Matisse à Collioure : berceau du fauvisme

Vue de Collioure la Jetée Henri Matisse 1905

Vue de Collioure, la jetée, Matisse (1905, huile sur toile, 38 x 46 cm)

Les températures grimpent et nous nous approchons du solstice d’été. Parler de Matisse, de couleurs et de Collioure, c’est de saison 🙂

Point de départ de cet article : il y a quelques semaines, en feuilletant un livre sur Georges Braque (qui a également eu sa période fauve), je tombe sur 3 tableaux de Matisse minusculement reproduits en marge d’une des pages du bouquin… Première réaction : leur beauté me bouleverse tant que j’en reste presque incrédule. Comment peut-on faire quelque chose d’aussi beau ; dans quel jardin secret Matisse puise-t-il toute cette fraîcheur ? Chaque jour qui passe, je ne peux pas m’empêcher de rouvrir mon livre à la même page, de mettre le nez dessus, pour admirer encore et toujours ces œuvres de Matisse qui me grillent la rétine… Deuxième réaction : je suis stupéfaite que ces petites merveilles ne soient pas plus connues. Il faut que j’en parle autour de moi !! Troisième réaction : je veux en savoir plus. Je finis par fouiller sur internet (un peu en vain) et je pars à la recherche de bouquins sur le sujet (avec les livres, en général, on est bien servi 🙂 ).

But ultime de cet article : avant tout, partager ma découverte. Voici donc les 3 peintures à l’huile en question :

marine bord de mer 1906 matisse

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Ces trois peintures ont été réalisées sur le lieu-dit de la Moulade, une zone sauvage du nord de Collioure, en 1906, c’est-à-dire quelques mois après le scandaleux Salon d’automne de 1905. Dimensions de ces tableaux : environ 25 x 35 cm.

J’ai toujours aimé Matisse (1869-1954) et bien sûr, j’ai toujours été stupéfiée par sa légèreté, sa liberté, son audace. On a l’impression qu’il est né avec un arc-en-ciel dans les mains. Sur ces trois tableaux en particulier, sa faculté enfantine à jouer avec des couleurs si gaies et pures, pour en faire les associations les plus folles, me fascine et me désarme. On en perdrait la tête 🙂

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A l’origine du fauvisme, il y a Matisse 

En mai 1905, Matisse n’est pas encore célèbre. Avec sa petite famille, il quitte Paris et descend à Collioure pour respirer, s’enivrer de lumière provençale. Il est subjugué par la beauté de l’endroit et en quelques mois, réalise 15 toiles, 40 aquarelles et environ 100 dessins. Quand il revient sur Paris en septembre, il ne sait pas encore qu’il deviendra le chef de file du fauvisme. C’est un mois plus tard, en octobre, au 3e Salon d’automne à Paris, où il expose 5 peintures, que sa production estivale prend une tournure historique : ses œuvres (et celles de ses amis, animés par le même souffle) sont considérées comme un outrage à la peinture et font littéralement scandale : les critiques d’art parlent ainsi de « pot de peinture jeté à la face du public » et de « jeux barbares et naïfs ». Un journaliste compare le salon à une cage aux fauves et c’est ainsi que naîtra le fauvisme.

Ce qu’il faut savoir : contrairement à ce qu’on a longtemps pensé (sans vraiment prendre la peine de se pencher sur la question), il s’avère aujourd’hui que les trois peintures à l’huile ci-dessus ne datent pas de l’été 1905 mais de l’été 1906 (Matisse retournera effectivement plusieurs fois à Collioure, prolongeant ainsi sa période fauve).

Pour Matisse, le fauvisme naît du « courage de retrouver la pureté des moyens ». Il racontera plus tard à propos de cette période de sa vie :

Travaillant devant un paysage exaltant, je ne songeais qu’à faire chanter mes couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions.

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Matisse et Derain, une amitié à Collioure 

Lors de ce fameux été 2015, Matisse (35 ans) encourage vivement son ami Derain (10 ans de moins) à le rejoindre à Collioure. Derain arrive donc dans le joli village de pêcheurs au début du mois de juillet. On sait que pendant plusieurs mois, les deux amis vont peindre les mêmes lieux et beaucoup échanger sur leurs travaux respectifs. Ils seront tous les deux très productifs.

