Chevaux de Przewalski : retour progressif à la vie sauvage

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(un troupeau de chevaux de Przewalski)

Le cheval de Przewalski fait partie des 7 dernières espèces d’équidés sauvages. C’est un petit cheval trapu, au fort caractère, jamais domestiqué par l’homme car trop farouche. Par contre, il a été abondamment chassé par l’homme préhistorique, ce qui explique sa présence sur de nombreuses parois des grottes ornées, comme celle de Lascaux.

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La vie sauvage des chevaux de Przewalski

Chaque troupeau de chevaux de Przewalski est constitué d’un étalon, de plusieurs femelles et de poulains. L’étalon finit par chasser les jeunes mâles, qui entament alors une période solitaire.  Pour trouver de quoi se désaltérer et se nourrir, le cheval de Przewalski parcourt sans problème plusieurs dizaines de kilomètres en une seule journée.

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Extinction de l’espèce

A la base, les chevaux de Przewalski vivaient dans toute l’Europe et dans une bonne partie de l’Asie. Malheureusement, ils ont été abondamment chassés pour alimenter les zoos. Ils ont ainsi vraisemblablement disparu d’Europe au début du 19e siècle. En Asie, on a observé le dernier cheval de Przewalski en 1968, en Mongolie. A partir de là, on en dénombrait moins de 15, et tous enfermés dans les zoos, très loin de leurs conditions de vie naturelles… 😦

En 1996, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature déclare l’espèce éteinte dans la nature. En 2008, elle reclasse le cheval de Przewalski « en danger critique », puis seulement « en danger » en 2011 suite à sa réintroduction réussie dans la nature.

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Réintroduction progressive dans la nature 

C’est paradoxalement grâce à la poignée de chevaux survivant dans les zoos que l’espèce a pu être sauvée. En 1990, on compte 1000 chevaux de Przewalski captifs. Trois associations (l’ONG International Takhi Group, l’ONG Foundation for the preservation of nature and environment et l’association française Takh) commencent à réintroduire avec succès des chevaux de Przewalski dans la nature. Quelle est leur destination ? la Mongolie principalement, mais aussi la Chine, le Kazakhstan, l’Ukraine, ou encore la Russie…

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Aujourd’hui, on compte environ 1500 chevaux de Przewalski dans de nombreux parcs zoologiques et quelques zoos. Plus de 300 autres individus ont pu être réintroduits en Mongolie depuis 1992. La population sauvage des chevaux de Przewalski augmente lentement (on comptait 387 individus en 2014). De nombreux élevages en semi-liberté (Lozère, Hongrie), gérés par les associations citées plus haut, offrent aux chevaux une transition bienfaisante.

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Pour aller plus loin :

  • voici le site officiel de l’association française TAKH : ici
  • un très beau livre a été édité chez Belin sur le sujet, avec un texte explicatif (Françoise Perriot) et de nombreuses photos magnifiques (Pierre Schwartz), il s’intitule Le dernier cheval sauvage (la fiche du bouquin est ici)
  • on peut découvrir un extrait du documentaire Le Dernier Cheval sauvage de Laurent Charbonnier ici
  • voici le site officiel de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature : ici
  • la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature se trouve ici

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En route pour 2018 !

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J’aime bien faire, chaque année, un point sur toutes les bonnes choses de l’année précédente. Voici pour 2017 :

  • j’ai assisté à des tas de conférences passionnantes, sur des thèmes aussi variés que la santé (le microbiote intestinal), la politique et l’Histoire (les murs dressés à travers le monde, Malcolm X, l’agriculture bio), la Chine (philosophie, peinture), la psychologie (la dissonance cognitive), et bien sûr les animaux (la photographie animalière, les intelligences animales, les pandas, les araignées, la libération animale, l’antispécisme…)
  • j’ai visité des musées, découvert de belles expositions (les voitures de collection au salon Rétromobile, les créations Disney au Musée de l’Art Ludique…)
  • j’ai donné mon sang régulièrement
  • j’ai découvert la peinture expressionniste de Alexej von Jawlensky et de Gabrielle Münter
  • j’ai passé une journée de rêve au Salon du Livre !
  • j’ai suivi, avec bonheur, plusieurs émissions littéraires régulièrement : « Le Masque et la Plume » sur France Inter, « Bibliothèque Médicis » sur LCP, « La Grande Librairie » sur France 5
  • j’ai beaucoup lu
  • j’ai adoré La Terre de Zola et Le Chœur des femmes de Martin Winckler
  • je suis devenue végétalienne
  • j’ai participé à la marche Fermons les abattoirs
  • j’ai découvert plusieurs restaurants végétariens, végétaliens
  • j’ai observé et appris plein de choses sur les animaux
  • j’ai passé une semaine magnifique dans le Finistère
  • j’ai moins peur du dentiste 😀
  • j’ai découvert des aliments formidables : noix du Brésil, chou kale, patate douce…
  • je me suis accrochée à mon projet de réorientation professionnelle, malgré plusieurs facteurs de doute, de stress et de découragement
  • j’ai réussi mes examens d’entrée à l’Ecole des Métiers de l’Information

