Les animaux dans l’art : chanter leur beauté sans les tuer, les brimer ou les avilir

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(insecte en bambou, patiemment et amoureusement confectionné par Noriyuki Saitoh)

Dans le rapport que l’espèce humaine entretient avec l’animal sauvage, amour rime souvent avec instinct de possession et instinct de destruction. Les animaux ont toujours été physiquement exploités, emprisonnés, voire massacrés, au service de l’Art et du Beau, ou encore du divertissement. La fascination qu’ils suscitent chez les humains, de part leur magnificence et les mystères infinis qu’ils recèlent, ne les a pas épargnés, bien au contraire, et cela jusqu’à l’extinction de certaines espèces…

Profanation

Quelques exemples affligeants parmi tant d’autres : natures mortes sanguinolentes réalisées d’après modèle, animaux tués et empaillés pour les cabinets de curiosités, trophées de chasse, art de la plumasserie,  animaux de cirque, performances d’art contemporain avec exploitation d’animaux vivants, fourrure et cuir dans la mode et la décoration…

Pourquoi l’être humain continue-t-il d’humilier et de détruire les créatures sauvages dont la beauté, la souveraineté et la liberté l’émerveillent ? éprouvera-t-il encore longtemps ce besoin ? a-t-il ainsi l’impression de s’approprier leurs pouvoirs (beauté, puissance, courage), et dans tous les cas, pourquoi ce désir pèse-t-il plus lourd dans la balance que l’éthique, la douceur, l’enchantement ? viendra-t-il une ère où violenter ainsi le règne animal sera considéré comme sacrilège ?

Chanter le règne animal

Loin de ces pulsions archaïques et mortifères, certains artistes transforment pourtant, avec bienveillance et brio, leur fascination pour le règne animal en une véritable ode à la beauté du monde et de la vie : ils parviennent, sans porter atteinte à la liberté et au bien-être des animaux, à en louer les splendeurs.

Leurs matériaux : le papier, le bambou, la peinture, les objets de récupération, le métal… Leurs atouts : la curiosité, l’étude, l’observation, l’imagination, la dextérité, la bricole, le sens des proportions… Leur état d’esprit :  l’empathie, le respect, la délicatesse et l’humilité. Leurs œuvres d’art sont plus ou moins éphémères, toujours poétiques. Voici 5 de ces artistes contemporains. On en trouve beaucoup d’autres sur internet.

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Edouard Martinet

L’artiste français Edouard Martinet, également enseignant de design graphique à la LISAA de Rennes, récupère des objets abandonnés ou usés (chaînes de vélo, ressorts, ustensiles de cuisine, poignées variées, éléments de machines à écrire, lampes de poche, porte-monnaie, compas…) pour réaliser son majestueux bestiaire de métal : fourmis, sauterelles, poissons, papillons… Il fouille dans les vide-greniers et les débarras. Il commence par dessiner de nombreux croquis, avant de s’atteler à l’étape de la sculpture. Il travaille alors sans soudure et n’utilise que l’emboîtement et la visserie. Certaines de ses réalisations lui prennent quelques semaines, tandis que d’autres exigeront plusieurs années.

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Ci-dessus : un papillon de 60 cm de hauteur, un scarabée rhinocéros de 30 cm de long, une épinoche de 80 cm de long, ou encore un magnifique crapaud avec une bouche en porte-monnaie (je crois bien que c’est mon préféré).

Cliquez ici pour lire l’interview qu’il a donnée à Unidivers en 2016. Son site internet permet de découvrir une galerie de ses sculptures : ici.

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Dzia

L’artiste belge Dzia exprime sa créativité sur les murs d’Anvers (où il a fait les beaux-arts de l’Académie Royale) et dans plusieurs capitales européennes. Il peint principalement des animaux sauvages, apportant ainsi de la couleur et une joyeuse énergie à des lieux tristounets : chauves-souris, grues, aigles, famille de renards, cerfs, poissons, flamands roses, libellules, écureuils, sont au rendez-vous… Le site officiel de Dzia se trouve ici.

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Diana Beltran Herrera

Avec ses créations colorées, la jeune artiste colombienne Diana Beltran Herrera nous offre un merveilleux voyage dans l’univers du papier. Pour ce qui est du règne animal, elle s’intéresse tout particulièrement aux oiseaux. Elle confectionne également des papillons. Chaque animal confectionné par Diana Beltran Herrera est immédiatement identifiable : colibri, perruche, toucan, ibis, flamand rose, quetzal, guêpier, mésange, et beaucoup d’autres !