Ci-dessous, à gauche, le portrait de Derain par Matisse, et à droite, celui de Matisse par Derain : peau bleue, peau verte, barbe rouge, la révolution chromatique est en marche… !

portrait-of-andre-derain-1905     Matisse par Derain

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Deux tableaux de Derain, Collioure 1905 toujours :

Mes lectures m’ont amenée à de magnifiques tableaux de son ami Derain. Ci-dessous, en voilà deux : Paysage de Collioure (81 x 100 cm) et Bateaux à Collioure (60 x 73 cm). Chez Derain aussi, l’audace est décidément au rendez-vous :

paysage de collioure 1905 derain

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Dernières années de Matisse : le bonheur de vivre, encore et toujours !

Matisse meurt en 1954. A la fin de sa vie, diminué physiquement, il continue de créer sans relâche. Sa spécialité et sa passion depuis la fin des années 30 : les papiers gouachés et découpés. Cette technique lui a été inspirée par son voyage à Tahiti en 1930, durant lequel il ne peint presque rien, mais dessine beaucoup et s’imprègne de tout ce qu’il voit. Ce voyage exotique va ensuite infuser en lui pendant des années, jusqu’à donner, à partir de la fin des années 30, des œuvres aussi célèbres que la Tristesse du roi, en 1952.

Parce que j’ai découvert ce collage il y a 15 jours à l’exposition Jardins du Grand Palais (jusqu’au 24 juillet 2017), je tenais ici à parler des Acanthes, réalisé en 1953. Je pense qu’il faut voir cette oeuvre en vrai pour en apprécier toute la majesté. Moi qui ne suis pas une fanatique des papiers découpés de Matisse, je reconnais avoir été impressionnée face à cet immense collage, dynamique et équilibré, vibrant de joie ! Non seulement ses dimensions sont grandioses (voir photo prise dans un atelier de restauration, ci-dessous), mais cette composition possède une énergie particulière, une aura qui vous enveloppe de bienveillance. Elle semble avoir été réalisée par un sage, un philosophe…

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Avec le fauvisme, Matisse et ses amis travaillaient sur la simplification du trait et les aplats de couleur, tout cela avec l’envie de faire des œuvres rayonnantes. En cela, on peut considérer que ses papiers gouachés et découpés sont une continuité du fauvisme : simplification (jusqu’à l’abstraction), aplats de couleur, joie. Sur ses vieux jours, Matisse dira carrément de sa période fauviste :

A ce moment là, j’ignorais la lumière intérieure, la lumière mentale, ou morale si vous préférez. Aujourd’hui, je vis chaque jour dans cette lumière.

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Pour information, voici la liste des 5 tableaux de Matisse exposés au Salon d’automne de 1905, réalisés à Collioure :

  • Jeune femme en robe japonaise au bord de l’eau
  • Fenêtre ouverte
  • Nature morte
  • Matinée d’été (Les Toits de Collioure)
  • Femme au chapeau

Sur ce, je vous souhaite à tous une nuit pleine de rêves fleuris 🙂

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Tsiganes, les fils du vent

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Les Caravanes, Vincent Van Gogh 

Dans 2 jours, le second tour des élections présidentielles aura lieu, avec Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Lequel de ces deux guignols va l’emporter, le suspens est à son comble. Il paraît que le débat de mercredi soir a été bien piteux. Heureusement que je n’ai pas la télévision.

Face à ce spectacle médiatico-politique vidé de sens, je préfère m’envoler pour des contrées plus stimulantes, en l’occurrence l’univers des Tsiganes. Quoi de mieux, en effet, pour éviter l’embourbement des idées et prendre un peu de hauteur, que de s’embarquer pour un voyage avec ces fils du vent ?

Ces derniers jours, mon programme a donc été le suivant :

  • revoir le film Gadjo Dilo de Tony Gatlif
  • lire le très bel ouvrage Tsiganes et Gitans : textes de Jean-Paul Clébert et photographies de Hans Silvester
  • acheter une place pour le cirque Romanès

Constat frappant : les Tsiganes font partie de ces minorités ethniques que personne n’aime (on les méprise jusqu’en Roumanie). Cette haine est généralisée. J’ai d’ailleurs entendu de mes propres oreilles des individus qui, se disant humanistes, avouaient sans vergogne qu’ils ne pouvaient pas les blairer. Intrigant !

