ici
  • 100 sculptures animalières (20e siècle), aux éditions Somogy : ici
  • Zoo de papier, aux éditions Citadelles & Mazenod (en vente à partir d’octobre 2017) : ici

(ci-dessous : double page intérieure de la brochure de présentation de l’ouvrage Zoo de papier)

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Ensorcelant Finistère

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(Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Garneray)

Bonjour à tous ! Je reviens d’un séjour dans le Finistère, un ensorcelant petit « bout du monde » qui m’a beaucoup plu 🙂 Le Finistère multiplie les paysages sauvages magnifiques, mais ce département est également marqué par un patrimoine religieux puissant, et par une réjouissante tradition de contes et légendes. Voilà pourquoi il inspire aussi les artistes. En somme, cet univers ne peut que combler les esprits romantiques et les sensibilités exacerbées. Voici quelques-unes de mes découvertes :

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Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray

Ci-dessus, voici Le Naufragé, tableau de Louis-Ambroise Gerneray (1783-1857). L’artiste connaissait très bien la mer puisqu’il fut marin, corsaire et pirate, avant de devenir peintre et écrivain. Mer en furie, ciel noir ; sous la menace d’une déferlante, il ne reste visiblement à ce pauvre homme agrippé à sa planche que quelques secondes à vivre. On peut admirer cette huile sur toile de 82 x 100 cm au musée des Beaux-arts de Brest.

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Des plages sublimes

J’ai eu l’occasion de fouler le sable de plusieurs plages sublimes. Voici celles qui ont marqué mon esprit : Portsall, les Blancs Sablons, Ménéham. Même en plein mois d’août, elles restent très modérément fréquentées.

  • En face du port de Portsall se niche un délicieux havre de paix :

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  • La longue plage des Blancs Sablons, à proximité du Conquet, ressemble au paradis :

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  • Ménéham est un ancien village de paysans-pêcheurs-goémoniers. A proximité du bourg, la plage, avec ses dunes et ses rochers arrondis par le temps, est un enchantement :

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Émouvantes épaves 

De ci, delà, dans les villages de pêcheurs, on aperçoit quelques carcasses de bateaux de pêche. Ci-dessous, l’émouvant cimetière de bateaux de Camaret. A quelques mètres de là, la chapelle de Rocamadour abrite plusieurs ex-voto marins.

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Les photographies de Michèle Le Braz

Ce séjour en Bretagne m’a également permis de découvrir une formidable photographe brestoise : Michèle Le Braz. Son travail organique, sensuel, grave et méditatif, me touche beaucoup. Notons qu’elle s’intéresse autant aux animaux qu’aux humains.

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Michèle Le Braz a publié trois ouvrages aux éditions Rue des Scribes :

  • Chevaux du bout du monde (1998, ouvrage réédité aux éditions du Chêne en 2006) sur le thème du postier breton, un cheval de trait de la région
  • Regard sur soies (2000) : un regard audacieux, sincère et profond sur le cochon (la « soie » de porc étant le poil du cochon, rêche et épais, utilisé par exemple pour les pinceaux et les brosses)
  • La Robe abandonnée (2002) : il s’agit d’une mise en parallèle artistique entre le nu féminin et la sensualité du cheval

Une quinzaine des photos de Michèle Le Braz est actuellement exposée dans les rues de Landerneau (jusqu’en novembre 2017), en attendant la parution de son prochain ouvrage : Les Silences de la terre.

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Les pilleurs d’épaves et les naufrageurs

Les naufrages de bateaux ont longtemps permis aux habitants des côtes bretonnes d’améliorer leurs conditions de vie en pillant, sur place, les cargaisons échouées : du bois, du tissu, des denrées (alcool, épices…). Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ci-dessous, une gravure de Hippolyte Lalaisse (1810-1884) intitulée Scène de naufrage au pays de Kerlouan :

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On a longtemps raconté que les habitants de la côte provoquaient carrément les catastrophes en attirant les navires sur les écueils, grâce à des lanternes allumées en haut des falaises pour faire croire à des balises maritimes.

L’historien romantique Jules Michelet fait partie de ceux qui ont alimenté le mythe des naufrageurs en écrivant, dans Tableau de la France, paru dans La Revue des deux Mondes en 1832 :

La nature est atroce, l’homme est atroce et ils semblent s’entendre. Dès que la mer leur jette un pauvre vaisseau, ils courent à la côte, hommes, femmes et enfants, ils tombent sur cette curée. N’espérez pas arrêter ces loups ; ils pilleraient tranquillement sous le feu de la gendarmerie. Encore, s’ils attendaient toujours le naufrage, mais on assure qu’ils l’ont souvent préparé. Souvent, dit-on, une vache, promenant à ses cornes un fanal mouvant, a mené les vaisseaux sur les écueils. Dieu sait alors quelles scènes de nuit ! On en a vu qui, pour arracher une bague au doigt d’une femme qui se noyait lui coupaient le doigt avec les dents. L’homme est dur sur cette côte. Fils maudit de la création, vrai Caïn, pourquoi pardonnerait-il à Abel ? La nature ne lui pardonne pas.

Toutefois, si les pilleurs d’épaves ont bel et bien existé, le fantasme des naufrageurs n’a aucun fondement historique.