Ce que je souhaite pour l’année 2018 : j’ai l’impression que le genre humain commence enfin à regarder la faune, la flore et l’environnement avec plus de respect et de curiosité, moins d’anthropocentrisme. Pourvu que ça s’accélère. La lutte continue !

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Nouvelle-Guinée : un paradis pour les plus beaux oiseaux du monde

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(paradisier bleu ou Paradisaea rudolphi, mon préféré)

Avez-vous déjà entendu parler des oiseaux de paradis ? Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, « paradisiers » ou « oiseaux de paradis » ne sont pas des termes qui définissent l’ensemble des oiseaux d’allure exotique. Il s’agit en réalité d’un taxon (scientifique) regroupant précisément 39 oiseaux de Nouvelle-Guinée (la troisième plus grande île du monde).

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Si le mot de « paradis » a naturellement été choisi pour nommer le taxon des Paradisaeidae, c’est parce qu’ils sont tellement beaux qu’on les croirait venus d’un monde rêvé, fabuleux. Le naturaliste Alfred Russel Wallace, qui les a observés au XIXe siècle, les a décrits comme « les plus belles et les plus merveilleuses des créatures vivantes ».

Ce qui fascine les biologistes et les ornithologues chez les paradisiers :

  • leurs caractéristiques physiques (queue en ruban, plumes qui jaillissent de la tête, explosion de couleurs, teintes métalliques, etc.)
  • leurs comportements extraordinaires lors des parades nuptiales (certains se suspendent la tête en bas comme le paradisier bleu ci-dessus, d’autres rebondissent sur leurs pattes, étendent les ailes, font des éventails, etc.)
  • … mais également l’incroyable diversité des espèces de ce taxon : 39 oiseaux de paradis et tout autant de silhouettes !

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Ci-dessous, en voici quelques-uns.

Voici le paradisier gorge-d’acier (Ptiloris magnificus), à la poitrine bleu métallique, en pleine parade nuptiale. Les parades amoureuses des paradisiers se font souvent dans les hauteurs de la canopée, mais parfois aussi dans les sous-bois, comme ici.

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Le paradisier royal (Cicinnurus regius), rouge vif et blanc, fait partie des plus petits paradisiers connus. Lors de la parade nuptiale, il agite au-dessus de sa tête les deux disques vert émeraude situés à l’extrémité de son corps. Quelle petite merveille !

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Le paradisier grand émeraude (Paradisaea apoda) fut intensément chassé à la fin du XIXe siècle pour la beauté de son plumage flamboyant. Les paradisiers sont dorénavant protégés par une loi qui en interdit la chasse. Mais ils souffrent malgré tout du braconnage et de la déforestation. Ils ont tout de même plusieurs points pour eux : pas de prédateurs (félins), pas de concurrence dans la recherche de nourriture (pas de primates, pas d’écureuils). En outre, la profusion de fruits que leur offre leur environnement leur permet de mettre peu d’énergie dans la recherche de nourriture, et de consacrer beaucoup de temps à la séduction et à la reproduction.

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Le paradisier de Victoria (Ptiloris victoriae), grâce à ses plumes aux extrémités arrondies, déploie un magnifique éventail lors de la parade amoureuse. L’aérodynamisme de ses ailes est altéré par la rondeur de ses plumes, mais cela ne lui pose pas de problème majeur : dans l’environnement qui est le leur, les paradisiers n’ont pas de prédateurs.