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Diana Beltran Herrera s’aventure également dans le monde végétal : fruits, fleurs, ou encore champignons… Pour en voir davantage, son site officiel se trouve ici.

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Noriyuki Saitoh

Les Japonais sont connus pour l’intérêt qu’ils ont toujours voué aux insectes. Les écoliers nippons étudient par exemple les textes de l’entomologiste français Jean-Henri Fabre, tandis qu’en France, les enfants ne savent pas qui c’est !

Pour réaliser ses œuvres, Noriyuki Saitoh utilise un des matériaux japonais par excellence : le bambou. Son travail est saisissant de finesse et de poésie. On reconnaît sur ces photos une demoiselle, un criquet, une libellule, une cigale, et sur la photo qui chapeaute cet article, un capricorne.

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L’artiste Noriyuki Saitoh a une page Facebook (ici) sur laquelle on découvre l’avancée de ses travaux et un joli site internet avec une galerie de ses créations (ici).

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Artur Bordalo

Artur Bordalo (qui se fait appeler Bordalo II par égard pour son grand-père, également artiste) est portugais. Passionné de graffiti et inspiré par la récupération, il combine ces deux méthodes pour réaliser de grandes sculptures animalières, qu’il fixe ensuite sur les murs des villes. Son thème de prédilection : l’animal sauvage. Il explique : Je choisis toujours un animal qui a une relation forte avec l’endroit où je vais l’accrocher.

A la mi-novembre 2017, l’artiste lisboète a réalisé un castor de 8 mètres dans le 13e arrondissement de Paris (voir 4e photo), dans le quartier de la bibliothèque François Mitterrand, en référence à la Bièvre, rivière de la région parisienne qui se jetait autrefois dans la Seine, au niveau de la gare d’Austerlitz.

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Pour aller plus loin :

  • Pour chanter la beauté du règne animal, il y a évidemment aussi l’écriture ou encore la photographie. Le photographe Ludovic Sueur, vegan et antispéciste, pratique une photographie ultra-éthique : on ne dérange pas la faune, on évite d’empiéter sur le territoire des animaux, on se débrouille surtout pour ne pas provoquer la peur ou la fuite de l’animal. Ne pas porter atteinte au quotidien des animaux, à leur habitudes, à leur progéniture ni à leur environnement, voilà l’idée. Il explique sur son site internet (ici) : « La liberté des individus photographiés et la préservation de leur environnement sont prioritaires dans ma démarche photographique et font partie de ma philosophie de vie. » Ci-dessous, une huppe fasciée photographiée par Ludovic Sueur.

Sans titre

  • Le président des États-Unis Donald Trump est un amateur de chasse à l’éléphant. A  la mi-novembre 2017, sous la pression des associations pour la protection animale et de son propre parti, il a toutefois dû se résigner à geler une mesure qui consistait à ré-autoriser (après que Barack Obama l’ait interdite) l’importation de trophées d’éléphants provenant d’Afrique sur le territoire américain. Ouf ! Le quotidien « Le Monde » en a parlé : ici.
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Éloge à la beauté furibonde

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(Slope Point, Nouvelle-Zélande, photo de André Wagner)

Quel spectacle !

Slope Point est situé à l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande. Pour découvrir ce bout du monde ensorcelant, aucune route n’est prévue, mais on y accède en 20 minutes de marche. Ce coin presque déserté par les hommes, sans habitation, mais où les moutons paissent à leur aise, est façonné par un vent violent venu de l’Antarctique, qui crée une ambiance fantastique. Les arbres y semblent furibonds.

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Un lieu inspirant

Comme vous pourrez le voir tout au long de cet article, l’endroit inspire les photographes. Des voyageurs des quatre coins du monde viennent jusqu’à Slope Point pour capturer cette atmosphère apocalyptique et sublime. Toutes ces photographies (et bien d’autres) sont visionnables sur Flickr (en tapant slope point dans le moteur de recherche du site).