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Il est où, le problème ?

Le Tsigane vole, le Tsigane n’a pas de boulot régulier, le Tsigane n’alimente pas la machine consumériste de notre société. Il profite du système et il a un tempérament fier. Il n’en faut pas plus pour percevoir les Tsiganes comme une incarnation du diable.

Un esprit honnête avouera cependant que ce qui le chagrine le plus chez le Rom, c’est son insouciance et sa liberté. Le sédentaire est envieux : il amasse moultes possessions, se persuade comme il le peut que son argent et ses efforts le rendent heureux, et n’apprécie pas franchement qu’un vagabond un peu pouilleux, avec une étincelle d’or et de malice dans les yeux, vivant au jour le jour, remette en question ses précieuses certitudes sur les vertus de la propriété privée en fouillant de temps en temps dans sa poubelle.

Je suppose que mon enfance en Ardèche, sans eau courante ni électricité, avec des parents quelque peu marginaux et sans argent, explique ma vision différente des Roms. Je me souviens par exemple avec bonheur de grands trajets à sac à dos (et en auto-stop) pour rejoindre la ville et faire nos courses. D’un jardin sans clôture, avec la vallée de Thines et le paysage montagneux en guise d’immense terrain de jeu. D’un père qui m’expliqua que la rivière qui faisait notre joie n’appartenait à personne et qu’ainsi, la traversée de notre terrain par de purs inconnus descendant ou remontant cette rivière était parfaitement légale. D’une clocharde qui remontait cette même rivière, parfois, et avec laquelle mon père échangeait toujours quelques mots aimables. Un jour, souhaitant décrire le plaisir simple d’une promenade estivale, je résumais spontanément, comme une évidence : la Terre est un grand jardin. Vive les mauvaises herbes !

Ce qui me perturbe : l’entêtement de certaines personnes, en théorie pétries de bonnes intentions, à vouloir sédentariser les Roms, à les faire vivre en appartement par exemple, ce qui reviendrait, très concrètement, à demander à un sédentaire de foutre le feu à son pavillon… !

La notion de frontières et de propriété est particulièrement abstraite chez les Tsiganes. Pour moi, leur existence ressemble à un message et plus précisément à une ode à la liberté (de pensée et d’action) : on peut la jeter à terre et la fouler aux pieds, on peut aussi s’en délecter, s’en inspirer, la respecter.

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Gadjo Dilo, de Tony Gatlif

Ce film, sorti en 1997, m’avait beaucoup plu. J’avais acheté la bande musicale du film dans la foulée, et plus tard le DVD. Je l’ai re-visionné avant-hier soir. Quelle hymne à la liberté ! Acteurs principaux : Romain Duris et Rona Hartner, magnifiques.

Tony Gatlif est un réalisateur français, né d’un père kabyle et d’une mère gitane. Gadjo Dilo est le troisième volet d’une trilogie (Les Princes en 1983, Latcho Drom en 1993).

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S’il ne fallait retenir qu’un élément de ce film, ce serait bien sûr la musique sublime ! On peut en écouter certains extraits en surfant sur les liens suivants :

  • la bande-annonce du film (mauvaise qualité de l’image) : ici
  • un extrait musical particulièrement poignant, avec une voix a cappela : ici
  • j’aime aussi beaucoup le morceau intitulé Disparaîtra : ici
  • un dernier morceau, très sensuel : ici

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Tsiganes et Gitans, de Jean-Paul Clébert (textes) et Hans Silvester (photographies)

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Jean-Paul Clébert connaissait les marginaux et n’en avait pas peur. Il a voyagé en Asie et a vécu avec des clochards parisiens. Ce n’est qu’en écoutant des hommes comme Clébert qu’on peut remettre sérieusement en question ses préjugés sur les gens du voyage. Un bon petit coup de pied dans la fourmilière, ça fait parfois du bien…

Le livre Tsiganes et Gitans (qui date des années 70, mais dont les textes sont été actualisés récemment pour une nouvelle édition) est magnifique. Clébert nous y parle des traditions des Tsiganes (cérémonies, musique, religion, travaux saisonniers, tradition orale…) et de leurs talents multiples : ferronnerie, vannerie, chevaux, chiromancie, danse, chant, musique…

Quant à Hans Silvester, grand photographe, il a multiplié les voyages et les sujets (la Camargue, les chats, la vallée de l’Omo en Afrique…). Les nombreuses et très belles photos qu’il a confiées aux éditions de la Martinière pour le livre Tsiganes et Gitans sont issues de 20 ans de travail au sein des communautés tsiganes.