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La queue du paradisier à rubans (Astrapia mayeri) est 3 fois plus longue que son corps. Comme le reste de son plumage, ses deux superbes plumes blanches tombent et repoussent annuellement, pour exposer toute leur beauté à la saison des amours.

astrapia mayeri

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Pour la parade amoureuse, le paradisier multifil (Seleucidis melanoleucus) se positionne systématiquement sur une branche verticale ou un tronc s’élevant au dessus de la forêt. Pour l’envoûter, le mâle balaye le bec de la femelle avec les douze fils (voir photo) qui terminent sa queue.

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Voici les caractéristiques communes aux différents oiseaux de paradis : 

  • ils vivent tous dans la même région : Nouvelle-Guinée + îles voisines + côte Nord-Est de l’Australie
  • ce sont des oiseaux forestiers, et souvent montagnards
  • ils ont une alimentation omnivore (mais mangent principalement des fruits)
  • ils présentent des pattes et becs solides (qui leur permettent d’extraire les fruits et les noix)
  • leur dimorphisme sexuel est très marqué (les femelles ne ressemblent pas aux mâles)
  • les mâles ont un plumage extravagant
  • le comportement des mâles lors des parades amoureuses est sophistiqué
  • les mâles n’ont aucun rôle parental : polygynie (ils s’accouplent avec autant de femelles que possible)
  • leur nid est en général composé de lianes et vrilles d’orchidées
  • leur espérance de vie est d’environ 30 ans
  • en général, ils pondent un œuf unique, une fois par an

Pour aller plus loin : 

Je ne peux que vous inviter, si les oiseaux de paradis vous intéressent, à découvrir le livre Oiseaux de paradis édité chez Delachaux et Niestlé, qui retrace le formidable travail du biologiste et photographe animalier Tim Laman (la plupart des photos que j’ai utilisées pour cet article sont de lui) et de l’ornithologue Edwin Scholes. Voici une fiche qui résume plutôt bien leur bouquin : ici. L’ouvrage coûte 39 euros, et je pense qu’il est disponible dans pas mal de bibliothèques.

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N’hésitez pas également à jeter un œil sur le site officiel du photographe Tim Laman, qui bosse notamment pour National Geographic : ici. Et son blog se trouve .

Pour finir, voici le site officiel du Birds of Paradise Project, mené par Tim Laman et Edwin Scholes : ici  

69396(le photographe Tim Laman perché dans un arbre)

Les animaux dans l’art : chanter leur beauté sans les tuer, les brimer ou les avilir

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(insecte en bambou, patiemment et amoureusement confectionné par Noriyuki Saitoh)

Dans le rapport que l’espèce humaine entretient avec l’animal sauvage, amour rime souvent avec instinct de possession et instinct de destruction. Les animaux ont toujours été physiquement exploités, emprisonnés, voire massacrés, au service de l’Art et du Beau, ou encore du divertissement. La fascination qu’ils suscitent chez les humains, de part leur magnificence et les mystères infinis qu’ils recèlent, ne les a pas épargnés, bien au contraire, et cela jusqu’à l’extinction de certaines espèces…

Profanation

Quelques exemples affligeants parmi tant d’autres : natures mortes sanguinolentes réalisées d’après modèle, animaux tués et empaillés pour les cabinets de curiosités, trophées de chasse, art de la plumasserie,  animaux de cirque, performances d’art contemporain avec exploitation d’animaux vivants, fourrure et cuir dans la mode et la décoration…

Pourquoi l’être humain continue-t-il d’humilier et de détruire les créatures sauvages dont la beauté, la souveraineté et la liberté l’émerveillent ? éprouvera-t-il encore longtemps ce besoin ? a-t-il ainsi l’impression de s’approprier leurs pouvoirs (beauté, puissance, courage), et dans tous les cas, pourquoi ce désir pèse-t-il plus lourd dans la balance que l’éthique, la douceur, l’enchantement ? viendra-t-il une ère où violenter ainsi le règne animal sera considéré comme sacrilège ?

Chanter le règne animal

Loin de ces pulsions archaïques et mortifères, certains artistes transforment pourtant, avec bienveillance et brio, leur fascination pour le règne animal en une véritable ode à la beauté du monde et de la vie : ils parviennent, sans porter atteinte à la liberté et au bien-être des animaux, à en louer les splendeurs.