Wisawa Freeman

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Quant à moi, ce lieu à la beauté à couper le souffle me rappelle l’ambiance romantique et inquiétante de plusieurs œuvres d’art :

  • le roman Les Hauts de Hurle-Vent de Emilie Brontë
  • la scène de la course éperdue en forêt de Blanche-Neige, par Disney
  • L’Enfer de Dante
  • le poème Les Djinns de Victor Hugo
  • la théorie esthétique de Charles Baudelaire…

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Les Hauts de Hurle-Vent, de Emilie Brontë 

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Comment ne pas penser, en admirant ces paysages, au chef d’oeuvre de Emilie Brontë ? Roman d’amour et de haine, l’histoire des Hauts de Hurle-Vent se déroule dans une région sauvage et menaçante, décrite dans le texte comme étant « complètement à l’écart de l’agitation mondaine, un vrai paradis pour misanthrope ». Le vent du nord y modèle violemment le paysage : « inclinaison excessive de sapins rabougris », « rangée de maigres épines qui implorent l’aumône du soleil ». Par temps brumeux, le visiteur téméraire y « patauge dans la bruyère et la boue », et en hiver, « le ciel et les collines se confondent dans un violent tourbillon de vent et de neige épaisse ».

Catherine, héroïne du roman, s’identifie viscéralement au paysage dans lequel elle a grandi et qu’elle aime profondément. Elle lance d’ailleurs dans un moment de fièvre, alors qu’elle se meurt d’ennui dans un mariage sans passion : « Je voudrais être dehors ! Je voudrais me retrouver petite fille, à demi sauvage, intrépide et libre ; riant des injures au lieu de m’en affoler ! Pourquoi suis-je si changée ? Je suis sûre que je redeviendrai moi-même si je me retrouvais dans la bruyère sur ces collines… »

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La course éperdue de Blanche-Neige

Gustaf-Tenggren

Vous souvenez-vous de l’effroyable forêt dans laquelle Blanche-Neige se perd, en voulant échapper aux manigances de la reine ? Elle traverse en courant un bois lugubre, dans lequel la nuit a des yeux menaçants, et où les arbres grimacent et cherchent à s’emparer d’elle.

Ci-dessus, un dessin préparatoire de l’artiste Gustaf Tenggren pour le dessin animé Blanche-Neige, premier long-métrage des studios Disney (1937).

Helen Bachari

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L’Enfer, premier volet de La Divine Comédie, de Dante 

Rosedeane

En regardant ces photos, on croirait presque entendre, dans le bruit du vent, les célèbres vers de L’Enfer de Dante Alighieri : Vous qui entrez ici, laissez toute espérance (Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate). Les arbres de Slope Point, écorchés ou griffus, nous semblent gémissants, torturés, en proie à la folie…

L’Enfer est le premier tome de la Divine Comédie de Dante (XIVe siècle). L’auteur s’y représente lui-même, en compagnie de son maître Virgile. Les deux compères doivent traverser les neuf cercles de l’Enfer pour rejoindre la douce et belle Béatrice au Paradis.

Dante a imaginé l’enfer de la façon suivante : neuf cercles concentriques et superposés, composant un cône renversé, au fond duquel règne Lucifer. Chaque cercle correspond à un pêché (luxure, avarice, hérésie, trahison…). Le septième cercle est réservé aux violents, parmi lesquels on trouve les violents contre autrui (les damnés y sont ébouillantés), les violents contre Dieu (condamnés à errer sur une lande brûlante), mais aussi les violents contre eux-mêmes : les suicidés. La condamnation des suicidés est lourde : transformés en arbres secs, ils sont éternellement déchiquetés par des harpies.

Ci-dessous, une illustration de Gustavé Doré pour La Divine Comédie, représentant les malheureux suicidés changés en arbres et harcelés par les harpies :

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Les Djinns de Victor Hugo

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Le caractère tourmenté de Slope Point me rappelle aussi Les Djinns, un de mes poèmes favoris, composé par Victor Hugo, chef de file du mouvement romantique. Ce poème a été publié dans le recueil Les orientales, en 1829. Il s’agit d’un chef d’oeuvre.

Vous remarquerez que les 15 strophes de ce poème ont un nombre croissant, puis décroissant, de syllabes, pour transcrire au mieux l’évolution du récit : l’invasion progressive des djinns (créatures de la nature, ici effrayantes), qu’on entend à peine tout d’abord, puis qui viennent littéralement terroriser le narrateur qui prie Dieu pour ne pas mourir, et qui finissent par disparaître au loin. L’un des principaux champs lexicaux de ce poème est celui du bruit, et en particulier celui du vent. D’ailleurs, on peut se demander si, dans le texte de Hugo, les djinns ne sont tout simplement pas une personnification de la tempête, celle qui dévaste tout, menaçant ainsi la santé mentale et l’existence des petits êtres fragiles et insignifiants que nous sommes. Quand la nature reprend ses droits…

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

Nicola Battistini

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La beauté selon Charles Baudelaire

Baudelaire expliquait dans Curiosités esthétiques que le beau est nécessairement un peu bizarre. Je trouve son propos très juste ; et il me semble que toutes ces photos de l’extrême sud de la Nouvelle-Zélande illustrent parfaitement sa pensée :

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement Beau.