Ci-dessous, deux photos de Hans Silvester : on y voit des gens du voyage dans les environs de Saintes-Maries-de-la-mer, en Camargue (grand lieu de pèlerinage pour les Tsiganes).

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FRANCE, SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

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Pour aller plus loin :

  • une intervention de Clair Michalon, intitulée Roms, derniers porteurs de notre culture d’origineici
  • la FNASAT (Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage) a un site officiel : ici
  • pour mieux comprendre les gens du voyage, un livret : ici
  • le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-mer est une grande manifestation religieuse qui réunit chaque année, en mai, en Camargue, de nombreux Tsiganes. Quelques informations ici.

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Quand Tintin tombe sous le charme de la musique tsigane dans Les Bijoux de la Castafiore :

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Cocon précieux

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(cocon précieux de Hubert Duprat : quand la frontière entre construction animale et réalisation artistique humaine devient floue, très floue !)

Au début des années 80, l’artiste Hubert Duprat a une idée géniale : solliciter les talents d’architecte de la phrygane (petit insecte qui vit à l’état de larve et se fabrique un abri avant sa métamorphose) pour lui faire fabriquer des fourreaux précieux : en or, pierres précieuses et perles. Tout un concept !

A l’âge adulte, la phrygane (ou trichoptère) ressemble à une mite ou à un petit papillon très discret (voir photo plus bas). Mais avant sa métamorphose, il s’agit d’une larve aquatique, qu’on rencontre dans les ruisseaux et les rivières non pollués. Pour se protéger des prédateurs qu’elle croise dans l’eau, la larve de la phrygane se fabrique un fourreau avec les débris qu’elle accumule dans son environnement : micro-cailloux, brindilles, débris de bois, etc. C’est également dans cet étui solide, à l’abri, qu’elle va réaliser sa métamorphose. Ci-dessous, des fourreaux de phrygane (dont un encore habité), et une phrygane à l’âge adulte :

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Voici comment Hubert Duprat décide de mettre le talent des phryganes au service de l’art, de la beauté et de l’étrange : ils les installe dans un aquarium où, à défaut de pouvoir constituer leur abri avec des débris végétaux et autres petits cailloux, les phryganes ont à leur disposition des paillettes d’or, des perles ainsi que des pierres précieuses et fines : diamants, émeraudes, rubis, saphirs, turquoises, opales, lapis-lazuli.

Et voilà le joli résultat, poétique et merveilleux !

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A la base de cette expérience très spéciale, à mi-chemin entre sciences naturelles et joaillerie, Hubert Duprat s’est inspiré des travaux de l’entomologiste Jean-Henri Fabre (1823-1915). Le célèbre scientifique et écrivain parlait ainsi de la phrygane dans ses Souvenirs entomologiques :

Parmi les insectes qui s’habillent, bien peu la dépassent en ingéniosité d’accoutrement. Les eaux de mon voisinage m’en livrent cinq ou six espèces, ayant chacune son art spécial. Une seule aura pour aujourd’hui les honneurs de l’histoire. Elle me vient des eaux dormantes, à fond boueux, encombrées de menus roseaux. Autant qu’on peut en juger d’après la demeure seule, ce serait, disent les maîtres spécialistes, le Limnophilus flavicornis. Son ouvrage a valu à toute la corporation le joli nom de Phrygane, terme grec signifiant morceau de bois, bûchette. De façon non moins expressive, le paysan provençal la nomme lou porto-fais, lou porto-canèu. C’est la bestiole des eaux dormantes portant un fagot en menus chaumes, débris du roseau.