Leurs matériaux : le papier, le bambou, la peinture, les objets de récupération, le métal… Leurs atouts : la curiosité, l’étude, l’observation, l’imagination, la dextérité, la bricole, le sens des proportions… Leur état d’esprit :  l’empathie, le respect, la délicatesse et l’humilité. Leurs œuvres d’art sont plus ou moins éphémères, toujours poétiques. Voici 5 de ces artistes contemporains. On en trouve beaucoup d’autres sur internet.

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Edouard Martinet

L’artiste français Edouard Martinet, également enseignant de design graphique à la LISAA de Rennes, récupère des objets abandonnés ou usés (chaînes de vélo, ressorts, ustensiles de cuisine, poignées variées, éléments de machines à écrire, lampes de poche, porte-monnaie, compas…) pour réaliser son majestueux bestiaire de métal : fourmis, sauterelles, poissons, papillons… Il fouille dans les vide-greniers et les débarras. Il commence par dessiner de nombreux croquis, avant de s’atteler à l’étape de la sculpture. Il travaille alors sans soudure et n’utilise que l’emboîtement et la visserie. Certaines de ses réalisations lui prennent quelques semaines, tandis que d’autres exigeront plusieurs années.

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Ci-dessus : un papillon de 60 cm de hauteur, un scarabée rhinocéros de 30 cm de long, une épinoche de 80 cm de long, ou encore un magnifique crapaud avec une bouche en porte-monnaie (je crois bien que c’est mon préféré).

Cliquez ici pour lire l’interview qu’il a donnée à Unidivers en 2016. Son site internet permet de découvrir une galerie de ses sculptures : ici.

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Dzia

L’artiste belge Dzia exprime sa créativité sur les murs d’Anvers (où il a fait les beaux-arts de l’Académie Royale) et dans plusieurs capitales européennes. Il peint principalement des animaux sauvages, apportant ainsi de la couleur et une joyeuse énergie à des lieux tristounets : chauves-souris, grues, aigles, famille de renards, cerfs, poissons, flamands roses, libellules, écureuils, sont au rendez-vous… Le site officiel de Dzia se trouve ici.

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Diana Beltran Herrera

Avec ses créations colorées, la jeune artiste colombienne Diana Beltran Herrera nous offre un merveilleux voyage dans l’univers du papier. Pour ce qui est du règne animal, elle s’intéresse tout particulièrement aux oiseaux. Elle confectionne également des papillons. Chaque animal confectionné par Diana Beltran Herrera est immédiatement identifiable : colibri, perruche, toucan, ibis, flamand rose, quetzal, guêpier, mésange, et beaucoup d’autres !

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Diana Beltran Herrera s’aventure également dans le monde végétal : fruits, fleurs, ou encore champignons… Pour en voir davantage, son site officiel se trouve ici.

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Noriyuki Saitoh

Les Japonais sont connus pour l’intérêt qu’ils ont toujours voué aux insectes. Les écoliers nippons étudient par exemple les textes de l’entomologiste français Jean-Henri Fabre, tandis qu’en France, les enfants ne savent pas qui c’est !

Pour réaliser ses œuvres, Noriyuki Saitoh utilise un des matériaux japonais par excellence : le bambou. Son travail est saisissant de finesse et de poésie. On reconnaît sur ces photos une demoiselle, un criquet, une libellule, une cigale, et sur la photo qui chapeaute cet article, un capricorne.

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L’artiste Noriyuki Saitoh a une page Facebook (ici) sur laquelle on découvre l’avancée de ses travaux et un joli site internet avec une galerie de ses créations (ici).

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Artur Bordalo

Artur Bordalo (qui se fait appeler Bordalo II par égard pour son grand-père, également artiste) est portugais. Passionné de graffiti et inspiré par la récupération, il combine ces deux méthodes pour réaliser de grandes sculptures animalières, qu’il fixe ensuite sur les murs des villes. Son thème de prédilection : l’animal sauvage. Il explique : Je choisis toujours un animal qui a une relation forte avec l’endroit où je vais l’accrocher.