L Chan

andré

Pour aller plus loin :

  • la course éperdue de Blanche-Neige dans la forêt (1 minute) est disponible sur Youtube : ici
  • quelques détails sur la géographie de l’enfer par Dante Alighieri : ici

 

Japonisme : les insectes de Henri Lambert

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(assiette décorative, porcelaine, par Henri Lambert, fin XIXe siècle)

Je prends un peu de temps pour partager ici mon coup de cœur du jour : les assiettes décoratives de Henri Lambert et en particulier celles représentant des insectes.

Au milieu du XIXe siècle, l’Occident découvre le Japon, qui ouvre ses portes à l’étranger après plusieurs siècles de repli. Ainsi naît le japonisme, cet engouement pour l’archipel nippon qui va profondément influencer l’art occidental et cela de façon vaste : peinture, architecture, mode, mobilier, gravure, céramique…

Henri Lambert (1836-1909), peintre sur porcelaine, a pleinement baigné dans la vogue du japonisme.

Pour ses assiettes pleines de poésie et de raffinement, il s’inspire par exemple des artistes japonais Bairei (Album de cent oiseaux, 1881) et Kyôsai (Album de dessins pour le plaisir, 1881). Ce faisant, il reprend la thématique oiseaux et fleurs (qui est initialement une tradition chinoise, hua niao, récupérée par le Japon). Par oiseaux et fleurs, on n’entend non pas la représentation très stricte d’un oiseau et d’une fleur, mais d’un animal et d’un végétal. En l’occurrence, si les oiseaux et les fleurs sont souvent à l’honneur, les artistes oiseaux et fleurs aiment aussi représenter des poissons, des insectes, des bambous, un pin, ou encore des légumes : un navet, des courges… 

Sur l’assiette ci-dessus, nous observons trois insectes (une sauterelle, une mouche et ce qui ressemble à une punaise), évoluant tranquillement sur une branche de pois de senteur en fleur.

Sur l’assiette ci-dessous, nous découvrons un vulcain qui volette au dessus d’une branche de noisetier. Ce qui donne tout leur charme aux assiettes de Henri Lambert : les animaux sont représentés dans leur milieu naturel, et non pas isolés de leur environnement. Chaque assiette ressemble ainsi à un poème…

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Sur l’assiette suivante, une libellule se repose sur la feuille d’un iris d’eau. Ici, Henri Lambert nous offre presque un paysage, et donc presque un voyage…

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Pour aller plus loin :

  • Pour découvrir d’autres assiettes de Henri Lambert, il suffit de taper ses nom et prénom dans le moteur de recherche de l’agence photo RMN Grand Palais : ici
  • Voici la fiche Japonisme de Wikipédia : ici
  • La BNF propose une riche bibliographie sur le japonisme : ici

 

L’Islande au cœur

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(« J’aime les visages qui racontent une histoire », dit Ragnar Axelsson pour parler de son travail photographique)

Je vous propose une petite virée poétique en Islande, grâce aux œuvres puissantes et chaleureuses de deux artistes islandais contemporains : Jon Kalman Stefansson (né en 1963) et son roman Entre terre et ciel ; et les photographies de Ragnar Axelsson (né en 1958).

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Avant de vous en proposer quelques extraits, deux mots sur le roman Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson, paru en 2007 (titre islandais du roman : L’Enfer et le Paradis)…

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Le pitch : au début du 20e siècle, les péripéties et les états d’âme d’une dizaine de personnages hauts en couleur, parmi lesquels des pêcheurs courageux, parfois aussi bavards ou avenants que des rochers par temps de pluie, au sein d’une nature hostile et spectaculaire. Le romancier et poète Jon Kalman Stefansson aborde ici des sujets aussi ambitieux que la mort, la solitude, l’amour et l’amitié avec un mélange de gravité, de poésie et d’humour efficacement dosés, et toujours beaucoup d’humilité, de pudeur, de respect. Son style est résolument dépouillé. Un des fils conducteurs du roman : la fragilité (c’est pour ça qu’elle est précieuse et digne d’un roman) de l’être humain face aux tempêtes, aux montagnes, aux sentiments qui l’assaillent et à sa propre destinée.