Son fourreau, maison ambulante, est œuvre composite et barbare, amoncellement cyclopéen où l’art cède la place à l’informe robusticité. Les matériaux en sont très variés, à tel point qu’on s’imaginerait avoir sous les yeux le travail de constructeurs dissemblables, si de fréquentes transitions n’avertissaient du contraire.

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En 1983, Hubert Duprat (photo ci-dessous) dépose un brevet pour protéger son innovation.

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Ci-dessous, une illustration de la phrygate (à l’état de larve en bas, puis à l’âge adulte à la surface de l’eau) par Annika Bernhard, pour Freshwater Pond Coloring Book (2000), un ouvrage à destination des enfants sur les habitants des eaux douces :

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La vie est une fête !

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(dessin de Tom Vroman)

Samedi matin, j’ai eu le bonheur de retrouver les bouquinistes des quais de Seine et leurs « malles » aux trésors. Du soleil, des livres, des curiosités et des vendeurs adorables : que demander de plus ? Quel agréable moment. J’ai déniché quelques merveilles :

  • Bestiaire du Japon, François Berthier (tout est dans le titre)
  • L’Erotisme et l’Amour, René Etiemble (un tour du monde de l’érotisme et de l’amour dans la culture et dans l’art)
  • Le Miroir vide, 18 mois dans un monastère zen, J. van de Wetering (le « journal » trivial et assez amusant d’un beatnik qui a passé plus d’1 an dans un monastère de Kyoto)
  • une magnifique reproduction d’oiseau de paradis !
  • une reproduction de planche pédagogique sur la vie animale et botanique dans les eaux douces
  • le joli petit cabas en coton des bouquinistes (une initiative culturelle de la mairie de Paris)

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Les bouquinistes des quais de Seine sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011. Ils ont un statut un peu particulier puisqu’ils ne payent ni loyer, ni taxe. On peut tous postuler, mais avec lettre de motivation et CV. Et gare à la file d’attente…

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Vers 13h, j’ai pris le RER B avec un sandwich végétarien, direction Gif-sur-Yvette ! Mon objectif : observer des martins-pêcheurs. Certes, je suis revenue bredouille pour ce qui concerne les martins-pêcheurs, mais j’ai passé une après-midi tout à fait réjouissante. J’ai croisé un héron, des rapaces, des poules d’eau et une myriades de libellules, tout cela dans un paysage de saules pleureurs. J’ai beaucoup marché, pris quelques photos, profité du soleil. Je me suis assoupie dans l’herbe et j’ai totalement oublié que je me trouvais en région parisienne. Je suis revenue à la maison avec des piqûres d’ortie aux bras (cette satanée lubie de toujours m’approcher au plus près de l’eau), les pieds en feu et une très, très bonne fatigue.

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Paradis oriental

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(photo prise par un certain leon_1970, répertorié sur Flickr)

L’exposition  Jardins d’Orient, de l’Alhambra au Taj Mahal, à l’Institut du Monde Arabe, est tout simplement magnifique ! Si je devais résumer cette exposition en quelques mots, je choisirais les suivants : sensorialité, art de vivre, douceur, foisonnement.

On y découvre photos, objets (éléments de fontaine, instruments de musique…), superbes miniatures du Moyen-Âge, textiles anciens, peintures des XIXe et XXe siècles, œuvres contemporaines. Une vidéo nous projette dans les jardins d’Orient actuels, tandis que tout au long du parcours de l’exposition, des chants d’oiseaux accompagnent avec ravissement le visiteur…

Ci-dessous, un petit panel de ce qui m’a émerveillée :

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Les tapisseries égyptiennes

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Je suis tout simplement restée scotchée devant la tapisserie de Ali Seliem, et je suis retournée l’admirer à la fin de ma visite. Dimensions : environ 150 x 150 cm. Elle s’intitule Village Life. On y trouve une foultitude de détails sur les joies de la vie de village. Les animaux et en particulier les oiseaux, y occupent une place très importante (dans les airs, sur l’eau, dans le feuillage des arbres).

L’Egypte a une longue tradition de tapisserie (laine et coton).

