Tutoyer le ciel

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(une maison de la tribu Korowai, en Nouvelle-Guinée occidentale)

Hier soir, je suis rentrée à la maison dans un état fébrile (congestionnée et fatiguée). J’ai probablement chopé la crève jeudi soir, en arpentant gaiement les rues grimpantes du quartier de la montagne Sainte-Geneviève.

Bref, l’occasion idéale de me lover sous la couette et d’écouter, bien au chaud, quelques rediffusions d’émissions radiophoniques… !

En l’occurrence, j’ai jeté mon dévolu sur 3 enregistrements de France Culture. Le premier : l’interview de deux artistes sur la vie en mer (l’écrivaine Catherine Poulain pour Le Grand Marin et le cinéaste Samuel Collardey pour Tempête). Le deuxième : une émission sur les nains (oui, les nains !) dans les contes de fées (où l’on apprend par exemple que les nains sont souvent liés à la montagne et aux mondes souterrains ; ou encore que c’est Walt Disney qui a donné leurs noms aux 7 nains des frères Grimm deansBlanche-Neige)… Le troisième, et c’est en particulier de celui-là que je voulais parler ici, était un reportage audio intitulé Grimpeurs-récolteurs itinérants.

J’ai énormément aimé ce reportage, d’environ 50 minutes, qui nous fait découvrir le travail des grimpeurs-cueilleurs en France. Leur métier : récolter en haut des arbres (là, en l’occurrence, il s’agissait de grands pins en Charente-Maritime), les graines qui sont ensuite vendues aux pépinières. Entendre ces gaillards, ces « ours » parler de leur quotidien est un vrai bonheur. Ce qui ressort de leurs témoignages : liberté, joie, sensualité, animalité et tranquillité. J’ai été particulièrement émue par la douceur de leurs voix apaisées et souriantes. Au cœur de la nature, ils n’ont plus rien à prouver. Ils ont beau bosser entre hommes, et faire un travail ultra-physique, ils ne sont jamais dans la compétition. La journaliste qui les suit parle très justement de « confrérie » des grimpeurs-cueilleurs. De leurs cimes, ils côtoient les oiseaux, se laissent bercer par le vent et ensorceler par la nature, admirent la mer au loin, tutoient le ciel. Parmi eux, le sylviculteur Rémi Caritey, dont j’avais lu Les Vertiges de la forêt il y a 1 an ou 2. Il écrivait par exemple dans son essai (je prends des notes à chaque fois que je lis un livre) :

Le choix de vivre en forêt n’est pas une manifestation, mais plutôt un vœu de modestie et d’oubli.

La forêt est depuis toujours le refuge naturel de ceux qui désirent échapper à l’agitation et aux contraintes de l’édifice social. Le malandrin comme l’ermite, le bohème comme l’insoumis, l’utopiste comme le partisan, l’ascète comme l’enchanteur y trouvent refuge et repos, solitude et apaisement, quiétude et inspiration.

 

Pour écouter l’émission, c’est ici.

Un reportage écrit sur leur métier : ici.

Ce matin, j’ai toujours la crève mais je suis ravie : je fais aller visiter l’exposition sur les orchidées des Grandes Serres du Jardin des Plantes, puis probablement déguster une ou deux pâtisseries orientales avec un thé brûlant à la Mosquée de Paris, et faire un saut dans une de mes boutiques préférées de la capitale.

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