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Idem, avant de vous laisser admirer ses photographies, voici deux mots sur Ragnar Axelsson : l’artiste islandais, surnommé Rax, photographie depuis quelques dizaines d’années les populations du Nord (Islande, Scandinavie, Groenland…), narrant ainsi leurs conditions de vie de ces habitants de l’extrême, leurs traditions et l’environnement magnifique dans lequel ils vivent, travaillent, vieillissent, se résignent, espèrent. « Je souhaite que toutes les images que j’ai collectées au fil des ans perpétuent la mémoire de ces gens admirables qui chaque jour de leur vie ont dû relever les immenses défis de la nature », confie-t-il.

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Il a principalement fait éditer 3 livres de photographies : Faces of the North (2004), Last Days of the Arctic (2010) et Behind the Mountains (2013). Ce dernier est intégralement consacré à l’Islande.

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Venons-en au cœur du sujet : un texte et des photographies qui chantent l’Islande. J’ai trouvé amusant d’utiliser les photos de Ragnar Axelsson pour illustrer quelques extraits d’Entre ciel et terre, plutôt que d’en parler séparément. Les voici donc réunis :

 

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Guomundur porte une barbe épaisse qui lui couvre tout le bas du visage, jamais nous n’apercevions le menton de ces hommes. Si l’un d’entre eux venait à se raser par mégarde, on avait l’impression qu’il avait été victime d’un terrible accident, amputé d’une partie de sa personnalité et qu’il n’était plus qu’à peine la moitié d’un homme…

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Lui et Pétur sont probablement les seuls êtres pour lesquels Einar éprouve du respect en ce monde, parfois aussi pour Jésus, mais ce respect n’est pas aussi inconditionnel, un homme qui tend l’autre joue ne tiendrait pas longtemps ici, au creux des montagnes.

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Guojon s’était marié assez tôt. La chose est fréquente chez nous. Nous convolons jeunes afin de pouvoir nous blottir les uns contre les autres quand l’obscurité et le froid règnent sur le monde.

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Geirpruour n’est pas d’ici. Elle est arrivée un beau jour au bras du vieux Guojon, Guojon le riche. De trente ans sa cadette, peut-être même trente-cinq ans, haute de taille, avec ses cheveux noir de jais, ses yeux aussi sombres que des boulets de charbon, quelques taches de rousseur pâlottes sur le nez lui conféraient l’apparence de l’innocence et c’était là, pensaient certains, la raison évidente pour laquelle le vieux lui avait succombé, fatigué de la vie comme il l’était, méfie-toi toujours des taches de rousseur…

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Dans l’entrebâillement de la porte d’entrée se tient un homme, sans doute celui qui riait tout à l’heure, plutôt haut de taille, large d’épaules, vêtu d’une veste bleue ornée d’une kyrielle de boutons dorés, un capitaine étranger, pense le gamin, cela se voit aussi à la manière dont il se tient, cette combinaison d’assurance et de désinvolture, cet homme n’est pas tributaire du poisson salé et il n’a pas été forcé de vivre sa vie sous l’obscurité des montagnes.

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Avril se présente à nous avec sa trousse à pharmacie et tente de panser les blessures de l’hiver.

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« Voilà ! » Pétur n’a pas besoin d’en dire plus. Les hommes n’ont nul besoin de mots, ici, en pleine mer. La morue se fiche des mots, même des adjectifs comme sublime. La morue ne s’intéresse à aucun mot, pourtant elle nage dans les océans, presque inchangée, depuis cent vingt millions d’années. Cela nous apprend-il quelque chose sur le langage ? Eh bien, nous pouvons peut-être nous passer de mots pour survivre, mais nous en avons besoin pour vivre.

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Il est si bon d’avoir un véritable ami en ce monde, alors tu n’es plus tout à fait aussi vulnérable, tu as quelqu’un à qui parler et à écouter sans être forcé de te protéger le cœur. Les soirées d’hiver sont longues chez nous, elles tendent l’obscurité entre les sommets des montagnes, les enfants s’endorment et alors l’agitation retombe, nous avons le temps de lire, le temps de réfléchir. L’innocence se retire et nous venons peut-être à penser à la mort, à la solitude, et c’est un grand réconfort que d’avoir un ami dans la maison voisine.