J’en profite pour parler un peu du Centre artistique Ramsès Wissa Wassef, établi dans la banlieue du Caire, qui permet à de jeunes artistes égyptiens, et notamment des tisserands, de développer leur univers et de se faire connaître. Ce centre a maintenant une renommée internationale. Ils ont un site officiel (ici) mais aussi un compte Pinterest qui vous en mettra plein les yeux 🙂 A lire également, un article qui retrace le parcours de Ramses Wissa Wassef : ici. Les convictions de Wissa Wassef (1911-1974) : l’éducation artistique des jeunes et la noblesse de l’artisanat. Il a ainsi dit :

I had this vague conviction that every human being was born an artist, but that his or her gifts could be brought out only if artistic activity was encouraged from early childhood by way of practising a craft… The creative energy of the average person is being sapped by a conformist system of education and the extension of industrial technology to every sphere of modern life.

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Bas-relief au vendangeur

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Ce charmant bas-relief, plein de poésie, représente un vendangeur torse nu avec une hotte sur le dos. Il cueille des grappes de raisin dont les fruits sont aussi gros que sa main. Au IVe siècle, la ville de Antinoé, en Egypte, était riche en églises et en monastères.

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Miniatures orientales

Ne serait-ce que pour découvrir d’autres miniatures aussi jolies, il faut absolument que je prenne le temps d’aller à la bibliothèque de l’Institut du Monde Arabe.

Ci-dessous, Barbad caché sous un cyprès enchante le roi Khusraw Parvis avec sa musique. Gouache sur papier, XVI e siècle.

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Ci-dessous, Scène dans un jardin. Gouache sur papier, XVIe siècle. Miniature ornant un ouvrage de Hoseyn Gazorgâhi (département des manuscrits orientaux, BNF) :

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Le dragonnier

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C’est en découvrant le tableau Le Jardin d’essai d’Alger (1925) de François Quelvée lors de l’exposition, que j’ai compris ce qu’était un dragonnier. Il existe plusieurs espèces de dragonniers (d’espèces et de tailles très variables). Il s’agit d’une plante exubérante et pleine de caractère, qui produit un effet spectaculaire quand elle est plantée en allée (comme sur ces photos prises dans le jardin d’essai d’Alger).

Le jardin d’essai d’Alger, crée en 1832, est un centre de production botanique, mais aussi un centre d’enseignement et un lieu de promenade.

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Les dessins de Pascal Coste

Pacal Coste, architecte français du XIXe siècle et grand voyageur, a travaillé dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et notamment en Egypte. Ses dessins m’ont beaucoup plu.

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Dès la plus haute Antiquité, grâce à la technique, l’homme a pu transformer des lieux très secs et très chauds en jardins luxuriants. Sur ce petit bijou de dessin, le Tigre alimente en eau les environs de Bagdad (crayon et plume, dessin sur papier, 1841).

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Les peintres orientalistes

Félix Ziem et Honoré Boze sont deux peintres orientalistes (mouvement littéraire et pictural du XIXe siècle). Parmi leurs tableaux, Ziem a réalisé Crépuscule sur les bords du Nil a Damanhour (ci-dessous), tandis que Boze a peint Campement des cavaliers arabes près de Tlemcen (juste après).

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Le jardin du parvis de l’Institut du Monde Arabe

A l’occasion de l’exposition, l’IMA a demandé au paysagiste Michel Péna de concevoir, pour le parvis du musée, un jardin oriental contemporain. Le défi était compliqué à relever (environnement ultra-moderne, bâtiment de Jean Nouvel) et il s’en est, semble-t-il, plutôt bien sorti ! En outre, ce jardin éphémère propose une buvette avec thé à l’hibiscus et pâtisseries orientales, ce qui permet, du coup, de se régaler dans un endroit tout à fait charmant.

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Le corps humain à travers les arts

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La semaine dernière, j’ai suivi mes premiers cours d’été à l’école du Louvre. Sujet de la semaine : Les Secrets du corps humain révélés par les arts, de la Renaissance au XXIe siècle.

Ces 5 cours, délivrés par Alexis Drahos, étaient principalement axés sur l’anatomie, la médecine et les pathologies. Des dizaines de personnalités de l’art et des sciences ont ainsi été décryptées, parmi lesquelles : le médecin Galien, Leonard de Vinci, l’anatomiste André Vesale, Goya, l’aliéniste Pinel, Van Gogh, Frida Khalo…

Le corps humain dans les arts est un thème passionnant, riche, mais inévitablement lourd, douloureux, violent, sombre : condamnés à mort, religion, pathologies diverses, souffrance psychique, folie. Et même par moments franchement gore : dissection, leçons d’anatomie.