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Les enclos paroissiaux

Le Finistère tout entier est imprégné d’un passé religieux : calvaires aux croisements des routes, retables impressionnants dans certaines églises, chapelles disséminées dans tous les petits bourgs… et bien sûr, les enclos paroissiaux.

Le principe de l’enclos paroissial n’a, à la base, rien de spécifiquement breton : il s’agit d’un ensemble architectural composé d’une église, d’un cimetière, d’un muret, et parfois d’une porte monumentale, d’un calvaire, d’un ossuaire… Mais en Bretagne, et en particulier dans le Finistère, la construction des enclos paroissiaux a pris une ampleur très particulière : parce que la ferveur religieuse y était intense, parce que les villes y étaient prospères (commerce du lin, par exemple).

Il est assez délicat, voire à peu près impossible, de bien photographier un enclos paroissial dans sa globalité. J’ai finalement glané deux photos plutôt réussies sur internet. Il s’agit des enclos paroissiaux de Gouesnou et de Guimiliau :

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Beaucoup de choses m’émeuvent dans ces ensembles spectaculaires : l’investissement (religieux, créatif, émotionnel) dont ils témoignent, l’utilisation si touchante des matériaux locaux, le monde végétal (le lichen) qui envahit inexorablement le monde minéral, le muret qui ceint l’ensemble architectural pour délimiter le sacré du profane, ou encore la multitude de détails qu’offre à notre regard chaque mètre carré de ces constructions : détails religieux bien sûr, gargouilles aussi, mais également des clins d’œil aux croyances locales ou encore à la nature. Par exemple, ci-dessous, voici une représentation du serviteur de la mort, l’ankou (sur le toit d’un ossuaire) et un oiseau picorant une grappe de raisin (sur le portail d’une église) :

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Pays de bruyère et d’ajoncs

Plusieurs endroits du Finistère offrent de magnifiques paysages de bruyère, parmi lesquels l’île d’Ouessant, la pointe de Dinan (attention, pas de lien avec la ville de Dinan) ou encore, juste à côté, le Cap de la Chèvre. Mêlée aux fleurs jaunes des ajoncs, la bruyère attire des milliers d’abeilles, dont le doux bourdonnement perce dans le vent. J’ai pris les deux photos suivantes sur la pointe de Dinan :

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Le cloître de l’abbaye de Doualas

J’ai adoré découvrir cet endroit qui réunit une abbaye, une chapelle, un cimetière, un splendide jardin médicinal (voir troisième photo, glanée sur le net) et surtout, les magnifiques restes d’un cloître. D’une façon générale, je suis très sensible à la beauté et à la sérénité qu’offrent les cloîtres (sauf s’ils sont trop austères). Celui-ci, humble et bucolique, en résonance avec la nature environnante, m’a profondément émue.

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Bretagne de papier : le formidable travail de Bernard Jeunet 

Bernard Jeunet collabore régulièrement avec Bretagne Magazine depuis 2007 et c’est justement en feuilletant le vieux numéro de juillet 2009, consacré aux contes et légendes de la mer, que j’ai découvert son merveilleux travail. J’avoue être restée littéralement ébahie devant ses silhouettes poétiques : korrigans, sirènes, naufrageurs, monstres marins…

Chacune des créations de Bernard Jeunet me fait penser à un diorama (reconstitution raisonnée d’une scène, fictive ou réelle, en général dédiée aux musées). Car oui, quelque part, l’artiste nous raconte une Bretagne foncièrement authentique (celle des Bretons !), qu’elle soit réelle ou fantasmée.

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Bernard Jeunet est diplômé des Beaux-Arts de Rennes. Ses matériaux : du papier et du carton de récupération, de la gouache et du pastel. Il découpe, déchire, froisse, plie et assemble ses bouts de papier sur des fils de fer pour donner naissance à des personnages bourrés de délicatesse et de fraîcheur.

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Il a beau avoir mis les pieds dans le monde des adultes il y a maintenant un bon bout de temps, l’enfance reste l’univers privilégié de Bernard Jeunet. Il a d’ailleurs réalisé les illustrations d’une vingtaine d’albums pour les jeunes lecteurs.

Le monde moderne ne l’intéresse pas et il l’assume :

Je déteste les ordinateurs, les portables. Je suis incapable de tenir un volant et d’utiliser la technique. Mon archaïsme est une façon de dire non, une manière de résister.

A propos de son amour pour le papier, il explique :

J’ai toujours travaillé le papier, c’est presque une seconde nature. Enfant, je n’avais pas de grands moyens pour jouer et je créais déjà mes décors et mes personnages.

S’il ne cherche surtout pas la célébrité, son talent fait malgré tout parler de lui à l’étranger 🙂 et il arrive que ses œuvres passent la frontière pour les besoins d’une exposition.

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Pour aller plus loin :

  • le site officiel de Michèle Le Braz propose la visualisation d’une cinquantaine de ses photos : ici
  • une présentation du très beau site de l’abbaye de Daoulas : ici
  • les 10 plus belles plages bretonnes selon L’Express : ici
  • une présentation des enclos paroissiaux bretons : ici
  • pour en savoir plus sur l’ankou, un site consacré à la Bretagne en parle : ici
  • les lichens maritimes, un univers à part, détaillé ici
  • les livres illustrés par Bernard Jeunet sont en vente sur le net : ici