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Pour aller plus loin :

  • Liste des romans de Jon Kalman Stefansson parus en français : Entre ciel et terre, Le Cœur de l’homme, La Tristesse des anges, D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds.
  • Concernant Ragnar Axelsson, un documentaire diffusé sur Arte en 2011 permet de suivre le photographe dans sa découverte du Groenland. Pour visionner le documentaire, c’est ici.
  • Ragnar Axelsson a un site officiel : ici.

Les heures bleues d’Edmund Dulac

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(en route pour le bal, Cendrillon de Perrault, par Edmund Dulac)

Mes illustrations préférées d’Edmund Dulac : ses scènes de nuit !

On parle habituellement de l’heure bleue (on dit aussi « entre chien et loup », Cyril Collard parlait dans ses Nuits Fauves du « chien-loup »…) pour évoquer une période précise de la journée : celle du passage du jour à la nuit, quand le ciel s’enroule, pour quelques minutes seulement, dans un châle au bleu intense. Mais chez Dulac, la symphonie des bleus dure toute la nuit… 🙂

Edmund DULAC (initialement Edmond, anglophile, naturalisé britannique en 1912), est un illustrateur français né en 1882, décédé en 1953. Petit, il désirait déjà dessiner et peindre. Il fait l’école des Beaux-Arts de Toulouse après son baccalauréat et s’expatrie dès 1905 en Angleterre, où son talent est vite et largement sollicité. Il illustre, entre autres, l’intégralité des œuvres des sœurs Brontë, les Mille et une Nuits, les contes d’Andersen, ou encore La Tempête de Shakespeare.

Edmund Dulac fait partie, avec Rackham et Nieslen, des grandes figures de l’âge d’or de l’illustration du début du XXe siècle en Angleterre (que Rodney Engen appellera the Age of Enchantment). En effet, grâce aux progrès techniques et à la chromolithographie, l’illustration et l’édition connaissent une période très florissante. Ainsi, l’illustration devient un art noble : on ne se contente plus d’orner les pages avec quelques éléments figuratifs deci, delà, on donne enfin une place royale à la création graphique (avec l’illustration hors-texte, qui offrira des pages entières aux aquarelles de Dulac).

Ce qui caractérise l’oeuvre de Dulac en quelques mots :

  • son goût pour l’Orient
  • la couleur plus importante que le trait (à l’inverse de son contemporain Arthur Rackham)
  • son utilisation accrue de la couleur bleue, surtout aux alentours des années 1910, pour laquelle on parle d’ailleurs d’une « période bleue »

Et c’est donc sur ce troisième point que je voudrais m’attarder aujourd’hui, en vous montrant quelques-unes de ses nombreuses scènes bleues, qui trouvent tout naturellement leur place dans l’univers des contes puisque ces derniers font la part belle aux scènes de nuit.

Cendrillon

C’est en 1910 que l’Angleterre découvre la version de Cendrillon illustrée par Dulac, grâce à l’ouvrage The Sleeping Beauty and Other Fairy Tales from the Old French, qui comprend quatre contes (La Belle au Bois dormant, Cendrillon, La Belle et la Bête, Barbe-Bleue) ponctués d’une trentaine d’œuvres de l’aquarelliste.

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Le thème de la nuit permet ici à l’artiste de travailler sur les éclairages nocturnes (lumières aux fenêtres), le scintillement des étoiles, ou encore la présence poétique de la lune (voir première illustration de Cendrillon plus haut). A gauche, Cendrillon est accompagnée par sa marraine au potager (contrairement à ce que dit le texte de Perrault, dans lequel Cendrillon sort toute seule au jardin) pour le choix de la citrouille. A droite, Cendrillon se précipite hors du château lorsque retentissent les douze coups de minuit.

Parmi les contes de Charles Perrault, Dulac a également illustré Barbe-Bleue et La Belle au Bois dormant.

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La Belle et la Bête

Les inspirations artistiques de Dulac sont multiples. On pense bien sûr à son père drapier qui restaurait occasionnellement des tableaux, ou à son oncle maternel qui importait des miniatures persanes et indiennes, des estampes japonaises… Il dira plus tard : « Mon enfance s’est déroulée dans une atmosphère de musique de chambre, le samedi soir, sur un fond de vieux Martres et de vieux Chine ». Son attrait pour les pays lointains le fera d’ailleurs voyager en Grèce et en Afrique du Nord.