A la mi-novembre 2017, l’artiste lisboète a réalisé un castor de 8 mètres dans le 13e arrondissement de Paris (voir 4e photo), dans le quartier de la bibliothèque François Mitterrand, en référence à la Bièvre, rivière de la région parisienne qui se jetait autrefois dans la Seine, au niveau de la gare d’Austerlitz.

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Pour aller plus loin :

  • Pour chanter la beauté du règne animal, il y a évidemment aussi l’écriture ou encore la photographie. Le photographe Ludovic Sueur, vegan et antispéciste, pratique une photographie ultra-éthique : on ne dérange pas la faune, on évite d’empiéter sur le territoire des animaux, on se débrouille surtout pour ne pas provoquer la peur ou la fuite de l’animal. Ne pas porter atteinte au quotidien des animaux, à leur habitudes, à leur progéniture ni à leur environnement, voilà l’idée. Il explique sur son site internet (ici) : « La liberté des individus photographiés et la préservation de leur environnement sont prioritaires dans ma démarche photographique et font partie de ma philosophie de vie. » Ci-dessous, une huppe fasciée photographiée par Ludovic Sueur.

Sans titre

  • Le président des États-Unis Donald Trump est un amateur de chasse à l’éléphant. A  la mi-novembre 2017, sous la pression des associations pour la protection animale et de son propre parti, il a toutefois dû se résigner à geler une mesure qui consistait à ré-autoriser (après que Barack Obama l’ait interdite) l’importation de trophées d’éléphants provenant d’Afrique sur le territoire américain. Ouf ! Le quotidien « Le Monde » en a parlé : ici.

Éloge à la beauté furibonde

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(Slope Point, Nouvelle-Zélande, photo de André Wagner)

Quel spectacle !

Slope Point est situé à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande. Pour découvrir ce bout du monde ensorcelant, aucune route n’est prévue, mais on y accède en 20 minutes de marche. Ce coin presque déserté par les hommes, sans habitation, mais où les moutons paissent à leur aise, est façonné par un vent violent venu de l’Antarctique, qui crée une ambiance fantastique. Les arbres y semblent furibonds.

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Un lieu inspirant

Comme vous pourrez le voir tout au long de cet article, l’endroit inspire les photographes. Des voyageurs des quatre coins du monde viennent jusqu’à Slope Point pour capturer cette atmosphère apocalyptique et sublime. Toutes ces photographies (et bien d’autres) sont visionnables sur Flickr (en tapant slope point dans le moteur de recherche du site).

Wisawa Freeman

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Quant à moi, ce lieu à la beauté à couper le souffle me rappelle l’ambiance romantique et inquiétante de plusieurs œuvres d’art :

  • le roman Les Hauts de Hurle-Vent de Emilie Brontë
  • la scène de la course éperdue en forêt de Blanche-Neige, par Disney
  • L’Enfer de Dante
  • le poème Les Djinns de Victor Hugo
  • la théorie esthétique de Charles Baudelaire…

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Les Hauts de Hurle-Vent, de Emilie Brontë 

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Comment ne pas penser, en admirant ces paysages, au chef d’oeuvre de Emilie Brontë ? Roman d’amour et de haine, l’histoire des Hauts de Hurle-Vent se déroule dans une région sauvage et menaçante, décrite dans le texte comme étant « complètement à l’écart de l’agitation mondaine, un vrai paradis pour misanthrope ». Le vent du nord y modèle violemment le paysage : « inclinaison excessive de sapins rabougris », « rangée de maigres épines qui implorent l’aumône du soleil ». Par temps brumeux, le visiteur téméraire y « patauge dans la bruyère et la boue », et en hiver, « le ciel et les collines se confondent dans un violent tourbillon de vent et de neige épaisse ».

Catherine, héroïne du roman, s’identifie viscéralement au paysage dans lequel elle a grandi et qu’elle aime profondément. Elle lance d’ailleurs dans un moment de fièvre, alors qu’elle se meurt d’ennui dans un mariage sans passion : « Je voudrais être dehors ! Je voudrais me retrouver petite fille, à demi sauvage, intrépide et libre ; riant des injures au lieu de m’en affoler ! Pourquoi suis-je si changée ? Je suis sûre que je redeviendrai moi-même si je me retrouvais dans la bruyère sur ces collines… »

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La course éperdue de Blanche-Neige

Gustaf-Tenggren

Vous souvenez-vous de l’effroyable forêt dans laquelle Blanche-Neige se perd, en voulant échapper aux manigances de la reine ? Elle traverse en courant un bois lugubre, dans lequel la nuit a des yeux menaçants, et où les arbres grimacent et cherchent à s’emparer d’elle.