Ce qui n’est pas incompatible, bien au contraire, avec l’idée d’espoir et de lumière. Et c’est là que c’est magnifique ! Tout d’abord parce qu’Alexis Drahos a su insuffler de l’humour, et même de la poésie, tout au long de son discours et de ses nombreuses anecdotes. Mais surtout parce que le sujet du corps humain est indubitablement lié à celui de l’empathie (empathie des artistes et des médecins pour les malades, respect des artistes pour les médecins, sentiment de reconnaissance des artistes en souffrance vis-à-vis de leur médecin, etc.) et à celui du progrès (avancées scientifiques, idéologiques, politiques).

Je ne m’amuserai pas à énumérer ici les centaines de choses qu’Alexis Drahos a pu nous transmettre. Je me contenterai plutôt de retranscrire 6 ou 7 éléments qui m’ont particulièrement marquée.

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Un cerveau dissimulé dans la Création d’Adam ?

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La Création d’Adam fait partie des fresques inspirées de la Genèse, peintes sur la voûte de la chapelle Sixtine (cité du Vatican, Rome) par Michel-Ange : et Dieu créa l’homme à son image…

On sait que Michel-Ange s’intéressait à l’anatomie et qu’il a réalisé de nombreuses dissections, malgré les tabous de l’Eglise (il était d’ailleurs lui-même très croyant). Or, en 1990, le médecin Meshberger souligne la ressemblance frappante entre la partie droite de cette fresque (Dieu) et la coupe sagittale du cerveau humain. Michel-Ange aurait ainsi voulu illustrer, discrètement mais sûrement, le fait que Dieu a offert à l’homme la faculté de penser. D’après certains scientifiques, toutes les composantes du cerveau seraient effectivement repérables dans cette image !

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Les squelettes très vivants de Jacques Gamelin

Jacques Gamelin a été directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Montpellier. Il a une formation d’artiste, ce n’est pas du tout un scientifique à la base. Il va pourtant se passionner pour le corps humain, pratiquer la dissection, et réaliser une centaine de planches très pointues et très jolies sur le thème du corps humain, pour son Nouveau recueil d’ostéologie et de myologie. J’en parle ici pour avoir l’occasion de vous montrer un de ses magnifiques dessins, non dénué d’humour :

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Ce recueil était destiné aux scientifiques et aux artistes. Gamelin n’a malheureusement pas connu le succès financier grâce à ce travail.

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Brisons les chaînes !

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(Le docteur Pinel faisant tomber les chaînes des aliénés, par Tony Robert-Fleury)

Philippe Pinel (1745-1826) était aliéniste (on parlerait maintenant de psychiatre). Médecin diplômé d’une autre faculté que celle de Paris, il n’aura le droit d’exercer dans la capitale qu’après la Révolution et la réorganisation de la médecine. Il fera alors une brillante carrière.

C’est lui qui libèrera de leurs chaînes les « fous » de Bicêtre et de la Salpêtrière, et mettra en pratique la notion de traitement moral. Grâce à Pinel, on considère enfin qu’il n’y a pas de fatalisme, mais au contraire une lueur de raison chez tous les fous, et que c’est sur cela qu’il faut travailler pour les aider. Pinel est ainsi devenu un mythe (mythe parfois remis en question, notamment par Michel Foucault dans son Histoire de la folie).

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Le Radeau de la méduse : cannibalisme, désespoir et folie

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Pour son tableau, Géricault s’est inspiré d’un fait réel : le naufrage de la frégate Méduse en 1816. Cette œuvre immense (environ 5 m de hauteur et 7 m de largeur) trône au Louvre. C’est à partir de son travail pour Le Radeau de la Méduse que Géricault s’est énormément documenté sur l’anatomie humaine. Pour l’occasion, il déménage d’ailleurs son atelier près de l’hôpital Beaujon.