Les tenues des personnages principaux de La Belle et la Bête sont ainsi agrémentées d’accessoires orientaux : turbans, babouches…

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A gauche, le père de la jolie demoiselle à la table de la Bête. A droite, moment de complicité sous les étoiles : un lien profond se tisse au fil du temps entre la Bête et sa prisonnière, la Belle.

De La Belle et la Bête, nous connaissons principalement la version de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (une version allégée du texte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve).

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Le Rossignol et l’Empereur de Chine

Dulac a illustré plusieurs contes d’Andersen : La Princesse au petit pois, La Petite Sirène, La Reine des Neiges… et Le Rossignol et l’Empereur de Chine !

A gauche, sous un croissant de lune qui brille discrètement dans le feuillage, un pêcheur retirant ses filets met son labeur en suspend pour écouter le somptueux chant du rossignol. A droite, la Mort en personne, assise sur la poitrine de l’empereur malade, semble vouloir lui prouver que tout est fini…

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La Reine des neiges

La Reine des neiges nous raconte les péripéties de deux enfants, Gerda et Kay, dont l’amitié va être bouleversée par l’enlèvement de Kay par la Reine des neiges. Ce conte en 7 parties a bénéficié de plusieurs illustrations de Dulac. A gauche, parmi les flocons, la présence fantomatique et inquiétante de la Reine des neiges qui vient observer, le soir, le petit Kay aux carreaux de sa fenêtre. A droite, Gerda part à la recherche de Kay, mais le carrosse en or qu’on lui a prêté brille « comme un soleil » dans l’obscurité de la forêt et attire ainsi la convoitise d’une famille de brigands…

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Quelques livres sur l’illustration des contes :

  • Contes d’Andersen, illustrés par Dulac, éditions BNF
  • Contes de fées en images, entre peur et enchantement, éditions La Martinière

Les contes de fées font bon ménage avec la psychanalyse :

  • Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim, 1976
  • Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estés, 1996

Verger de mai

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(collines du parc Yoshino Baiko, au Japon)

Chaque année à partir du mois de mars, les visiteurs du parc Yoshino Baiko découvrent un spectacle stupéfiant : 2500 prunus offrent un feu d’artifice floral aux yeux ébahis.

Je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps pour rédiger des articles ici en ce moment. Je tiens tout de même à partager une phrase inspirante et très poétique, cueillie dernièrement dans le roman Un de Baumugnes de Jean Giono :

Il y a des gens qui voient la vie comme un verger de mai.

Mes meilleurs moments du week-end :

  • postée devant la fenêtre, regarder la pluie tomber tout en buvant une tisane brûlante
  • découvrir la Librairie de l’Asie culturelle et religieuse (128, rue du Bac, 75007)
  • à la bibliothèque : emprunter 4 bouquins qui suscitaient ma curiosité depuis un moment
  • faire du rangement en écoutant Joan Baez et le sublime concert unplugged 1993 de Nirvana
  • passer la moitié du week-end avec l’homme bourru et barbu
  • manger des boulettes de falafel
  • manger une mangue
  • apprendre que La Structure de l’iki (Kuki Shuzo, 1930) vient tout juste d’être réédité (le bouquin était devenu totalement introuvable en librairie)

Sur ce, bonne semaine à toutes et à tous !

Musée imaginaire : le martin-pêcheur

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(femme et martin-pêcheur ; peinture de Hu Yongkai, artiste chinois du XXe siècle inspiré par la grâce féminine et les ravissants animaux que sont les chats et les oiseaux…)

[10e volet de mon musée imaginaire : le martin-pêcheur]

Pourquoi le martin-pêcheur ? Parce que cette petite merveille des rivières, qui sait se faire très discrète mais qui subjugue le promeneur croisant l’éclair bleu azur de son vol rapide, me fait littéralement rêver… et que les artistes chinois ont su dépeindre sa beauté avec une délicatesse et une poésie folles !

L’ornithologue Marc Duquet classe sans hésitation le martin-pêcheur d’Europe dans la catégorie des oiseaux les plus spectaculaires de France (Les plus beaux oiseaux de France, éditions Delachaux et Niestlé, 2015). Il faut dire qu’à l’instar du rollier d’Europe et du guêpier d’Europe, son plumage très coloré nous emporte, par l’imagination, sous d’autres latitudes. En l’occurrence, les scientifiques s’accordent à dire que la tribu des martins (martins-pêcheurs et martins-chasseurs, rassemblant ainsi 92 espèces) a pour origine un lieu très exotique et foisonnant : la grande jungle humide de Malaisie.

Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la distribution géographique de cet oiseau ne se limite pas aux frontières de l’Europe : il vit aussi en Asie, en Russie, en Australie…

Cet oiseau sublime a beau fuir la compagnie des hommes, on peut le rencontrer si on est patient et très respectueux. Les peintres chinois ont ainsi pu l’observer, l’admirer, et ensuite lui offrir la place qu’il mérite dans l’univers fabuleux et illimité de l’art animalier.

D’une façon générale, les peintres chinois aiment à représenter de très nombreux oiseaux dans leurs œuvres, parmi lesquels les oiseaux qui fréquentent le bord de l’eau : héron, aigrette, canard mandarin… Le martin-pêcheur n’y a évidemment pas échappé 🙂

Ci-dessous, voici une petite dizaine d’exemples (choix totalement subjectif). Je vous mets au défi de rester de marbre devant tant de beauté ; attention les yeux 🙂

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Zhao Shao Ang

Zhao Shao Ang (1905-1998) est l’un des plus célèbres peintres de l’école de Ling Nan. Ci-dessous, deux de ses représentations de martin-pêcheur. Cet oiseau est connu pour vivre de façon solitaire. Deux exceptions qui confirment la règle : le couple de martins-pêcheurs (mais le mâle et la femelle se séparent peu de temps après la naissance des petits) et la fratrie des jeunes martins-pêcheurs (qui se disperseront très rapidement, pour chacun trouver un territoire à défendre).

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Qi Baishi

Raconter le monde en 2-3 coups de pinceaux… Qi Baishi (1864-1957) fait partie des peintres du XXe siècle les plus célèbres (et les mieux cotés) de Chine. D’un milieu modeste et campagnard, il a toujours observé les animaux, même les plus petits, comme la cigale. Ci-dessous, un martin-pêcheur qui lorgne sur une libellule (le martin-pêcheur ne mange pas que des poissons, il consomme aussi des insectes). Je n’ai malheureusement pas pu trouver sur internet la reproduction d’une des plus sublimes (selon moi) représentations du martin-pêcheur par Qi Baishi, mais on la trouve dans le très beau livre Qi Baishi, le peintre habitant temporaire des mirages (éditions Picquier, 2015) : Lotus et martin-pêcheur (peint en 1921).

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Wang Xuetao

Wang Xuetao (1903-1982) a également peint de nombreux martins-pêcheurs. J’imagine que quand on commence, on ne peut plus s’arrêter !! J’aime énormément cette peinture et en particulier, bien sûr, la représentation presque humoristique, en tous les cas très affectueuse, de l’animal. En outre, on est vraiment là au plus près du quotidien de l’oiseau bleu : l’artiste semble avoir élu domicile parmi le feuillage, dormi dans les fourrés, pour observer le martin-pêcheur par en dessous. Les Chinois sont vraiment des amoureux de la nature…

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Li Kuchan

Li Kuchan (1899-1983) a étudié avec Qi Baishi (voir un peu plus haut), qui le considérait comme son meilleur élève. Il est connu pour sa représentation d’oiseaux de proie. Ci-dessous, Li Kuchan nous offre le plaisir d’admirer un martin-pêcheur au cœur de son élément, parmi la végétation des bords de l’eau, surplombant son territoire (qui est en général de quelques kilomètres de long).

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Tang Yun

Tang Yun (1910-1993) a également beaucoup représenté le martin-pêcheur : certains sur rouleau, mais aussi parfois sur éventail. Celui-ci fait environ 18 cm x 55 cm. Vous aurez pu le constater tout au long de cet article : dans l’imaginaire chinois, le martin-pêcheur est quasiment indissociable du lotus. Je donnerais beaucoup pour pouvoir m’exhiber avec un pareil éventail 🙂

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Et ci-dessous, une ravissante oeuvre de 1949 (53 cm x 105 cm) :

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J’espère avoir su vous faire partager mon admiration pour ces éloges à la nature et au kingfisher.

Pour aller plus loin :

  • pour avoir une idée beaucoup plus large des nombreuses œuvres de tous ces artistes formidables, il suffit de taper leur nom sur le site MutualArt
  • un spot pour l’observation des martins-pêcheurs d’Europe conseillé par la Salamandre (revue suisse qui fait le bonheur des curieux de nature) : le centre nature de La Sauge, près de Cudrefin, en Suisse. Bon, je crois que dès que j’ai 3-4 jours, je prépare mon sac ! 🙂