Ci-dessus, un dessin préparatoire de l’artiste Gustaf Tenggren pour le dessin animé Blanche-Neige, premier long-métrage des studios Disney (1937).

Helen Bachari

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L’Enfer, premier volet de La Divine Comédie, de Dante 

Rosedeane

En regardant ces photos, on croirait presque entendre, dans le bruit du vent, les célèbres vers de L’Enfer de Dante Alighieri : Vous qui entrez ici, laissez toute espérance (Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate). Les arbres de Slope Point, écorchés ou griffus, nous semblent gémissants, torturés, en proie à la folie…

L’Enfer est le premier tome de la Divine Comédie de Dante (XIVe siècle). L’auteur s’y représente lui-même, en compagnie de son maître Virgile. Les deux compères doivent traverser les neuf cercles de l’Enfer pour rejoindre la douce et belle Béatrice au Paradis.

Dante a imaginé l’enfer de la façon suivante : neuf cercles concentriques et superposés, composant un cône renversé, au fond duquel règne Lucifer. Chaque cercle correspond à un pêché (luxure, avarice, hérésie, trahison…). Le septième cercle est réservé aux violents, parmi lesquels on trouve les violents contre autrui (les damnés y sont ébouillantés), les violents contre Dieu (condamnés à errer sur une lande brûlante), mais aussi les violents contre eux-mêmes : les suicidés. La condamnation des suicidés est lourde : transformés en arbres secs, ils sont éternellement déchiquetés par des harpies.

Ci-dessous, une illustration de Gustavé Doré pour La Divine Comédie, représentant les malheureux suicidés changés en arbres et harcelés par les harpies :

gustave doré

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Les Djinns de Victor Hugo

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Le caractère tourmenté de Slope Point me rappelle aussi Les Djinns, un de mes poèmes favoris, composé par Victor Hugo, chef de file du mouvement romantique. Ce poème a été publié dans le recueil Les orientales, en 1829. Il s’agit d’un chef d’oeuvre.

Vous remarquerez que les 15 strophes de ce poème ont un nombre croissant, puis décroissant, de syllabes, pour transcrire au mieux l’évolution du récit : l’invasion progressive des djinns (créatures de la nature, ici effrayantes), qu’on entend à peine tout d’abord, puis qui viennent littéralement terroriser le narrateur qui prie Dieu pour ne pas mourir, et qui finissent par disparaître au loin. L’un des principaux champs lexicaux de ce poème est celui du bruit, et en particulier celui du vent. D’ailleurs, on peut se demander si, dans le texte de Hugo, les djinns ne sont tout simplement pas une personnification de la tempête, celle qui dévaste tout, menaçant ainsi la santé mentale et l’existence des petits êtres fragiles et insignifiants que nous sommes. Quand la nature reprend ses droits…

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

Nicola Battistini

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La beauté selon Charles Baudelaire

Baudelaire expliquait dans Curiosités esthétiques que le beau est nécessairement un peu bizarre. Je trouve son propos très juste ; et il me semble que toutes ces photos de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande illustrent parfaitement sa pensée :

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement Beau.

L Chan

andré

Pour aller plus loin :

  • la course éperdue de Blanche-Neige dans la forêt (1 minute) est disponible sur Youtube : ici
  • quelques détails sur la géographie de l’enfer par Dante Alighieri : ici

 

Balade automnale aux serres d’Auteuil

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(serres d’Auteuil, photographie de F. Moncel glanée sur le net, 2012)

Dimanche 22 octobre, 15 heures, porte d’Auteuil : atmosphère pluvieuse et bourrasques hostiles, 10°C, on s’emmitoufle et on se planque sous les parapluies. Dix minutes plus tard, à l’intérieur des illustres serres d’Auteuil : climat chaud et moite, pas un souffle de vent, 21°C. Le contraste est saisissant et pas désagréable, surtout quand on entend la pluie tambouriner au dessus de nos têtes, sur les toits de verre et de métal…

Une serre réservée à la famille des orchidées, une autre qui abrite les bégonias, une troisième qui nous permet de déambuler au milieu d’une forêt de cactus… C’est à Jean-Camille Formigé (1845-1926) que l’on doit l’architecture de ces constructions majestueuses et délicates, peintes en turquoise.