Pour réaliser une œuvre à la hauteur de l’enfer vécu par les victimes du naufrage de la Méduse, il ne s’épargnera rien : retrait plus qu’austère (il se rasera d’ailleurs le crâne), silence absolu, visites à la morgue de l’hôpital, emprunt d’une tête coupée ou encore de membres humains pour étudier dans son atelier la rigidité cadavérique et la décomposition. Il s’offrira tout de même un voyage en Normandie pour mieux retranscrire dans son tableau les effets d’une tempête de mer. Delacroix, ainsi que plusieurs survivants du naufrage, feront partie de ses modèles.

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Tournant dramatique pour Goya en 1792

Il y a un avant et un après 1792 dans la vie et dans l’œuvre du peintre Goya. Jusque là, il s’agissait surtout d’un peintre de cour. En 1792, en Andalousie, il est atteint d’une mystérieuse maladie (saturnisme, poliomyélite, syphilis ?), dont il souffrira beaucoup et qui le laissera sourd. Cette maladie très invalidante, qui le plonge dans une dépression nerveuse, a modifié sa peinture. Alors qu’il peignait jusque là des sujets gais, dans des tons clairs, il va se renfermer, tourner le dos aux commandes et se mettre à peindre pour lui-même. On connait tous Les Vieilles (1808), Le Colosse (1808-1812), Saturne dévorant un de ses fils (1819),  ou la série d’estampes des Caprices. Ci-dessous, voici L’Enclos des fous de Saragosse (1793) :

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Ce tableau dénonce la grande négligence dont sont victimes les fous dans les asiles à l’époque (brutalité, enfermement avec les criminels). Dans l’asile de Saragosse, le traitement réservé aux fous est toutefois plus moderne qu’ailleurs : même s’ils sont encore considérés comme des bêtes, ils ne sont plus menottés.

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Le Cri révolutionnaire de Munch

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Munch a beaucoup souffert tout au long de sa vie, et ce tableau incarne bien son désespoir. L’artiste décrit ainsi l’expérience qui l’a poussé à peindre Le Cri : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Avec cette œuvre, Munch renouvelle la thématique du cri : en effet, pour la première fois dans l’histoire de la peinture, un tableau illustre un cri provoqué par la pure et simple douleur psychique. Il est en cela très moderne et révolutionnaire.

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Niki de Saint-Phalle : hymne à la joie !

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Tiens, je terminerais bien cet article avec quelque chose de plus gai 🙂

Lors de son dernier cours, consacré au XXe siècle, Alexis Drahos nous a parlé de l’œuvre joyeuse de Niki de Saint-Phalle et en particulier de son œuvre Hon, ce qui signifie en suédois Elle (première photo ci-dessus). Il s’agit d’une sculpture gigantesque (23 m de longueur), exposée à Stockholm en 1966, représentant une femme aux cuisses écartées, par le sexe duquel les visiteurs entraient pour découvrir d’autres œuvres. Niki de Saint-Phalle considère l’art comme ludique et se lâche sur les couleurs !

Le premier jour du reste de ta vie

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(photo de Quentin de Briey)

J’ai signé mon bail ce week-end et j’ai les clés de mon appart le samedi 16 juillet. Je passe de 100 m² à 20 m² mais j’ai la banane. C’est grave docteur ?

Points forts du nouveau nid :

  • du beau et vieux parquet (il est bon de réaliser certains fantasmes)
  • de la lumière (lumière = allégresse)
  • un balcon (vive les aromates)
  • pas de vis-à-vis direct (= liberté)
  • une rue calme
  • une gardienne
  • un parc à 7 minutes à pied (avec plein de vieux arbres)
  • le métro à 2 minutes à pied
  • Paris à 10 minutes en métro

Point faible transformé en point fort : la mini-surface, qui me permet de :

  • faire le tri entre le superficiel et l’essentiel (un balai fait moins de bruit qu’un aspirateur encombrant)
  • ne garder que mes objets préférés
  • faire preuve d’inventivité
  • retrouver la légèreté de mes 20 ans

Points faibles : aucun, si ce n’est que je n’ai pas encore repéré le Lavomatic du coin.

Challenges :

  • organiser un espace pour mes bouquins
  • idem pour mon matériel de dessin et de fabrication de bijoux
  • me décider intelligemment entre : lit-coffre, lit gigogne ou tatami (l’idée de vivre « près du sol » me travaille sérieusement)