Selon les saisons, les serres d’Auteuil offrent des surprises bien différentes. Certes, octobre n’est pas le mois idéal pour admirer le plus grand nombre de floraisons, mais cela n’enlève rien au plaisir de la balade. Notons, entre autres, le charme qu’apportent les différents points d’eau, que ce soit la mare tropicale qu’égayent les carpes japonaises (dans la serre principale) ou la fontaine romantique joyeusement envahie de papyrus et de prêles (dans le jardin).

Merci Erika pour cette après-midi photo conviviale. Je ne suis décidément pas douée pour la photographie (encore faut-il que je prenne un jour la peine de consulter le mode d’emploi de mon modeste appareil !), mais j’ai apprécié cet exercice ludique et contemplatif, qui donne envie de se métamorphoser en fourmi, papillon, oiseau ou goutte de rosée…

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Pour aller plus loin :

  • Quelques mots sur les serres d’Auteuil : ici
  • Calendrier des floraisons des serres d’Auteuil : ici
  • Différence entre macrophotographie et proxyphotographie : ici

Poétique de la libellule

Daniel Magnin

(photographie de Daniel Magnin)

Quand on grandit au bord d’une rivière, on côtoie naturellement les libellules et les grenouilles. Ces animaux habitent mon imaginaire et avec le temps, cet attrait n’a fait que grandir. Quoi de plus merveilleux qu’une nuée de libellules batifolant au dessus de la végétation verdoyante d’un point d’eau ? quoi de plus harmonieux et de plus inspirant qu’une demoiselle qui vient délicatement se percher sur sa brindille, au dessus d’une rivière ensoleillée, royaume de saules, de joncs ou d’herbes folles ?

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L’ouvrage Ma vie de libellule vient de paraître aux éditions de la Salamandre. J’ai succombé, je l’ai acheté ! Et j’ai pu constater avec bonheur qu’il était en très bonne place sur la table du rayon Animaux de la librairie. Il s’agit du travail de collaboration de deux amoureux de la nature : le photographe Daniel Magnin et le philosophe et naturaliste Alain Cugno, qui avait déjà écrit, entre autres, La Libellule et le Philosophe, aux éditions de l’Iconoclaste.

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Ce livre retrace avec pédagogie et humour tout le cycle d’une fée d’eau douce : ponte, vie de larve, éclosion, vie aérienne, chasse, accouplement, et de nouveau, ponte. Les libellules s’y expriment à la première personne, ce qui favorise l’immersion du lecteur dans l’univers de l’animal, mais également son empathie pour ce petit être délicat.

On apprend par exemple dans cet ouvrage que les larves de libellule vivent entre 2 et 5 ans avant de ramper à la surface de l’eau et de quitter leur exuvie, ou encore que les libellules ont côtoyé les dinosaures (puisqu’il s’agit d’un des plus vieux insectes du monde) et qu’elles faisaient alors jusqu’à 70 cm d’envergure !

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Les photographes qui travaillent pour les éditions de la Salamandre s’engagent à suivre une charte rigoureuse, respectueuse des espèces et des milieux (label Photographie Nature Responsable). On retrouve l’intégralité de cette charte sur leur site internet. Il s’agit, par exemple :

  • de conserver une distance d’observation pour éviter de provoquer l’envol, la fuite ou l’effroi
  • de renoncer à prendre une photographie si cela peut perturber durablement l’animal ou son environnement
  • de pratiquer un travail très discret (pour ne pas contrarier les animaux)
  • ou encore de ne pas truquer l’image

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Pour aller plus loin :

  • une émission très sympathique de 45 minutes, intitulée Pourquoi les libellules ? sur RFI, avec 2 entomologistes (en 2 parties) : ici puis ici
  • de l’importance de protéger les zones humides : ici
  • le site internet des éditions de la Salamandre se trouve ici
  • Daniel Magnin propose, sur son site officiel, une généreuse galerie de photographies : ici

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